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22/04/2008

Ecole buissonnière *

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Le mouvement prend de l’ampleur dans les lycées. L’Administration s’inquiète et menace les parents d’élèves de collèges.

 

Courrier de l’Inspecteur d’académie des Yvelines, Joël-René Dupont, la semaine dernière à plusieurs centaines de parents d'élèves du collège des Plaisances à Mantes-la-Ville :

 

« Votre enfant manque la classe sans motif légitime ni excuse valable. (...) J'attire votre attention sur les sanctions prévues en cas de manquement à l'obligation scolaire : suspension ou suppression du versement de la bourse, amende (...) d'un montant maximum de 750 € prononcé dans le cadre du tribunal de police... » (Source : Le Parisien)

Déjà en 2003, lors du précédent mouvement d’ampleur dans l’éducation nationale, l’Inspecteur d’académie de Seine-Saint-Denis, Jean-Charles Ringard, formulait dans une note rendue publique des recommandations aux chefs d’établissement pour casser les mouvements de protestation (1).

Les petites intimidations de notre hiérarchie sont donc de la monnaie courante. L’intéressant est ailleurs. Jusque là, ils menaçaient les enseignants via leur chefs d’établissement. Désormais, ce sont les parents d’élèves. Doit-on y voir la preuve de mouvements qui changent de nature moins marqués par la geste syndicale ?

A Lamartine, nous l’avons vécu comme jamais auparavant. L’implication des parents est un paramètre essentiel de la durée du mouvement et de sa profondeur.

 

Les Conseils d’Administration des établissements sont de simples chambres d’enregistrement de décisions irrévocables avant même d’avoir été discutées. Les établissements s'autonomisent, certes, même de ceux qu'ils sont censés servir...

Mais, aujourd’hui, quelque chose est peut-être bien en train de changer.

L’offensive tous azimuts que lance le nouveau pouvoir en place ne touche pas que les moyens. Elle est aussi (osons le mot) idéologique. La refonte en cours des programmes du primaire, la promotion d’une école exclusivement méritocratique, basée sur la performance, l’ingérence du politique dans les programmes d’histoire en sont quelques témoignages. Ainsi, les questions majeures qui vont se poser ne sont plus seulement des questions de statuts et de moyens mais des questions politiques. Elles ne touchent plus les enseignants seuls dans l’exercice de leur métier mais la société toute entière dans la raison d’être de son école.

Ces mutations brutales devraient nous obliger, nous enseignants, à ne plus séparer, comme toujours, les enjeux des luttes que nous menons (et qui sont perpétuellement ramenées au stade de défense de nos acquis que nous n’avons plus depuis longtemps, pourtant) et le sens que nous continuons tant bien que mal à vouloir donner à notre métier, le rôle et la place de ce que nous enseignons.

Les suppressions de postes, massives, programmées insidieusement jusqu’en 2012, sont un double piège. Elles nous désorganisent considérablement. Elles mobilisent chaque année l’essentiel de notre énergie et de notre réflexion sur notre métier. Mais, les faibles économies qu’elles vont engendrer ne doivent pas faire illusion : les querelles sur les moyens sont là, aussi, pour nous empêcher de nous poser les vraies questions.

Et, si rien ne change, le fossé risque bien de continuer à se creuser entre Ernesto, son professeur et ses parents :

"En rachâchant", d'après Ah Ernesto (de Marguerite Duras),
court-métrage de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, 1982
 

A nous, tous ensemble, de réagir, pour ne pas avoir à nous ranger... comme en 2003. 

Max.


podcast
Calogero, Mélodie en sous-sol

 

* Vacances aidant, cette note est le fruit d'une réflexion personnelle du rédacteur de ce blog.

(1) « Petits conseils d’un inspecteur d’académie à ses chefs d’établissement », Le Monde du 15 mai 2003.  Extrait : « La note formule quatre recommandations. La première porte sur la « gestion des grévistes et les retenues de salaire », pour lesquelles elle rappelle les procédures habituelles. La seconde règle le cas de la presse : si les caméras et interviews sont logiquement interdites dans l'enceinte des établissements, elles le sont aussi, de manière plus surprenante, « aux abords » de ceux-ci. « Les chefs d'établissement ont très bien compris qu'il ne s'agit que de la porte d'entrée », assure M. Ringard. Troisièmement, dans l'éventualité d' « intrusions » ou d' « occupations de locaux », le dépôt de plainte voire le recours « à l'intervention des forces de l'ordre » est conseillé. « C'est le cadre normal, d'autant qu'on est toujours dans le dispositif Vigipirate », souligne M. Ringard en ajoutant que la police n'est intervenue qu'une seule fois depuis le 22 avril, alors que des parents bloquaient l'accès à un collège. Enfin, la note rappelle que la fermeture des établissements - si la sécurité des élèves n'est pas assurée - dépend de lui en dernier ressort. »

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