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10/12/2008

Deux Point, deux mesures

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« A New York on se trouve atrocement dépourvu de piment vital, bien mesquin et vivant, irréfutable, sans lequel l’esprit étouffe et se condamne à ne plus médire que vaguement, et bafouiller de pâles calomnies. Rien qui morde, vulnère, incise, tracasse, obsède, sans concierge, et vienne ajouter certainement à la haine universelle, l’allume de ses milles détails. » (1)

 

Le Point (le hors-série) tente de dénicher, ce mois-ci, l’esprit français. Voltaire, Céline, Montaigne et bien d’autres sont ainsi convoqués pour notre plus grand plaisir.

 

Mais, hélas…

 

Le Point (l’hebdo) fait, cette semaine, sa Une (ou sa haine, c’est selon) sur « les profs, tout ce que l’on n’ose pas dire ». Deux pâles concierges, Emilie Lanez et Marie-Sandrine Sghierri, nous promettent chiffres qui dérangent et autre scandale de l’inégalité scolaire. L’article est une accumulation de mesquineries, de médisances et de calomnie. Mais d’enquête journalistique, rien.

 

Elles nous font traîner trois pages tout de même pour nous avouer que leur papier n’apportera rien: « la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), le service statistique du ministère, dénonce dans une lettre ouverte le sort réservé à une quinzaine de notes d’information. Destinées à la publication, elles s’entassent depuis des mois sur le bureau de Xavier Darcos, en attente de son approbation. Ces chiffres dérangeraient-ils ? Une autre publication, « L’état de l’école » qui sort traditionnellement en octobre, est elle aussi coincée dans un tiroir. »

 

Que font alors nos deux Pointures ? Rien. Il semble plus facile de trahir le secret de l’instruction quand on veut percer un dossier judiciaire que de trouver un chemin d’accès vers les rapports de la direction de la statistique du Ministère de l’Education. Nous n’aurons rien.

 

C’est alors qu’un esprit français surgit : Xavier Darcos.

 

Elles nous dressent alors la chronique du combat chevaleresque que celui-ci mène contre des syndicats « arc-boutés sur leurs maigres avantages et ressemblant (du moins dans leur version militante et défilante) davantage à des cheminots ou à des postiers qu’à des intellectuels ». Un combat qui vise à « sortir les professeurs de la plainte pour leur donner goût à la productivité ».

 

Elles nous écrivent l’hagiographie d’un saint homme dont les miracles soigneront, à l’image de cet ancien instituteur reconverti en manager, des enseignants « malades de solitude, souffrant de cette indifférence terrible de leur administration ». Une situation qui « amène une réaction épidermique face à tout changement. Ils sont frappés d’immobilité. Ils ont peur », nous avertit-il.

 

Elles nous narrent l’histoire d’une « révolution culturelle » dont le nouveau Mao, promet de « tout changer : la formation [des professeurs], leur recrutement, leur rémunération, leurs affectations, leur temps de travail… Finies les gentillesses, place à la révolution culturelle », s’emportent-elle.

 

L’article est méprisant. Les arguments sont des poncifs déjà bien éculés. On se demande pourquoi faut-il que ces belles personnes qui se prennent sans doute pour des journalistes se sentent obliger de mépriser autant toute une profession. Elisabeth Lévy et Philippe Cohen dans un ouvrage récent (2) expliquent comment le journalisme est devenu, avec la complicité souvent involontaire de ceux qui l’exercent, une idéologie diffuse qui prend la forme « d’un conformisme pâteux constitué d’idées trop simples et d’icônes vénérées ». On est en plein dedans.

 

Mais cela ne suffit pas. Au-delà de la détestation de notre école, de ses enseignants, des syndicats, des grèves et des manifestations, on s’interroge. N’est-ce pas finalement la France que ces deux concierges détestent sans se l’avouer ?

 

Le Point (le hors-série) cherche toujours l’esprit français. Tout à la fin, Michel Serres nous éclaire : « C’est l’aspect négatif de l’esprit français, une certaine dimension que j’appellerai « collabo ». Tout se passe comme si les Français ne supportaient pas leur culture. Cela fait de la France un pays très ouvert, mais qui le paie par la détestation de ses propres productions. C’est un phénomène très ancien ! C’est une forme de soupçon, de « haine-propre » très particulière à l’esprit français. »

 

Points de suspension.

 

 

Max.

 

(1) Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, Gallimard, 1932

(2) Elisabeth Lévy, Philippe Cohen, Notre métier a mal tourné, Mille et une nuits, 2008

 

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