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30/12/2008

Read before burning

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Face à la montée des tensions en France, nous poursuivons notre tour d’horizon de la presse étrangère. Après avoir ouvert nos colonnes à un quotidien de Bogota, nous accueillons aujourd’hui l’article poignant de vérité d’un journaliste irakien qui découvre à la lecture du magazine Valeurs actuelles une réalité proche de la sienne.

Voici son reportage :

"Attention ! Un groupe de lycéens, juste derrière vous. Quatre types. Ils approchent. - ­ OK, bien reçu. Pierre-Marie, tu ralentis, laisse passer."

Nous sommes en plein cœur de Paris, 9ème arrondissement. Le chauffeur de notre taxi obéit. Amis ou ennemis ? Bref silence tendu dans l’habitacle. La radio de bord a cessé de crachoter. Sur le siège passager avant, les puissantes mains  de Jean-Marie se crispent sur la batte de base-ball posée en travers des genoux.

A Paris, aujourd’hui, plus personne ne fait confiance à personne. La méfiance est à la mesure de l’insécurité : générale. Dans les embouteillages, vite titanesques lorsque des hordes d’enseignants décident soudainement de faire grève pour bloquer une avenue ou un pont, chacun observe attentivement chacun. Les quatre types devant sont-ils flics en civil, bandits, enseignants, ou membres de la guérilla lycéenne ? Le jeune tout seul sur son vieux scooter amoché, sur notre flanc gauche : innocent étudiant ou kamikaze fanatisé qui va, dans une seconde, actionner sa charge explosive et perpétrer un carnage ?

Pour François d’Orcival, journaliste courageux et téméraire à Valeurs Actuelles, dans le 9ème arrondissement, « il ne s’agit que de mouvements ultraminoritaires, la plupart des enseignants se défendent d’entrer dans leur jeu et font même de la résistance active contre cette dérive. Mais que peut faire un chef d’établissement, aidé par quatre surveillants, lorsqu’un groupe cagoulé surgit dans les classes pour y briser les ordinateurs à coups de battes de base-ball ? Il appelle au secours. Mais autour de lui, la société elle-même est gangrenée. Les ligues minoritaires ont pris le contrôle de certains syndicats, ainsi que de ces associations de parents d’élèves auxquelles on tend les micros – de sorte que du haut en bas de la hiérarchie, le langage obéit aux mêmes slogans, répandant, par le truchement de la classe et d’Internet, les rumeurs les plus mensongères sur l’avenir de l’école, celui du lycée et même de la maternelle… » Et de rajouter : « L’idée générale est d’affoler les vrais parents en jouant sur l’indignation des enfants si naturellement embrigadés. Une fois dans la rue, ceux-ci se laissent emporter par l’exaltation de la destruction.»

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La"zone verte", là où tente de travailler François.

Rester soi-même dans le chaos croissant qui s’installe à Paris est devenu l’obsession. Il n’y a pas de solution miracle. Pour passer au travers des barricades quotidiennes, de jour comme de nuit, éviter les injures, les détournements des associations de parents d’élèves, les enlèvements idéologiques, sans parler des coups de battes de base-ball et des incendies de poubelles qui se poursuivent au jour le jour, chacun espère avoir sa panacée. Deux millions d’habitants, presque autant d’idées. Aucune n’est absolument sûre.

Il y a bien eu quelques tentatives, nous dit François : «  les jours de grève ne sont plus payés ; l’instauration d’un service minimum à l’école qui, malgré tant d’obs­tacles, fait apparaître que le déclenchement d’une grève entraîne une contrepartie, un début de sanction. Il en faudra d’autres pour que certains professeurs comprennent que leur métier ne consiste pas à faire défiler leurs élèves dans la rue. »

Depuis qu’une batte de base-ball rebelle s’est abattue la semaine dernière sur l’école de son quartier, François n’envoie plus ses deux fils en classe. "Au début de l’occupation, je travaillais pour la Présidence de la République, comme journaliste au Figaro. Un polycopié signé d’une ’brigade de la résistance’ a été glissé sous ma porte en octobre 2004. Il comportait 39 noms, le mien était surligné de bleu. ’Dernière chance pour sauver votre vie’, disait le texte. ’Cessez immédiatement de collaborer avec les croisés.’ Depuis, je ne mets plus le nez au delà de la « zone verte » (centre de Paris)

François connaît sur le bout du doigt les quarante et quelque rues et avenues interdites à toute personne démunie de permis ad hoc. Il connaît les "zones sensibles". " Mais ça paye bien ici [à Valeurs Actuelles]. Et puis on a de l’électricité vingt-quatre heures sur vingt-quatre." Contre deux ou trois heures seulement en "zone rouge". Depuis mai 2007, François n’a pas mis un pied hors de la zone protégée. "Trop dangereux dehors, dit-il. Et puis, si l’on sort, il faut revenir. Et là, n’importe quel enseignant ou lycéen peut, sur un mouvement d’humeur, confisquer votre pass Navigo et vous interdire de rentrer. J’ai pas mal d’amis à qui c’est arrivé."

Dehors, sur l’avenue, un concert de sirènes caractéristique a figé la circulation. Un groupe d’individus (enseignants ou lycéens, qui sait ?), foncent vers leur base dans la "zone rouge". Le dernier porte la pancarte habituelle, en lettres rouge sang: "Non à Darcos ! Des postes pour nos lycées !" Où vont-ils ? Quelle barricade vont-ils encore monter? Mystère.

Rue de Grenelle, au Ministère de l’Education, Xavier Darcos, vient d’affirmer que la réforme du lycée était reportée, que tout allait être remis à plat. Dix huit mois après son arrivée à la tête du ministère, cet avis n’est partagé par personne en France.

François conclut notre entretien : « C’est l’hésitation nationale qui a conduit à Mai 68 ; elle qui a fait de l’École la base électorale de la gauche et créé ce “mammouth”, où rien ne devait bouger. Il est inutile et téméraire de l’attaquer de front, mais nécessaire de le circonscrire, patiemment, résolument, et sans hésitation. »

En attendant, pour survivre à Paris, mieux vaut compter sur sa bonne étoile.

De notre envoyé spécial dans le 9ème arrondissement de Paris.

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Le siège de Valeurs actuelles, rue Saint Georges à Paris

21/12/2008

changement d'épok ?!

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Ces vacances de fin d’année seront pour nous l’occasion de prendre un peu de recul par rapport aux emballements de ces deux dernières semaines. Dans la lutte, il faut savoir de temps en temps lever la tête pour, disons, garder la tête haute.

Jean-Michel Dumay dans sa chronique du Monde, aujourd’hui, nous y aide. Car, cette dernière semaine est très contradictoire. Le gouvernement montrait une évidente volonté d’apaisement. Xavier Darcos n’a t-il pas déclaré vouloir « reprendre le dossier à zéro », ou encore, sans rire, devenir le « ministre de l'Explication nationale» après avoir refusé d'être celui de «l'hésitation nationale »). Dans le même temps, les lycéens amplifiaient leurs manifestations.

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Changer d'époque. Est-ce forcément pour aller vers le pire?

Ce qui domine donc c’est une incompréhension des uns envers les autres. Incompréhension qui pourrait bien être due à une transformation profonde de la société devenue plus transversale, fonctionnant en réseaux alors que l’Etat, le gouvernement et même l’état d’esprit d’une majorité d’entre nous restent encore basés sur la hiérarchie, la verticalité des relations sociales.

Une incompréhension qui pourrait aussi tenir à notre système de transmission des savoirs : « Les jeunes adultes zappent d'un cours à l'autre, cherchant moins la magistralité que le partage d'expériences. On prend ou on ne prend pas ».

L’homme politique n’est plus le seul maître de son discours :

Car le discours politique enferme, cadenasse les mouvements de la société jusqu’à la caricature :

A méditer…

Max. 

18/12/2008

Xavier Darcos, pris en otage

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A Bogota (Colombie), la nouvelle a fait sensation. Dans un entretien donné au quotidien Le Parisien, le 16 décembre, Xavier Darcos délare que sa "réforme du lycée est devenue l'otage de rumeurs qui affolent l'opinion publique et créent l'inquiétude chez les parents à dessein". La France ne serait donc pas épargnée par ce fléau des prises d'otages. Un important quotidien colombien a dépêché sur place un de ses envoyés spéciaux.

 

Voici son reportage :

Pour Xavier Darcos, Ministre français de l’Education nationale, la journée du mercredi 17 décembre marquera le début de sa première année de détention. L'espoir d'un accord permettant la libération de l’otage enlevé cette semaine s'est amenuisé ces dernières heures.


Avec l’usager de la SNCF et celui de la RATP, le membre du gouvernement est l’otage régulier de guérillas dont « la fonction principale est la résistance au changement ».

 

Pour Rachida Dati, garde des sceaux, la guerre est bientôt terminée. La semaine dernière, sa famille politique a appris sa prochaine disparition du gouvernement, après des mois d’incertitude. Cette jeune avocate était depuis un an et huit mois détenue par la guérilla marxiste des Forces armées révolutionnaires de la Magistrature. Elle faisait partie des nombreux otages qui, comme Xavier Darcos, attendent dans la jungle un accord d’échange humanitaire entre le gouvernement et les rebelles qui permettrait leur libération.

La disparition politique de la garde des sceaux, atteinte de la maladie du mépris a rappelé au pays l’urgence d’une négociation. « Si sa disparition peut inciter les deux camps à s’entendre, elle n’aura pas été vaine », affirmait, en substance, la semaine dernière son plus proche partisan, Jean-Pierre Raffarin.

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Sitôt la nouvelle connue, le maire de Paris, Bertrand Delanoë, a fait installer le portrait de l'otage sur le fronton de l'Hôtel de ville.

Malheureusement, alors que Xavier Darcos devait débuté, mercredi 17 décembre, sa première année de détention, rien n’est moins sûr. Ni le gouvernement, ni la guérilla des lycéens, qui exige toujours que soient relâchés les 13 500 postes d’enseignants prisonniers du budget 2009, ne paraissent prêts à céder sur ce dossier.

L’annonce, ces derniers jours, d’un recul sur le travail du dimanche, acceptée par l’Elysée, qui jusqu’ici rejetait tout aménagement à ses réformes, avait redonné espoir aux familles, avant que la réponse des rebelles ne tombe, tranchante. « Il est clair qu’avec Nicolas Sarkozy, il n’y aura pas d’échange humanitaire », faisait savoir le mouvement armé de sa détermination sur son site Internet à la veille du Nouvel An.

L’année 2009 est une année cruciale en France. En juin, le pays élira ses représentants au Parlement européen. Un scrutin au cours duquel l’actuel chef d’État, Nicolas Sarkozy, souhaite faire valider au près des électeurs son bilan en tant que Président de l’Union européenne, que la plupart des sondages jugent satisfaisant.

 

L’effort de guerre, appuyé par l’Elysée, coûte cher au pays

 

Dans ces conditions, la guérilla de ceux qui refusent de travailler plus dans des conditions de plus en plus dégradées refusera sans doute de donner le moindre avantage à celui qui avait juré de « l’anéantir », lors de son arrivée au pouvoir il y a bientôt deux ans. De son côté, le président veut, pour assurer sa réélection en 2012, des résultats tangibles : une réforme d’ampleur du système scolaire en serait un.

Conformément à ces consignes présidentielles, Xavier Darcos a mis les bouchées doubles : des milliers de suppressions de postes, le service minimum obligatoire en cas de grève, l’abandon progressif de la carte scolaire afin de garantir à chacun le droit à une inégalité choisie.


Une vaste opération d’éradication est en cours parmi les professeurs des écoles spécialisés dans le traitement de la difficulté scolaire (les RASED), au milieu de combats qui ont coûté leur poste à près de 3000 d’entre eux.

 

Autant d’éléments qui laissent penser que la confrontation est loin d’être finie, et que l’anéantissement promis par le président est une chimère. « Même si certaines réformes sont d’ores et déjà réalisées, les résultats ne sont pas proportionnels aux sacrifices fournis par le pays, explique en substance l’expert en éducation, Philippe Meirieu. Réformer l’école contre les personnels, les lycéens et leurs parents dans des proportions si vastes est quasi impossible. »

Autant dire que la libération de Xavier Darcos n’est pas pour tout de suite, coincé entre les besoins de résultats du Président Sarkozy et les revendications des guérilleros déterminés à imposer leur vision d’une réforme qu’ils voudraient source d’avenir pour les élèves et de progrès pour l’ensemble de la société plutôt que d’allègements budgétaires et de désengagements de l’Etat.

 

De notre envoyé spécial à Paris.

 

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15/12/2008

Xavier Darcos est en Israël mais le mur des Lamentations serait en France

darcos_murdeslamentations.JPGXavier Darcos est au pied du mur. Mais de quel mur s'agit-il ?

Hier, en visite à Jérusalem, Xavier Darcos s’interrogeait. Aujourd’hui à Ramallah, il a tranché : la réforme du lycée est reportée.

Sont-ce les souvenirs des intifada palestiniennes ou bien les déboires monumentaux des gouvernements qu’il visite qui l’ont inspirés ? Est-ce la crainte de voir ne rester du temple qu’est l’Education nationale en France qu’un mur des Lamentations où parents, élèves et enseignants viendraient rituellement pleurer leur école publique perdue ? On s’interroge. Mais de toute évidence un déclic s’est produit.

Le Parisien de ce matin, bien informé apparemment, semblait annoncer ce qui s’est finalement produit : « Dans l’entourage du ministre, on se demande même si cette réforme n’est pas allée trop vite et on s’interroge sur l’opportunité d’un report ». C’est donc fait depuis ce matin.

Tous nos médias se préoccupent des raisons de ce recul. Peur des lycéens dont les manifestations et blocus se sont multipliés cette dernière semaine laissant craindre des débordements à la grecque ?

Nous allons sans doute entendre et lire que la droite a toujours eu peur de l’Ecole depuis 68, Devaquet, le CPE.

Mais il existe peut-être une autre raison qui tient en Xavier Darcos lui-même : cet homme qui confiait pourtant au printemps dernier, dixit Le Parisien, « je vais tout faire pour concentrer le tir sur moi, je vais offrir mon corps à la science », ne peut plus être crucifié aujourd’hui.

Un trésor pareil, il faut le ménager.

Le Parisien fait un de ses titres là-dessus : « Xavier Darcos, le ministre sécurisant ». le portrait qui nous est dressé pourrait presque nous en convaincre. « Bon soldat » du gouvernement, « Premier ministrable », éteignant des incendies qui menaçaient de s’allumer, « jouant l’apaisement », « s’excusant » même. On lui promet un petit Matignon avec l’Education, la Culture, l’Enseignement supérieur et la Formation professionnelle »

Michelle Alliot Marie usée, Dati bunkerisée, Rama Yade atomisée, Hortefeux ultra-droitisé, Bertrand remisé (à l’UMP pour préparer l’après Fillon et 2012), il ne reste bien que Xavier Darcos pour faire bonne figure dans ce gouvernement.

Il ne faut pas perdre de vue le contexte: la crise économique et sociale qui se profile et un Nicolas Sarkozy qui redevient simple petit président français le 1er janvier. Fini le grand leader européen au secours de la finance mondiale et des géorgiens opprimés. Retour à la case France. La leçon grecque est sans doute en train d’être tirée : à ne pas savoir arrêter les incendies quand ils démarrent, un gouvernement fini par se faire immoler.

Les coupes sombres dans le budget de l’Education nationale, le vent de colère qui monte depuis nos écoles primaires font craindre le pire. La grève massive (70% dans le primaire) du 20 novembre a non seulement rendue inapplicables la loi sur le service minimum mais reçu un écho très favorable au sein de la population et des parents d’élèves notamment. Rajoutez les lycéens à cette grogne qui monte et c’est une révolte qui pourrait poindre.

Xavier Darcos est la roue de secours du gouvernement. Son assurance-vie. En cas de malheur (une crise par exemple avec un fort taux de chômage à l’horizon 2010-1012), le travail de Xavier Darcos pourrait permettre, grâce à une bonne campagne de communication, de façonner l’image d’un président qui a su, malgré les circonstances, réformer la France.

Nous avons raison de ne pas baisser la garde : l’école est un enjeu énorme.

 

Max.

13/12/2008

Mais qu'a donc (dé)fait Xavier Darcos ?

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Il y a quelques jours, notre hôte, 20 minutes s’essayait courageusement à l’exercice complexe de décryptage des griefs qui s’accumulent en direction de Xavier Darcos, encore ministre de l’Education nationale. « Mais qu’a donc fait Xavier Darcos ? » s’interrogeait Catherine Fournier dans son article. C’est qu’effectivement, il y a péril en la demeure. Chez les profs et leurs élèves, bien sûr (nous y reviendrons) mais aussi dans les médias (les hordes grecques vont-elles déteindre sur nos jeunes têtes blondes hexagonales ?) et chez nos gouvernants qui font preuve d’une certaine nervosité ces temps-ci (l’ultra gauche française n’est-elle pas devenue notre Hezbollah ?)

 

Bref, ça bougeotte un peu partout et quand on sait que l’année 2009 sera pire que le dernier trimestre 2008 (C’est Carlos Ghosn, PDG de Renault-Nissan, qui le disait jeudi soir à Arlette Chabot), tout-ce-qui pense-et-ce-qui-décrète dans le pays à de quoi se faire quelques soucis.

 

Alors, bien sûr, en ce moment, être ministre ce n’est pas simple. Bilan en perspective car remaniement en vue. Et s’il y en a bien un qui joue gros, c’est Xavier Darcos. Le ministre « une idée par jour », parfait sarkoziste dans le fond comme dans la forme se verrait bien Premier ministre. Mais pour y parvenir, il lui faut gagner ses galons de maréchal : ressembler au Maître. De ce point de vue, Xavier Darcos fait presque un sans faute. Reste l’opinion : tolérera-t-elle d’avoir deux Sarkozy en même temps ? Rien n’est moins sûr.

 

A notre tour, essayons nous au décryptage de la feuille de route de Xavier Darcos.

 

Postulat n°1 : en tout bon sarkoziste sommeille un réducteur de tête

 

Catherine Fournier nous le dit dans son article de 20 minutes : en deux ans, 25000 postes supprimés (11200 à la rentrée 2008, 13500 prévus à la rentrée 2009). Mais ceci n’est que la face émergée de l’iceberg. En effet, un certain nombre d’autres mesures mise en œuvre dès cette année conduiront à réduire considérablement le budget du Ministère de l’Education nationale : la fin de l’aide spécialisée dans le primaire, l’étranglement des associations d’aides aux devoirs, la fin de l’école le samedi matin, une année en moins pour le bac pro (il fallait 4 ans pour le décrocher, 3 suffiront), le relookage de la seconde qui conduira à la suppression de 2 à 3 heures de cours hebdomadaire, l’allègement de la formation des futurs professeurs des écoles (la formation en alternance est remplacée par un simple stage). A cela s’ajoute, l’idée, pour l’heure retoquée, de remplacer la petite section de maternelle par de simples jardins d’éveil.

On le voit, en 2008/2009, c’est l’école primaire qui a été l’objet de toutes les attentions du ministre. De nouveaux programmes, plus lourds, recentrés sur le français et les mathématiques sont venus parfaire ce tableau… noir. En 2009/2010, ce sera au tour du lycée. Dans quelques jours le projet définitif de réforme sera dévoilé.

 

Postulat n°2 : en tout bon sarkozyste sommeille un juge anti-terroriste.

 

C’est bien connu : le ministère de l’Education nationale est un repère de vieux crypto-trostko-marxistes. Xavier Darcos a ainsi développé une allergie aux syndicats. Pour éradiquer ces germes d’ultra-gauchistes, il est des mesures très simples que notre ministre s’est empressé de mettre en œuvre : la surveillance de l’opinion pour identifier les dangereux opposants, les projets (qui devraient finalement avorter) de faire éclater les Sciences Economiques et Sociales au lycée dont les professeurs sont suspecter d’être les propagandistes de l’antilibéralisme et de mettre sous contrôle politique les programmes d’histoire.

 

Postulat n°3 : en tout bon sarkoziste sommeille un Homme nouveau

 

Car combattre n’est pas suffisant, il faut inventer un Nouveau Professeur bien sous tout rapport. Certains l’appellent le flexiprof. Peu à peu, il nous apparaît plus nettement. En cours d’élaboration, un nouveau système de mutation des enseignants. Mais déjà il semble que quelques expérimentations aient lieu : le rectorat de Bretagne affecte des professeurs à des postes de conseillers d'orientation-psychologues. Ou dans l’académie de Lille, des profs de génie électrique en lycée professionnel qui se retrouvent à enseigner la technologie en sixième et ceux de lettres modernes contraints de « garder » les enfants dans les centres de documentation et d'information (CDI). A Marseille, on recrute les profs par… petites annonces.

 

Le flexiprof fonctionne aussi au mérite. Là aussi un avant goût avec cet accord rendu public mi octobre et prévoyant des hausses de primes pour les personnels du ministère de l'Education nationale en contrepartie de 1.700 suppressions d'emplois en trois ans.

 

Postulat n°4 : en tout bon sarkoziste sommeille un ministre … de l’Intérieur

 

L’expérimental (et pour cause) département des Hauts de Seine expérimente depuis quelques années les policiers dans les établissements scolaires. Xavier Darcos prend soin tout doucement de généraliser cette brillante invention britannique. Extérioriser la gestion de la vie scolaire. Mais pour cela, il faut changer les règles : voilà le code de la vie scolaire qui prépare si bien le travail de Rachida Dati au ministère de la Justice.

 

Voilà. Les raisons de la colère existent. Elles ne sont pas mineures. Nous sommes loin des revendications classiques sur les salaires ou sur les retraites. Difficile de dire si nous allons vers une marchandisation de l’Education comme certains l’avancent déjà. L’interrogation est en tout cas légitime : la suppression progressive de la carte scolaire semble creuser davantage les inégalités entre établissements et le projet d’évaluation des élèves de CE1 et CM2 laisse craindre une mise en concurrence des écoles, ce qui serait un facteur aggravant.

Ce qui est sûr, c’est que l’école des années 2010, si rien ne change, sera une école à bas coûts, sur contrôlée, aux personnels flexibles et à multiples vitesses.

 

Il y a de quoi manifester non ?

 

Sinon que faire ? Il y a bien une solution mais…

 

« Ayant mûrement réfléchi ayant pris votre courage à eux mains vous vous décidez à aller trouver votre chef de service pour lui demander une augmentation vous allez donc trouver votre chef disons pour simplifier car il faut toujours simplifier qu’il s’appelle monsieur xavier c’est-à-dire monsieur ou plutôt mr x donc vous allez trouver mr x là de deux choses l’une ou bien mr x est dans son bureau ou bien mr x n’est pas dans son bureau si mr x était dans son bureau il n’y aurait apparemment pas de problème mais évidemment mr x n’est pas dans son bureau vous n’avez donc guère qu’une chose à faire guetter dans le couloir son retour ou son arrivée mais supposons non pas qu’il n’arrive pas en ce cas il finirait par n’y avoir plus qu’une seule solution retourner dans votre bureau et attendre l’après-midi ou le lendemain pour recommencer votre tentative mais chose qui se voit tous les jours qu’il tarde à revenir en ce cas le mieux que vous ayez à faire plutôt que de continuer à faire les cent pas dans le couloir c’est d’aller voir votre collègue mlle y que pour donner plus d’humanité à notre sèche démonstration nous appellerons désormais mlle yolande mais de deux choses l’une ou bien mlle yolande est de bonne humeur ou bien mlle yolande n’est pas de bonne humeur supposons pour commencer que mlle yolande… » (Georges Perec, l’art et la manière d’aborder son chef de service pour lui demander une augmentation,

 

Combien de temps allons nous reculer pour ne jamais sauter ?

 

 

Max.

 

 

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P.S.:C'est essentiellement grâce aux formidables revues de presse quotidiennes de Philippe Watrelot, sur son site Chronique Education, que j'ai pu rassembler les nombreux articles de presse en lien dans ce billet.

11/12/2008

Petits conseils à un ami...

Hier, c’était jour de mobilisation.

Et vous savez quoi ?

Il est passé nous voir…


Découvrez Bourvil!

10/12/2008

Deux Point, deux mesures

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« A New York on se trouve atrocement dépourvu de piment vital, bien mesquin et vivant, irréfutable, sans lequel l’esprit étouffe et se condamne à ne plus médire que vaguement, et bafouiller de pâles calomnies. Rien qui morde, vulnère, incise, tracasse, obsède, sans concierge, et vienne ajouter certainement à la haine universelle, l’allume de ses milles détails. » (1)

 

Le Point (le hors-série) tente de dénicher, ce mois-ci, l’esprit français. Voltaire, Céline, Montaigne et bien d’autres sont ainsi convoqués pour notre plus grand plaisir.

 

Mais, hélas…

 

Le Point (l’hebdo) fait, cette semaine, sa Une (ou sa haine, c’est selon) sur « les profs, tout ce que l’on n’ose pas dire ». Deux pâles concierges, Emilie Lanez et Marie-Sandrine Sghierri, nous promettent chiffres qui dérangent et autre scandale de l’inégalité scolaire. L’article est une accumulation de mesquineries, de médisances et de calomnie. Mais d’enquête journalistique, rien.

 

Elles nous font traîner trois pages tout de même pour nous avouer que leur papier n’apportera rien: « la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), le service statistique du ministère, dénonce dans une lettre ouverte le sort réservé à une quinzaine de notes d’information. Destinées à la publication, elles s’entassent depuis des mois sur le bureau de Xavier Darcos, en attente de son approbation. Ces chiffres dérangeraient-ils ? Une autre publication, « L’état de l’école » qui sort traditionnellement en octobre, est elle aussi coincée dans un tiroir. »

 

Que font alors nos deux Pointures ? Rien. Il semble plus facile de trahir le secret de l’instruction quand on veut percer un dossier judiciaire que de trouver un chemin d’accès vers les rapports de la direction de la statistique du Ministère de l’Education. Nous n’aurons rien.

 

C’est alors qu’un esprit français surgit : Xavier Darcos.

 

Elles nous dressent alors la chronique du combat chevaleresque que celui-ci mène contre des syndicats « arc-boutés sur leurs maigres avantages et ressemblant (du moins dans leur version militante et défilante) davantage à des cheminots ou à des postiers qu’à des intellectuels ». Un combat qui vise à « sortir les professeurs de la plainte pour leur donner goût à la productivité ».

 

Elles nous écrivent l’hagiographie d’un saint homme dont les miracles soigneront, à l’image de cet ancien instituteur reconverti en manager, des enseignants « malades de solitude, souffrant de cette indifférence terrible de leur administration ». Une situation qui « amène une réaction épidermique face à tout changement. Ils sont frappés d’immobilité. Ils ont peur », nous avertit-il.

 

Elles nous narrent l’histoire d’une « révolution culturelle » dont le nouveau Mao, promet de « tout changer : la formation [des professeurs], leur recrutement, leur rémunération, leurs affectations, leur temps de travail… Finies les gentillesses, place à la révolution culturelle », s’emportent-elle.

 

L’article est méprisant. Les arguments sont des poncifs déjà bien éculés. On se demande pourquoi faut-il que ces belles personnes qui se prennent sans doute pour des journalistes se sentent obliger de mépriser autant toute une profession. Elisabeth Lévy et Philippe Cohen dans un ouvrage récent (2) expliquent comment le journalisme est devenu, avec la complicité souvent involontaire de ceux qui l’exercent, une idéologie diffuse qui prend la forme « d’un conformisme pâteux constitué d’idées trop simples et d’icônes vénérées ». On est en plein dedans.

 

Mais cela ne suffit pas. Au-delà de la détestation de notre école, de ses enseignants, des syndicats, des grèves et des manifestations, on s’interroge. N’est-ce pas finalement la France que ces deux concierges détestent sans se l’avouer ?

 

Le Point (le hors-série) cherche toujours l’esprit français. Tout à la fin, Michel Serres nous éclaire : « C’est l’aspect négatif de l’esprit français, une certaine dimension que j’appellerai « collabo ». Tout se passe comme si les Français ne supportaient pas leur culture. Cela fait de la France un pays très ouvert, mais qui le paie par la détestation de ses propres productions. C’est un phénomène très ancien ! C’est une forme de soupçon, de « haine-propre » très particulière à l’esprit français. »

 

Points de suspension.

 

 

Max.

 

(1) Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, Gallimard, 1932

(2) Elisabeth Lévy, Philippe Cohen, Notre métier a mal tourné, Mille et une nuits, 2008

 

08/12/2008

L'art d'apprendre à ignorer

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L’art d’apprendre à ignorer. C’est le titre d’un ouvrage, paru en 2000, de notre ministre du mépris.

 

Bien sûr le sujet portait sur cette « fabrique de crétins » que serait devenue l’école pour tous les milieux conservateurs.

 

Toutefois, on ne peut s’empêcher de sourire à l’idée qu’en matière d’ignorance, Xavier Darcos est lui aussi un bel artiste.

 

Que disait ce temple du savoir qu’est Xavier Darcos au moment où les syndicats mobilisaient contre sa politique, le 20 novembre dernier ?

Qu’ils n’étaient plus en phase avec les enseignants. Que la France et le monde avancent plus vite que les cortèges.

Ce genre de sornettes.

 

Et bien, la semaine qui vient de s’achever témoigne du contraire. Un exemple : les résultats des élections professionnelles qui se sont déroulées la semaine dernière :

 

Certes, certes. Les élections professionnelles dans le secteur privé ont nettement moins mobilisées : 25,5 % de participation, une bonne partie des abstentionnistes estimant sans doute que  Nicolas Sarkozy ou Xavier Bertrand sont de meilleurs représentants syndicaux…

 

Mais à y regarder de près, ce chiffre global n’a pas beaucoup de sens et relève donc de l’art d’apprendre à ignorer la réalité.

 

Prenons le milieu enseignant du secondaire, puisqu’il nous concerne :

 

64,4 % de participation aux élections professionnelles du 5 décembre. En hausse de plus de 3 % par rapport à 2005 (source Ministère de l’Education nationale). Autant que l’élection américaine jugée historique du point de vue de la participation précisément, émerveillant comme jamais tous nos beaux journalistes de salon.

 

Quelles leçons tirer de ces élections ?

 

  1. Même si le taux de syndicalisation est en baisse, il ne signifie pas une remise en cause de leur représentativité. Le problème qui est posé est donc davantage leur financement dont dépendent leurs moyens d’action.
  2. La volonté de tous les syndicats de s’opposer aux mesures du ministre est validée par une grande majorité des personnels. N’en déplaise à Xavier Darcos, les grèves et manifestations de ces derniers temps sont bien le signe du ras le bol enseignant face à sa politique de démontage en règle de l’Education nationale.
  3. Là où les personnels sont organisés, représentés, la mobilisation est forte.

Et pourtant il reste du travail pour faire entendre ces vérités-là.

 

Comme l’ont repéré certains observateurs aguerris (1) : « La presse de service public radio et télévision s’est comportée de façon à banaliser le vote et à encourager l’abstention. Un vrai tam-tam pro abstention ! Ce fut le cas pour France inter, qui le matin même n’informe pas sur le vote mais sur le “probable taux d’abstention”. Toute la communication des plus grands médias était orientée sur l’abstention y compris les rares spots télévisés. Sans omettre Le Figaro qui, la veille, explique que le scrutin coûte 90 millions et qu’il vaut mieux le supprimer vu qu’il n’y a pas de participants ce qui est le point de vue explicite du Medef et de la droite. »

 

La première leçon de ces élections est peut-être bien que nous apprenons peu à peu à ignorer... Xavier Darcos et ses acolytes.

 

Max.

 

(1)   Gérard Filoche, « Nette progression des syndicats combatifs en dépit de l’abstention organisée par le pouvoir », in Démocratie et socialisme, décembre 2008

 

 

 

 

Ajout du 8 janvier: Vu sur Rue89

Photo: dans la manifestation parisienne des lycéens (Jacky Naegelen/Reuters)

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