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15/02/2009

Masterisation: la réforme la plus bête d'un ministre à bout de souffle

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Bête. Aucun autre mot ne vient à l'esprit. La réforme dite de masterisation proposée par Xavier Darcos est probablement la réforme la plus bête que notre ministre et les belles personnes de son cabinet ont pu pondre depuis bientôt deux ans qu’ils sont au pouvoir.

 

La réforme la plus bête, en effet, car elle consiste à supprimer l’année de formation supervisée par l’IUFM. Contrairement à ce que l’on entend par ci par là, ce n’est pas une année à l’IUFM (dont la réforme s’impose, il est vrai). Je le répète : ce n’est pas une année à l’IUFM mais une année en responsabilité face à 1 ou 2 classes. Les jeunes professeurs ayant réussi leur concours théorique (CAPES ou Agrégation) sont admis à suivre une année où ils vont essuyer les plâtres en ayant une ou deux classes en totale responsabilité en collège ou lycée. Cela représente 8 heures de cours par semaine toute l’année scolaire, seul face aux élèves. Le reste du temps est consacré à des cours de pédagogie à l’IUFM et un travail de préparation réalisé sous le tutorat d’un enseignant expérimenté travaillant dans le même établissement. A l’issue de cette année, le jeune novice est titularisé et se voit affecté dans un établissement à temps plein comme tous ses collègues.

 

La réforme chapeautée par Xavier Darcos et Valérie Pécresse fait tout le contraire. Les futurs enseignants doivent, à l’université, suivre des cours censés les former à l’enseignement. Des cours sans doute réalisés par des praticiens mais des cours tout de même, c'est-à-dire de la théorie. Pendant cette formation, les novices suivent des stages, certes, mais des stages épisodiques d’observation dans la classe d’un collègue. Le futur enseignant n’a plus de classes en responsabilité pour lesquelles il élabore, met en œuvre, corrige tout au long de l’année un programme de cours. Le futur enseignant n’apprend plus, de lui-même, à gérer des classes de 30 élèves en collège ou 37 à 40 élèves en lycée. A certains moments de l’année, il sera en observation, au fond de la classe en train de voir faire un autre, qui pourra, certes, parfois, lui laisser les rênes. Mais jamais plus, pendant sa formation, il n’aura à gérer, le temps d’une année scolaire, une classe de la rentrée de septembre jusqu’à la fin des cours en juin. Jamais plus, pendant sa formation, il ne participera, en tant que professeur à part entière, aux conseils de classe de SES classes.

 

On touche là à ce qui fait l’essentiel de la formation d’un professeur. Non pas des cours dispensés dans un IUFM ou une université (qu’importe le lieu d’ailleurs). Mais la pratique. Pour être un bon professeur, il faut plus d’une fois, se planter, échouer à transmettre des notions. Ce métier n’est pas inné. L’année dite «  en responsabilité » (8 heures face à élève plutôt que 18) est une année de calibrage. Reprendre sans cesse sa leçon et la remettre sur l’établi pour mieux mesurer ce que l’on doit, ce que l’on peut transmettre. Cette maturation demande du temps, beaucoup de temps. L’étudiant doit devenir professeur. Changer de planète en somme. Certains jeunes professeurs sortent d’études ultra poussées dans leur domaine de compétence et  doivent du jour au lendemain enseigner le BA Ba  à des élèves de 11 ans. On croit que c’est simple mais c’est tout le contraire. Nous savons tous écrire des pages entières mais qui aujourd’hui peut expliquer une règle grammaticale à un enfant qui ne sait pas encore rédiger et argumenter. Pourtant sans grammaire, nos textes seraient tout simplement illisibles. Nous ne nous posons plus la question de l’équilibre lorsque nous marchons. Pourtant, il a bien fallu que nous l’apprenions. Ce n’est pas parce qu’un professeur masterisé dira à son élève : « Lève toi et marche » que celui-ci voudra et saura le faire.

 

Une bonne formation des maîtres est une des conditions essentielles de la lutte contre l’échec scolaire. Oui, aujourd’hui, cette formation n’est pas suffisante. Mais, oui aussi, le secret d’une bonne formation c’est de donner du temps. La réforme en cours et contre laquelle il nous faut lutter de toutes nos forces est une aberration. Elle consiste à plonger directement dans le bain un jeune professeur sans qu’il n’ait jamais pratiqué le métier à petite échelle. C’est tout bonnement suicidaire.

 

Mais, on comprend bien la manœuvre : une belle économie tout d’abord puisque le ministère paiera le même salaire (plus une petite prime de début de carrière) un jeune titulaire qui fera 18 heures contre 8 aujourd’hui. Une manière de combler les vides crées par les suppressions massives de postes depuis 2 ans déjà et qui vont se poursuivre (13500 à la rentrée 2009). Un jeune titulaire corvéable à merci qui pourra aller boucher les trous dans plusieurs établissements la même année (6 heures par ci, 6 heures par là et encore 6 heures par là). Mais à quel prix !

 

Non, vraiment. Nous avons beau tourner cette réforme dans tous les sens, une seule question demeure : Comment peut on réformer aussi bêtement ? (1) Cette question devient un abîme de perplexité quand on sait que cette réforme est le fruit de la réflexion d'un ministre réputé intelligent et fin connaisseur de notre système éducatif.

 

Désormais, c’est une certitude : il y a bien au moins un poste à supprimer dans l’Education nationale : celui du ministre.

 

Max.

 

 


podcast
 Jacques Higelin, Crocodaïl

 

  

(1) Xavier Darcos a même osé prétendre, comble de la mauvaise foi, jeudi dernier sur RMC que "Aujourd'hui (...) les professeurs passent un concours, ils sont mis dans l'Institut de formation des maîtres, où on leur apprend des théories générales sur l'éducation et de temps à autre, ils vont remplacer un professeur absent. C'est pas comme ça qu'on forme des gens. Autrement dit, ils sont sans arrêt devant un simulateur de vol. Alors que dans le système que je propose, ils ne seront pas dans un simulateur de vol". Toute la démonstration faite ici vise à démontrer que c’est, bien sûr, le contraire qui va se passer.

Commentaires

Et voilà qui va encore nous aggraver les inégalités soulevées il y a plus de trente ans par Pierre Bourdieu. Les enfants venants d'un milieu culturel "favorisé" continueront à s'en sortir, même avec des profs moins bien formés, puisque leur culture familiale les pousse dans le sens attendu par l'éducation nationale. Les enfants venant de milieu moins culturellement "favorisé" (c'est à dire dont la culture est très éloignée de la culture académique attendue à l'école), eux, couleront encore plus vite puisque dans leur cas le rôle des profs est central dans la réussite scolaire.
Le ministre ne veut visiblement plus des "cas" comme moi ou d'autre, c'est à dire des enfants dont les parents n'ont même pas de bac, et qui termine un cursus universitaire à bac+5 .
Dans les ministères, ils parlent d'"égalités des chances", par curiosité cherchez l'origine de ce terme.... (inventé aussi par un "sociologue") La France est un futur pays d'inculte avec les politiques de ces messieurs.

Écrit par : julie | 16/02/2009

La "réforme" pour la réforme. Bouger, n'importe comment, bouger pour bouger, mentir, bidonner, aller au maximum de la mauvaise foi et de la mnipulation...

En face, ces salauds de fonctionnaires, grévistes professionnels (évidemment), n'auront d'autre choix pour éviter cette imbécilité que de faire grève encore, de perdre du salaire, juste parce que là-haut, tout la-haut, la politique d'un ministre est une insulte à l'intelligence...

Je précise quand même que je suis salarié du privé, et consterné par cette gestion chaque jour plus ridicule et nocive.

Écrit par : vpl-38 | 16/02/2009

vpl-38
Quelle autre solution pour l'heure avons nous que de faire grève et de manifester face à ce genre de réforme totalement absurde ? Où sont les partis politiques qui pourraient construire l'alternative ?

Écrit par : max | 16/02/2009

lui laisser les rennes: où est le Père Noël ?

Jamais plus, pendant sa formation, il participera: où est le NE ?

c'est très bien d'écrire sur la grammaire et l'orthographe, encore faudrait-il la maîtiser vous-même.

Écrit par : JPL | 16/02/2009

JPL,
Donc j'enlève un "n" à rennes et je le rajoute deux lignes plus loin. C'est ça?
Voyez vous autre chose?

Écrit par : max | 16/02/2009

"sans qu’il n’ai jamais pratiqué"

Vous pourriez même ajouter un "t" à ai, c'est ce qu'on m'apprenait à l'école il y a 40 ans !

Écrit par : JPL | 16/02/2009

Bon, vous êtes redoutable. Je m'incline sur la forme. Et sur le fond ?

Écrit par : max | 16/02/2009

Sur le fond, je trouve vos propos très pertinents. Comment peut-on enseigner tout en faisant respecter l'ordre et en se faisant respecter si on n'a jamais appris à le faire. Je ne suis pas dans l'éducation nationale mais j'ai ma fille qui est normalienne en lettres modernes, titulaire du CAPES et qui tentera son agrégation d'anglais l'année prochaine. Elle a pris 2 années de congés pour apprendre l'anglais en enseignant dans un lycée en Angleterre. Elle est assistante de français et donne des cours particuliers à certains des élèves. C'est une excellente formation, mais pas suffisante pour affronter des classes surchargées dans des zones souvent difficiles. Soyez certains que j'ai de l'admiration pour le stress que nombre d'entre vous doivent supporter à longueur d'année.

Sans rancune ?

Écrit par : JPL | 16/02/2009

C'etait mieux avant mai 1968?
Ce qui manque aux enseignants : l'amour du métier ou des cours de karaté?

Écrit par : optimiste | 16/02/2009

Bête, sans doute, mais méchant, surtout. A ne pas oublier : ils sont bêtes parce que méchants. Car ils sont animés par cette haine d'extrême-droite contre l'Ecole, c'est-à-dire le lieu de l'éducation populaire. Vous vous rendez compte, un peuple cultivé, et puis pourquoi pas aussi un peuple qui ne regarderait plus TF1 le soir ? Ah non...

Depuis la Commune de Paris, qu'est-ce qui a changé dans cette grande bourgeoisie ? Pas sa haine antipopulaire...

Écrit par : grellety | 16/02/2009

Quand j étais étudiant aux USA, dans mon université, les sciences de l Education (la Pédagogie) était le département le plus important. Car la transmission du savoir n est pas innée (mais qu est ce qui est inné), mais une affaire de méthode , même si l amour du métier et le respect des élèves est un préalable mais insuffisant. Donc Zéro pour cette réforme, qui n a pour but que de réduire les coûts comme ils font dans toutes industries et maintenant dans les administrations.

Écrit par : Bill64 | 16/02/2009

Encore une belle réforme... Quand est-ce que ce gouvernement s'attaquera aux vrais problème de la formation ?

Écrit par : Enaco | 14/05/2009

Ayant une formation dans l'enseignement, je ne peux m'empêcher de pousser mon petit coup de gueule à chaque fois. Les suppressions de postes et le programme de la réforme n'ont qu'un seul but : Faire des économie. Tous plus hypocrites, nos politiciens ne veulent pas l'admettre... Quand je vois des classes de 35 élèves, j'en reste ahuri. Comment ces derniers peuvent-ils recevoir une formation correcte ? Il ne faut pas être naïf, une classe à l'effectif trop importante incite à la paresse. Un élève participe, pourquoi se fatiguer à participer ? Or un groupe de 20 élèves donne beaucoup moins de repos aux "élèves fainéant", le professeur peut beaucoup mieux cibler et cerner ces élèves tout en les motivant. Il faut avoir une vision sur le long terme. Un gouvernement qui n'a rien compris ...

Écrit par : Cours | 19/03/2010

Darcos n'est pas le premier ministre de l'éducation à pratiquer la désinformation. Le véritable objectif de cette réforme répond à un impératif économique; à présent, ceux qui auraient été stagiaires à l'IUFM, assureront un service comptet d'enseignant. Par ailleurs, de nombreux étudiants pourront constituer un formidable vivier dans lequel les différents rectorats pourront piocher pour assurer les remplacements : que d'économies en perspective !

Écrit par : Annonce | 25/04/2010

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Écrit par : find a freelancer | 13/07/2011

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Écrit par : Plumber Dunstable | 14/07/2011

Les commentaires sont fermés.

 
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