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18/02/2009

Privé / public: un mariage avec la bénédiction de l'Etat

Education, Hôpital, Université: A saisir ! #2

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Je me promène dans mon petit quartier parisien et tombe nez à nez avec cette pancarte vantant la partici-pation du Conseil régional d’Ile de France à l’agran-dissement du lycée privé Charles de Foucauld dans le 18ème arrondisse-ment. Ce n’est évidemment pas nouveau. Depuis la loi Debré de 1959 (1), les pouvoirs publics ont l’obli-gation de subventionner le fonctionnement des établissements privés sous contrat.

 

Depuis un an jour pour jour (ou presque) toutefois, tout est en train de changer : dans le cadre du plan "espoir banlieue" doté cette année de 200 millions d’euros, une cinquantaine de classes relevant de l’enseignement catholique devaient être ouvertes cette année dans des zones sensibles. Pour ce faire, un Fonds spécifique a été créé destiné surtout à financer les salaires des enseignants travaillant dans ces 50 nouvelles classes. Ce Fonds qui, on l’imagine, pourra ensuite être enrichi modifie l’équilibre entre privé et public qui jusque là voulait que 80% des enseignants sont affectés dans le public et 20% dans le privé.

 

Un autre exemple de la nouvelle politique qui s’engage est l’annonce de l’ouverture pour la rentrée 2009 d’un lycée privé à Sartrouville, le lycée Jean-Paul II qui pourrait accueillir 650 élèves. Le mois dernier l’opposition municipale s’est élevée contre les financements par la ville des aménagements autour de l’établissement. Des travaux qui représentent quelques 860 000 sur le budget de la commune. Une telle « bénédiction » a priori de l’Etat et de la commune de Sartrouville est là aussi une nouveauté : les établissements privés doivent fonctionner cinq années avant d’obtenir un contrat avec l’Etat et répondre à "un besoin scolaire reconnu". Les lycées privés musulmans de Lille et Lyon sont ou ont été soumis à ces obligations. Pourquoi en serait-il autrement pour l’enseignement catholique en banlieue ?  

 

On le voit, le financement de l’enseignement privé sous contrat prend aujourd’hui des formes de plus en plus variées, ce qui soulève évidemment des questions pour l’heure sans réponses :

 

-        La question de la laïcité tout d’abord : est-il acceptable de voir les élus, l’Etat investir et s’investir autant dans un établissement qui revendique sa singularité catholique ? Le projet éducatif du futur lycée Jean-Paul II n’est-il pas de « Permettre à chaque personne de développer toutes ses possibilités et tous ses talents, l’aider à grandir en humanité, en référence aux valeurs de l’Evangile » (source : Conseil régional d’Ile de France)

 

-        La question des moyens ensuite : le plan « espoir banlieues » crée des classes dans les établissements privés sous contrat là même où l’Etat en supprime par centaines dans l’enseignement public. que l’enseignement catholique, avec 17% des effectifs, possède près de 40 % des établissements. En Ile de France et à Paris, on compte 105 lycées privés pour 22 252 élèves alors que le public ne dispose que de 73 établissements pour 40 030 lycéens. De qui se moque-t-on ?

 

-        La question de l’avenir de l’école publique enfin. Le mois dernier, Richard Descoings, chargé d’une mission de concertation sur la réforme du lycée ne déclarait-il pas que l’on pouvait envisager un financement privé des établissements publics (2). Ainsi l’Etat et les collectivités financeraient les établissements privés et le secteur privé financerait l’enseignement public. On marche sur la tête.

 

La frontière entre l’enseignement privé et l’enseignement public devient, chaque jour, un peu plus floue. Le temps des grandes lois est dépassé. Par petites touches par ci par là, c’est tout notre paysage éducatif qui change.

 

Ailleurs, à l’hôpital notamment, les mêmes symptômes sont perceptibles : quelques quatre cents hospitaliers, par exemple, ont demandé dans une tribune publiée fin janvier dans Le Monde de reporter la réforme de l'hôpital. Une des raisons invoquée : « Cette perspective de convergence entre le secteur public hospitalier et le secteur privé se fera principalement sur des critères de rentabilité financière, au détriment des malades "non rentables". Partout sont programmées et mises en oeuvre des réductions d'effectifs médicaux et paramédicaux. A ce rythme, il se pourrait qu'en 2012 l'hôpital public ne soit pas renforcé et mieux organisé, mais au contraire affaibli et déstructuré. »

 

Un jour, comme on redessine la carte hospitalière, on redessinera la carte des établissements scolaires publics. La pénurie de classes et de moyens dans le public aura eu raison de familles souhaitant naturellement le meilleur pour leurs enfants. On aura rien vu venir.

 

Pourtant, régulièrement, le temps d’une promenade nous serons passés et repassés devant des pancartes nous vantant la création de classes dans les établissements privés de nos quartiers. Comment ne peut-on rien voir venir ?

 

Max.

 

 

 

Vous avez loupé le début ? Education, Hôpital, Université: A saisir ! #1

 

(1) Pour les établissements d'enseignement privés sous contrat, selon la loi du 31 décembre1959, l'État prend en charge la rémunération des personnels enseignants, les charges sociales et fiscales incombant à l'employeur ainsi que les dépenses de formation initiale et continue des enseignants. Les collectivités locales participent quant à elles au fonctionnement matériel des classes sous contrat sous la forme de forfaits. Pour l'enseignement secondaire sous contrat d'association, la contribution financière des départements et des régions est obligatoire.

 

(2) C’était le 16 janvier 2009 sur RTL :
podcast

 

 

Commentaires

à la façon dont est écrit le mot extenT(sic)ion, on peut douter de la qualité de l'enseignement dans ce genre d'établissement !!!!

Écrit par : françoisbertrand | 19/02/2009

amen!

Écrit par : khenchela | 19/02/2009

françoisbertrand

la photo le montre encore mieux maintenant...

Écrit par : max | 19/02/2009

C'est bien le Lycée Charles de Foucault (comme l'on peut voir sur la photo) et non Michel de Foucault (comme écrit dans ton article...)

Écrit par : Oo | 19/02/2009

Bon sang mais c'est bien sûr ! Merci Oo.

Écrit par : max | 19/02/2009

Quand j'ai vu le résumé sur 20 minutes, c'est la faut d'orthographe sur le panneau qui m'a interpellée. C'est pas de locaux dont ils ont besoin, mais de profs bien formés !!

Écrit par : ad | 20/02/2009

Les commentaires sont fermés.

 
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