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27/02/2009

Effet de (Guade)loupe

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Une grève

Deux îles

Trois semaines

Quatre semaines

Cinq semaines

 

Un pays

Deux îles

Un océan

Des requins

Le mépris

 

Un système: la pwofitasyon

Système salaire

Manger à la béké

Taxes du mal

Jeux de Jégo

 

Un pays

Deux îles

Un océan

Des requins

Le mépris

 

Rêve général

Deux cents bons euros

Quatre cent mille malheureux

Prendre le pouvoir d’achat

Maîtres aux pôles

 

MARTINique ?

GUY AN(N)E ?

MétroPAUL ?

Réunion ensemble

Effet de Guadeloupe.

 

 

Max.

 

Illustration: Jacques Prévert, Paris, 1955 par Robert Doisneau. A voir dans le cadre de l’exposition Paris La Belle consacrée à Jacques Prévert.

24/02/2009

Noyé? Perdu? Ce n'est pas grave!

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Noyé ? Perdu ?

Ce n’est pas grave ! Il existe des esprits solides qui savent remettre le curseur là où il faut. On va donc se faire une petite pause de quelques jours, les lire ou les relire. Juste quelques liens. Si vous en avez d’autres, n’hésitez pas à enrichir cette balbutiante webothèque :

« Ce n’est pas en prenant les gens pour des imbéciles que l’on développe une culture de l’autonomie et de la responsabilité », Thomas Piketty, « Autonomie des universités, l’imposture », Libération du 17 février.

« Nous sommes là dans une logique d'enseignement qui omet la logique de l'apprentissage, celle des élèves et celle des enseignants », Jean Houssaye, « La formation des professeurs, une révolution conservatrice », Le Monde du 18 février.

« Trente ans de fréquentation des courbes me disent le caractère massif, universel, de la marche en avant de l’alphabétisation, celle-ci entraînant la révolution démographique, puis, ultimement, le développement économique. En 2030, la planète entière sera alphabétisée. Bref, je vis avec le progrès. C’est ce qui me rend optimiste », Emmanuel Todd, « Après le sarkozysme, quoi ? », entretien avec l'éternelle pessimiste Elisabeth Lévy, sur le site Causeur.fr.

 

Max.

PS : les images du haut sont extraites de la campagne de publicité dans le métro parisien et ailleurs d’un célèbre marchand de tapis et autres beautés de ce genre.

 

Ajoût du 25 février dans cette petite webothèque:

Dans son éditorial du 5 février, Franz-Olivier Giesbert a pris la plume pour dénoncer le "consternant mouvement" des chercheurs, qui "derrière leur logomachie pseudo-révolutionnaire ont souvent, chevillée au corps, l'idéologie du père Peinard". LeJDD.fr s'est procuré la lettre par laquelle les enseignants en Droit de l'Université d'Assas répondent au directeur du Point. Elle est ICI.

Ou encore, la « masterisation » des enseignants expliquée à ma fille sur le blog de Sylvestre Huet, journaliste à Libération

22/02/2009

Nadine Morano tente un hold up sur l'Education nationale

Nadine Morano à l’Education nationale : un mammouth à la place du Mammouth ? Non, pire que ça. 20 minutes relaie une information péchée par le Point.fr : « Nadine Morano lorgne sur le Ministère de l’Education ».

 

On connaît trop le côté tapageur de celle qui ambitionnerait de prendre le délicat portefeuille de Xavier Darcos. On ne peut pas dire qu’elle soit l’emblème de la finesse. Pour s’en souvenir, regardons cette vidéo bien connue trouvée sur le site du Nouvel Obs :

 

Mais nous aurions tort de croire que cette nomination ne serait qu’une simple erreur de casting.

 

Adjoindre l'Education à la Famille

 

En effet, au-delà de la personnalité de Nadine Morano qui ne colle pas avec le ministère  qu’elle convoite, c’est le projet qu’elle porte qui dérange : adjoindre au ministère de la famille, celui de l’éducation. C’est bien dans ce sens là que le Point.fr, qui a eu vent de cette trouvaille, nous la présente. Dans ce sens et non l’inverse.

L’inverse d’ailleurs n’aurait guère de sens : qu’est-ce que le ministère de l’éducation aurait à faire d’une délégation à la famille. En quoi la réforme du lycée pourrait-elle trouver des ressources dans les caisses d’allocations familiales ? En quoi la revalorisation des carrières enseignantes trouveraient-elles refuge dans celle du mariage ?

Non. Il n’y a sans doute pas d’erreur dans la formulation : le projet de Nadine Morano serait bien d’adjoindre l’Education à la Famille et non le contraire. Mais alors qu’est-ce que la signifie et pourquoi, pour le coup, il existe bien une logique et qu’est ce qu’elle recèle ?

 

Tout d’abord, la déclaration de Nadine Morano n’est pas une déclaration tapageuse de plus. Cette « évolution » est inscrite dans le discours de Nicolas Sarkozy depuis sa campagne de 2007 (et probablement avant). C’était il y a presque 2 ans jour pour jour (bel anniversaire !), le 23 février 2007 :

 

« C’est l’autorité des parents qu’il faut réhabiliter.

Je souhaite une véritable révolution des mentalités par laquelle les parents soient reconnus comme des éducateurs à part entière.

(…) Si pour les familles qui ne s’occupent pas de leurs enfants mineurs, qui les laissent traîner dans la rue, qui les laissent commettre des délits, qui ne respectent pas l’obligation de les scolariser, je souhaite que des sanctions soient prises, que la responsabilité des parents puisse être mise en cause, que les allocations familiales soient mises sous tutelle, je m’engage aussi si je suis élu à aider les familles de bonne foi qui en ont besoin à élever leurs enfants.

Je souhaite que dans ce rôle ils soient soutenus, aidés, accompagnés, que cette charge soit prise en compte dans le calcul de l’impôt, de la CSG, des retraites. »

 

Ensuite, transférer le ministère de l’Education nationale à celui de la famille, c’est comme transférer l’Education nationale aux familles autrement dit faire perdre à l’Education nationale son caractère national. Alors évidemment, quand je dis cela, on se dit que j’exagère, que j’en fait des tonnes, que j’ai trouvé là un nouveau moyen de taper sur les seuls-qui-proposent-dans-ce-pays-gangréné-par-l’immobilisme-etc. La dernière phrase de la citation ci-dessus ne dit rien d’autre : « Je souhaite que dans ce rôle ils soient soutenus, aidés, accompagnés, que cette charge soit prise en compte dans le calcul de l’impôt, de la CSG, des retraites. » L’Etat n’est plus celui qui impulse, qui oriente, qui définit des politiques éducatives pour la nation entière, sans exclusive. Or, ramener l’école à un devoir familial, c’est lui ôter ce que près de deux siècles ont lentement forgé à savoir que l’école est avant tout un moyen de répondre à l’environnement social dans lequel elle est impliquée. Son objectif n’est-il pas d’abord globalisant : faire d’un jeune individu, accueilli dès son plus jeune âge, une personne intégrée. Passer de l’individu à la personne, en somme. Intégrée dans le lien social, à la fois pour le construire comme citoyen et pour y participer par sa profession. Le projet de Nicolas Sarkozy et de Nadine Morano, qui se vante souvent d’avoir l’oreille du Président, est tout autre : faire de l’école une simple béquille, un hôpital de campagne d’une éducation délocalisée au sein des seules familles. Bien sûr que le rôle d’une famille est d’éduquer au sens strict du terme. Mais peut on compter sur elle seule pour former un citoyen, pour émanciper. Sans doute parfois. Mais pas toujours et loin s’en faut. Se faisant, Nicolas Sarkozy et Nadine Morano sont bien dans un projet de droite dont l’objectif libéral ne consite qu’à intervenir dans la société qu’à la marge.

 

Enfin, le déclassement de l’Education nationale au rang de simple auxiliaire des familles serait une manière de définitivement décrédibiliser l’instituteur et le professeur. Nicolas Sarkozy avait déjà lancé la pierre à cette profession : “Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance”. (Discours au Vatican, 20 décembre 2007). Il pourrait rajouter que dans la transmission des valeurs et dans la l’apprentissage de la différence entre le savoir et le savoir-faire, le professeur ne pourra jamais remplacer le père ou la mère de famille, parce qu’il lui manquera toujours l’autorité ou je ne sais quelle autre sornette. Depuis déjà plusieurs années, l’idéologie dominante consiste à dire que l’école à échouer à se démocratiser. Les partis de droite estiment d’ailleurs que la tâche est impossible autant qu’inutile. C’est la raison pour laquelle, on peut dégraisser sans vergogne. Certes, certes, la démocratisation de l’école n’est pas réussie pourtant faut-il jeter le bébé avec l’eau du bain ?

 

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Nadine Morano, une femme d'envergure, prompte à occuper les places laissées vacantes.

 

On le voit, l’arrivée de Nadine Morano à l’Education ou plus exactement (car tel est son souhait), l’arrivée du ministère de l’Education dans le ministère de Nadine Morano ne serait pas sans conséquences. Xavier Darcos en bon latiniste, voulait une école machine à dupliquer des savoirs, confite d’académisme. Nadine Morano nous vendra une école « d’éveil » dont le but est surtout d’occuper, à charge aux familles de faire l’essentiel (1).

 

Il ne nous reste plus qu’à croire que cette déclaration de Nadine Morano ne soit qu’une manière de faire parler de soi pour que le Président ne l’oublie pas le moment du remaniement venu. Juste marquer une ambition, en somme.

 

Perso, je veux encore croire que tout cela n’est qu’un mauvais rêve.

 

Et pour terminer, référence à la vidéo du début...


podcast
 Anaïs, Elle sort qu'avec des blacks

 

 

Max.

 

 

 

(1) Au Grand jury RTL, Le Figaro, LCI, le 21 décembre 2008, Nadine Morano, encore secrétaire d’Etat chargée de la Famille, avait déclaré que « l’école maternelle c’est trois ans », et indiqué avoir à « à l’étude » un dispositif de « financement croisé » pour des jardins d’éveil destinés aux enfants âgés de deux à trois ans. « Nous sommes en train de travailler sur un dispositif de financement croisé par la CAF (caisse d’allocations familiales), les communes, les communautés de communes, mais aussi les parents en fonction de leurs revenus » avait-elle précisé.

 

 

 

 

20/02/2009

Sur le marché, l'anticapitalisme se vend bien ...

A votre avis, pourquoi Sarkozy le cafard a-t-il de fortes chances de l’emporter en 2012 ?

  

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Marché de l'Olive - 18ème arrondissement de Paris
Cliquez sur l'image pour l'agrandir

podcast
Adrienne Pauly, méchant cafard

19/02/2009

Evaluer les politiques plutôt que les personnes

Education, Hôpital, Université: A saisir ! #3

 

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De nombreuses manifestations des enseignants chercheurs ont eu lieu aujourd’hui. Ils s’élèvent notamment contre la volonté de Valérie Pécresse de monnayer l’argent de la recherche à une évaluation jugée arbitraire (nombre d’articles publiés par exemple) des chercheurs.

 

Cette volonté se double aujourd’hui du mépris que Nicolas Sarkozy témoigne à l’endroit de la recherche française accusée de « médiocre », « d’immobilisme », aux « structures obsolètes ». Comme nous le relate, entre autres Mediapart, le Président s’est mis, de manière erronée, à plaisanter au sujet des chercheurs Français qui sont incapables de voir la réalité en face, c’est-à-dire, notamment, d’admettre que leur taux de productivité, selon d'obscurs calculs élyséens, est inférieur de 30 à 50% à celui de leurs confrères britanniques.

 

Dans un article publié les 12 février sur le site Rue 89, Nestor Romero, ancien enseignant voit très justement dans la tendance à tout évaluer, le signe d'une marchandisation de l'école. Il dit notamment ceci :

 

« Tel est le maître mot: évaluation.

Tout doit être évalué, du gamin de maternelle et de cours moyen jusqu'au chercheur chenu en passant par le chômeur jeune ou moins jeune dont il convient d'évaluer sa capacité à trouver un introuvable travail, le médecin hospitalier qui aurait tendance à consacrer trop de temps à ses patients au prix de la rentabilité de l'hôpital-entreprise, et le malade qui aurait tendance à l'être un peu trop.

Car il y a des enfants de 9 ans qui ne sont pas assez "performants" et des enseignants-chercheurs qui ne cherchent pas autant qu'il le faudrait et que, comme réprimande, on enverra enseigner!

Et des chômeurs qui profitent de la situation pour se complaire dans l'oisiveté, des médecins trop attentifs et des malades imaginaires.

Il faut donc bien évaluer car la liberté, celle que ne tolère pas le "libéralisme", est source de désordres dont seule une rigoureuse évaluation peut venir à bout. »

 

Et de conclure, non sans ironie :

 

« Pourtant, ces insignifiants désordres inéluctables qui accompagnent la liberté sont bien moins redoutables que l'autoritarisme populiste et évaluateur porté par le "libéralisme".

Car ni les enfants, ni les professeurs, ni les chercheurs, ni les médecins ne sont à l'origine du désordre qui vient de saisir le monde. Qui sont donc ces fauteurs de troubles qu'il conviendrait d'évaluer avec la plus grande rigueur? »

 

La question qu’il convient de se poser est pourquoi, aujourd’hui plus que jamais, nos gouvernants tendent à vouloir inscrire dans leurs politiques cette logique d’évaluation des personnes.

 

Prenons l’exemple de l’enseignement secondaire et commençons par poser le contexte :

 

Depuis les années 70, la massification scolaire a remis en cause la confiance des citoyens vis-à-vis du système d’enseignement. Plusieurs problèmes se sont ainsi posés : mise en doute de la possibilité d’adapter au public populaire un enseignement construit pour et en fonction d’élèves issus majoritairement des classes moyennes et supérieures (débat depuis les années 70 avec mise en place du collège unique : classes hétérogènes ou groupes de niveau ?) ; mise en doute de l’efficacité du système d’enseignement, insuffisance de la formation au monde du travail et de la socialisation. Il en est découlé une crise de légitimité : l’Etat et ses partenaires, l’opinion demandent des comptes à l’Ecole. A  cela s’est ajoutée la pression des médias et des institutions internationales (Union européenne, OCDE).

 

Autre élément de contexte: les lois de décentralisation éducative des années 1985-1986. Les collectivités se sont vues attribuer la responsabilité des investissements et du fonctionnement matériel des établissements, ce qui a conduit à un partage de la tutelle entre les services académiques et les collectivités territoriales. Par ailleurs, les établissements se sont autonomisés (ce sont eux qui, par exemple répartissent la dotation horaire). Du fait de ce transfert de responsabilité aux élus locaux, d’administrative, la gestion de l’école est devenue plus politique. La prise en compte des demandes du terrain s’est accrue aboutissant entre autre au desserrement de la carte scolaire. Suivant cette nouvelle logique, l’Etat a également renoncé à l’intégration dans les services publics d’Etat de l’enseignement privé. Nous l’avons vu dans la note précédente cette tendance est aujourd’hui en train de s’accélérer.

 

Depuis les années 70 et surtout 80, le système éducatif français s’est donc considérablement transformé, de nombreuses politiques éducatives se succédant jusqu’à aujourd’hui. Certains spécialistes parlent même de « révolution invisible ». C’est dire comme on y a vu que du feu. Pourtant rarement elles ont été évaluées. Seuls des procès en politique éducative ont eu lieu, la droite démontant la logique de la gauche et vis versa.

 

La logique d’évaluation du gouvernement poursuit cette tendance irresponsable : évaluer les hommes et non le système et les politiques qui l’animent. Au bout du compte, ils nous laissent en héritage un millefeuille dont on croit qu’il produit plus d’échec scolaire que de réussite ce qui est, reconnaissons le, une aberration. 

 

Avec la décentralisation, les compétences en matière de politique éducative sont devenues diverses et rarement concentrées entre les mains des mêmes acteurs (l’Etat gère les personnels, les collectivités gèrent les investissements matériels, les établissements la répartition de leur dotation horaire). L’évaluation des politiques éducatives est donc aujourd’hui indispensable. Les anglos-saxons l’ont largement développée. Elle permet à tous les acteurs, même les plus petits de continuer à exercer un pouvoir de contrôle démocratique de ces politiques.

 

Vouloir, comme le fait le gouvernement, évaluer les personnes et non les propres politiques qu’il met en œuvre est une spécialité française. Cela permet, en tout cas, à l’homme politique médiocre, d’amuser le parterre et d’intenter sans beaucoup d’efforts, d’inutiles procès en immobilisme.

 

 

Max.

 

Pour approfondir :

 

ROMERO Nestor, La tendance à tout évaluer, signe d'une marchandisation de l'école, Rue 89, 12 février 2009

LEMIEUX Cyril, Enseignants-chercheurs : Nicolas Sarkozy a-t-il commis une erreur ?, Médiapart, 15 février 2009

ROLLOT Catherine, Enseignants-chercheurs : les raisons d'une révolte, Le Monde, 18 février 2009

DUTERCQ Yves, Politiques éducatives et évaluation, querelle de territoires, PUF, 2000

 

Et puis, si vous avez loupé les épisodes précédents:

 

Education, Hôpital, Université: A saisir ! #1

Education, Hôpital, Université: A saisir ! #2

 

18/02/2009

Privé / public: un mariage avec la bénédiction de l'Etat

Education, Hôpital, Université: A saisir ! #2

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Je me promène dans mon petit quartier parisien et tombe nez à nez avec cette pancarte vantant la partici-pation du Conseil régional d’Ile de France à l’agran-dissement du lycée privé Charles de Foucauld dans le 18ème arrondisse-ment. Ce n’est évidemment pas nouveau. Depuis la loi Debré de 1959 (1), les pouvoirs publics ont l’obli-gation de subventionner le fonctionnement des établissements privés sous contrat.

 

Depuis un an jour pour jour (ou presque) toutefois, tout est en train de changer : dans le cadre du plan "espoir banlieue" doté cette année de 200 millions d’euros, une cinquantaine de classes relevant de l’enseignement catholique devaient être ouvertes cette année dans des zones sensibles. Pour ce faire, un Fonds spécifique a été créé destiné surtout à financer les salaires des enseignants travaillant dans ces 50 nouvelles classes. Ce Fonds qui, on l’imagine, pourra ensuite être enrichi modifie l’équilibre entre privé et public qui jusque là voulait que 80% des enseignants sont affectés dans le public et 20% dans le privé.

 

Un autre exemple de la nouvelle politique qui s’engage est l’annonce de l’ouverture pour la rentrée 2009 d’un lycée privé à Sartrouville, le lycée Jean-Paul II qui pourrait accueillir 650 élèves. Le mois dernier l’opposition municipale s’est élevée contre les financements par la ville des aménagements autour de l’établissement. Des travaux qui représentent quelques 860 000 sur le budget de la commune. Une telle « bénédiction » a priori de l’Etat et de la commune de Sartrouville est là aussi une nouveauté : les établissements privés doivent fonctionner cinq années avant d’obtenir un contrat avec l’Etat et répondre à "un besoin scolaire reconnu". Les lycées privés musulmans de Lille et Lyon sont ou ont été soumis à ces obligations. Pourquoi en serait-il autrement pour l’enseignement catholique en banlieue ?  

 

On le voit, le financement de l’enseignement privé sous contrat prend aujourd’hui des formes de plus en plus variées, ce qui soulève évidemment des questions pour l’heure sans réponses :

 

-        La question de la laïcité tout d’abord : est-il acceptable de voir les élus, l’Etat investir et s’investir autant dans un établissement qui revendique sa singularité catholique ? Le projet éducatif du futur lycée Jean-Paul II n’est-il pas de « Permettre à chaque personne de développer toutes ses possibilités et tous ses talents, l’aider à grandir en humanité, en référence aux valeurs de l’Evangile » (source : Conseil régional d’Ile de France)

 

-        La question des moyens ensuite : le plan « espoir banlieues » crée des classes dans les établissements privés sous contrat là même où l’Etat en supprime par centaines dans l’enseignement public. que l’enseignement catholique, avec 17% des effectifs, possède près de 40 % des établissements. En Ile de France et à Paris, on compte 105 lycées privés pour 22 252 élèves alors que le public ne dispose que de 73 établissements pour 40 030 lycéens. De qui se moque-t-on ?

 

-        La question de l’avenir de l’école publique enfin. Le mois dernier, Richard Descoings, chargé d’une mission de concertation sur la réforme du lycée ne déclarait-il pas que l’on pouvait envisager un financement privé des établissements publics (2). Ainsi l’Etat et les collectivités financeraient les établissements privés et le secteur privé financerait l’enseignement public. On marche sur la tête.

 

La frontière entre l’enseignement privé et l’enseignement public devient, chaque jour, un peu plus floue. Le temps des grandes lois est dépassé. Par petites touches par ci par là, c’est tout notre paysage éducatif qui change.

 

Ailleurs, à l’hôpital notamment, les mêmes symptômes sont perceptibles : quelques quatre cents hospitaliers, par exemple, ont demandé dans une tribune publiée fin janvier dans Le Monde de reporter la réforme de l'hôpital. Une des raisons invoquée : « Cette perspective de convergence entre le secteur public hospitalier et le secteur privé se fera principalement sur des critères de rentabilité financière, au détriment des malades "non rentables". Partout sont programmées et mises en oeuvre des réductions d'effectifs médicaux et paramédicaux. A ce rythme, il se pourrait qu'en 2012 l'hôpital public ne soit pas renforcé et mieux organisé, mais au contraire affaibli et déstructuré. »

 

Un jour, comme on redessine la carte hospitalière, on redessinera la carte des établissements scolaires publics. La pénurie de classes et de moyens dans le public aura eu raison de familles souhaitant naturellement le meilleur pour leurs enfants. On aura rien vu venir.

 

Pourtant, régulièrement, le temps d’une promenade nous serons passés et repassés devant des pancartes nous vantant la création de classes dans les établissements privés de nos quartiers. Comment ne peut-on rien voir venir ?

 

Max.

 

 

 

Vous avez loupé le début ? Education, Hôpital, Université: A saisir ! #1

 

(1) Pour les établissements d'enseignement privés sous contrat, selon la loi du 31 décembre1959, l'État prend en charge la rémunération des personnels enseignants, les charges sociales et fiscales incombant à l'employeur ainsi que les dépenses de formation initiale et continue des enseignants. Les collectivités locales participent quant à elles au fonctionnement matériel des classes sous contrat sous la forme de forfaits. Pour l'enseignement secondaire sous contrat d'association, la contribution financière des départements et des régions est obligatoire.

 

(2) C’était le 16 janvier 2009 sur RTL :
podcast

 

 

15/02/2009

Masterisation: la réforme la plus bête d'un ministre à bout de souffle

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Bête. Aucun autre mot ne vient à l'esprit. La réforme dite de masterisation proposée par Xavier Darcos est probablement la réforme la plus bête que notre ministre et les belles personnes de son cabinet ont pu pondre depuis bientôt deux ans qu’ils sont au pouvoir.

 

La réforme la plus bête, en effet, car elle consiste à supprimer l’année de formation supervisée par l’IUFM. Contrairement à ce que l’on entend par ci par là, ce n’est pas une année à l’IUFM (dont la réforme s’impose, il est vrai). Je le répète : ce n’est pas une année à l’IUFM mais une année en responsabilité face à 1 ou 2 classes. Les jeunes professeurs ayant réussi leur concours théorique (CAPES ou Agrégation) sont admis à suivre une année où ils vont essuyer les plâtres en ayant une ou deux classes en totale responsabilité en collège ou lycée. Cela représente 8 heures de cours par semaine toute l’année scolaire, seul face aux élèves. Le reste du temps est consacré à des cours de pédagogie à l’IUFM et un travail de préparation réalisé sous le tutorat d’un enseignant expérimenté travaillant dans le même établissement. A l’issue de cette année, le jeune novice est titularisé et se voit affecté dans un établissement à temps plein comme tous ses collègues.

 

La réforme chapeautée par Xavier Darcos et Valérie Pécresse fait tout le contraire. Les futurs enseignants doivent, à l’université, suivre des cours censés les former à l’enseignement. Des cours sans doute réalisés par des praticiens mais des cours tout de même, c'est-à-dire de la théorie. Pendant cette formation, les novices suivent des stages, certes, mais des stages épisodiques d’observation dans la classe d’un collègue. Le futur enseignant n’a plus de classes en responsabilité pour lesquelles il élabore, met en œuvre, corrige tout au long de l’année un programme de cours. Le futur enseignant n’apprend plus, de lui-même, à gérer des classes de 30 élèves en collège ou 37 à 40 élèves en lycée. A certains moments de l’année, il sera en observation, au fond de la classe en train de voir faire un autre, qui pourra, certes, parfois, lui laisser les rênes. Mais jamais plus, pendant sa formation, il n’aura à gérer, le temps d’une année scolaire, une classe de la rentrée de septembre jusqu’à la fin des cours en juin. Jamais plus, pendant sa formation, il ne participera, en tant que professeur à part entière, aux conseils de classe de SES classes.

 

On touche là à ce qui fait l’essentiel de la formation d’un professeur. Non pas des cours dispensés dans un IUFM ou une université (qu’importe le lieu d’ailleurs). Mais la pratique. Pour être un bon professeur, il faut plus d’une fois, se planter, échouer à transmettre des notions. Ce métier n’est pas inné. L’année dite «  en responsabilité » (8 heures face à élève plutôt que 18) est une année de calibrage. Reprendre sans cesse sa leçon et la remettre sur l’établi pour mieux mesurer ce que l’on doit, ce que l’on peut transmettre. Cette maturation demande du temps, beaucoup de temps. L’étudiant doit devenir professeur. Changer de planète en somme. Certains jeunes professeurs sortent d’études ultra poussées dans leur domaine de compétence et  doivent du jour au lendemain enseigner le BA Ba  à des élèves de 11 ans. On croit que c’est simple mais c’est tout le contraire. Nous savons tous écrire des pages entières mais qui aujourd’hui peut expliquer une règle grammaticale à un enfant qui ne sait pas encore rédiger et argumenter. Pourtant sans grammaire, nos textes seraient tout simplement illisibles. Nous ne nous posons plus la question de l’équilibre lorsque nous marchons. Pourtant, il a bien fallu que nous l’apprenions. Ce n’est pas parce qu’un professeur masterisé dira à son élève : « Lève toi et marche » que celui-ci voudra et saura le faire.

 

Une bonne formation des maîtres est une des conditions essentielles de la lutte contre l’échec scolaire. Oui, aujourd’hui, cette formation n’est pas suffisante. Mais, oui aussi, le secret d’une bonne formation c’est de donner du temps. La réforme en cours et contre laquelle il nous faut lutter de toutes nos forces est une aberration. Elle consiste à plonger directement dans le bain un jeune professeur sans qu’il n’ait jamais pratiqué le métier à petite échelle. C’est tout bonnement suicidaire.

 

Mais, on comprend bien la manœuvre : une belle économie tout d’abord puisque le ministère paiera le même salaire (plus une petite prime de début de carrière) un jeune titulaire qui fera 18 heures contre 8 aujourd’hui. Une manière de combler les vides crées par les suppressions massives de postes depuis 2 ans déjà et qui vont se poursuivre (13500 à la rentrée 2009). Un jeune titulaire corvéable à merci qui pourra aller boucher les trous dans plusieurs établissements la même année (6 heures par ci, 6 heures par là et encore 6 heures par là). Mais à quel prix !

 

Non, vraiment. Nous avons beau tourner cette réforme dans tous les sens, une seule question demeure : Comment peut on réformer aussi bêtement ? (1) Cette question devient un abîme de perplexité quand on sait que cette réforme est le fruit de la réflexion d'un ministre réputé intelligent et fin connaisseur de notre système éducatif.

 

Désormais, c’est une certitude : il y a bien au moins un poste à supprimer dans l’Education nationale : celui du ministre.

 

Max.

 

 


podcast
 Jacques Higelin, Crocodaïl

 

  

(1) Xavier Darcos a même osé prétendre, comble de la mauvaise foi, jeudi dernier sur RMC que "Aujourd'hui (...) les professeurs passent un concours, ils sont mis dans l'Institut de formation des maîtres, où on leur apprend des théories générales sur l'éducation et de temps à autre, ils vont remplacer un professeur absent. C'est pas comme ça qu'on forme des gens. Autrement dit, ils sont sans arrêt devant un simulateur de vol. Alors que dans le système que je propose, ils ne seront pas dans un simulateur de vol". Toute la démonstration faite ici vise à démontrer que c’est, bien sûr, le contraire qui va se passer.

11/02/2009

Tranches de vies … en tranches

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Comme presque chaque matin de la semaine, ce matin, 7h48. Gare Saint Lazare. Voie 8. Direction Cergy le haut. Comme la plupart des jours que l’année fait, le train est là. J’ouvre alors le 20 minutes papier. 

 

Ce matin une bonne surprise attendait les lecteurs en Une et pages 8-9. Un dossier « social ». Il faut reconnaître que 20 minutes (c’est tout à son honneur) fait régulièrement ce choix éditorial (devenu rare dans le reste de la presse) de donner la parole à tous ceux qui composent cette société qui prend le train chaque jour parfois très tôt. Depuis longtemps le blabla de Libération ou les sondages inutiles d’opinion du Parisien m’ont détourné des kiosques du petit matin.

 

Ce matin le dossier s’intéressait aux 5 millions de salariés qui subissent en France des horaires décalés. Un phénomène, nous dit le journal, « en hausse dans le tertiaire [et qui] touche surtout les emplois les moins qualifiés et les moins payés ».Le journal reprend une étude sur les conséquences sociales des horaires de travail fragmentés ou décalés. Un travailleur sur 3 serait concerné.

 

Notre métier de prof nous fait rencontrer régulièrement des élèves perdus, en décrochage. Leurs parents qui viennent rarement aux réunions, aux remises de bulletins, aux rendez-vous que l’on fixe pour demander des explications sur le comportement ou le travail défaillants de leur progéniture. On oublie parfois (souvent) les vies qu’il y a derrière.

 

Laure de Charrette dans son article de ce matin nous aide à remettre le curseur au bon endroit : « La fragmentation des journées de travail a souvent des conséquences dramatiques, sur la vie de famille notamment. Il suffit d'un conjoint ou parent en décalage pour que la désorganisation s'installe, mais elle est d'autant plus forte lorsque, dans un couple, les deux sont concernés. « Vous savez, on entend souvent les politiques culpabiliser les parents, en les accusant de laisser traîner leurs enfants dans la rue le soir après l'école. Mais ils n'ont pas le choix, ils travaillent pour nourrir la famille ! », souligne Etienne Deschamps, un syndicaliste ». Un sociologue à qui la journaliste donne la parole ajoute un peu plus loin : Ces horaires décalés « entraînent une forte désynchronisation dans le couple. Chez les cadres, on compte en moyenne une heure de décalage entre les deux conjoints. Chez les salariés peu qualifiés, peu rémunérés, c'est de l'ordre de cinq heures. Cela sape le lien familial ».

Suivent deux témoignages édifiants, l’un de Virginie, caissière au Monoprix de Nantes, l’autre de Ysa qui chaque matin, à 11h00 prend le train direction Cergy le Haut… après une journée de travail qui a commencé à 4h55 pour 400 euros mensuels de salaire.

 

On dit que Gare Saint-Lazare, chaque jour, un demi million de gens transitent. Combien d’Ysa et de Virginie ? Combien d’enfants seuls auront laissé leur bol de céréales plein sur la table pour courir vers le collège et un avenir plus qu’incertain.

 

Au final, le sentiment que le monde marche à l’envers.

 

Des tranches de vies mais surtout des vies en tranches.

 

Max.

 

 

 

PS: La photo du début a été prise quelque part sur la ligne 4 du métro parisien.

 



podcast
Alain Souchon, En collant l'oreille sur l'appareil

10/02/2009

Vers une jonction des mouvements sociaux?

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Le gouvernement ne semblait pas s’attendre à de telles turbulences. A voir les têtes de six pieds de long qu’ils nous font, on sent la fatigue venir chez nos ministres. Valérie Pécresse (enseignement supérieur) a l’air bien pâle, Yves Jégo (outre-mer) bien frêle.

Contrairement aux mouvements contre les régimes spéciaux de 2007, L'Elysée, Matignon, la majorité parlementaire n’ont plus cette fois-ci l’argument des pseudo privilégiés contre les forçats du quotidien que seraient tous les autres. Le gouvernement n'a, de toute évidence, pas prévu les autres conflits : les grèves dans la fonction publique pour contester la baisse des effectifs. Et la révolte des universités menées par des professeurs émérites opposés à la réforme du statut des enseignants chercheurs. On est bien loin des étudiants soi-disant irresponsables mobilisés contre le CPE, soi-disant manipulés par les partis d’extrème-gauche. Et la grève générale en Guadeloupe et bientôt en Martinique contre la hausse des prix pratiqués par des milieux économiques tenus par 1% de riches blancs, héritiers d’un monde né au 17ème siècle (voir l’excellent dossier du journal de 20 heures de France 2 ce soir). Et on ne compte plus, les professionnels de la justice qui défilent de temps à autres pour contester la réforme de la carte judiciaire, les mouvements de sans papiers dont on oublie qu’ils vont sans doute payer au prix fort la crise et la montée du chômage.

Non pas de « privilégiés », pas « d’irresponsables » dans les mouvements sociaux. Juste des gens assommés par des factures à rallonge, qui n’arrivent pas à comprendre pourquoi on réduit les impôts de 1% de la population sans trouver de quoi relever le pouvoir d’achat des 99% restant. Ils avaient pourtant, pour une large majorité d’entre eux cru élire le président du pouvoir d’achat. Mais le bougre n’avait pas dit de qui il serait le président du pouvoir d’achat.

Depuis, on sait.

La liste des mécontentements est impressionnante. Pour l'instant, les mouvements ont l’air disparates. Mais le gouvernement peut redouter une jonction. Si officiellement, le pouvoir exécutif affiche sa fermeté, en coulisses, il se pourrait bien qu’on redoute le scénario catastrophe d'un blocage total de tout le pays, de l’outre-mer à la métropole.

Ecoutons la Guadeloupe d’où montent, en refrain, de nouvelles carmagnoles.

 

Max.


podcast
Dominique A, Le courage des oiseaux

09/02/2009

Education, Hôpital, Université: A saisir ! #1

commissaire priseur.jpg« Adjugé. Vendu. » C’est peut-être bien par ces mots que se clôtureront bientôt rituellement les con-seils des ministres.

Education, hôpital, université. Le gouvernement est à la manœuvre depuis plusieurs mois pour changer radicalement le visage des services publics qui sont l’une des grandes spécificités de notre modèle républicain. Conformément aux règles européennes imposées par la Commission européenne et le traité de Lisbonne, les missions de services publics remplacent les services publics. La différence ? Une mission peut être réalisée par une entreprise privée. Problème ? Au lieu de répondre de principes comme ceux de l’égalité, de la continuité et de l’adaptabilité, une entreprise privée dans son sacro-saint monde de la concurrence libre et non faussée impose ceux de rentabilité, de performance, de compétitivité.

Partout, le saucissonnage des services publics est à l’œuvre. Partout la loi sépare ce qui est rentable de ce qui ne l’est pas. A l’Etat la charge des urgences, de l’échec scolaire, des filières universitaires non industrielles. Au privé le bénéfice de la chirurgie, de la formation des élites, de la recherche expériementale. Pourtant l’un ne peut pas vivre sans l’autre. Car le service public est avant tout un équilibre.

Je démarre ici une série de billets sur cette transformation qui est à l’œuvre, aujourd’hui à l’université et à l’hôpital et demain dans l’éducation. Mais, pour commencer étudions, selon quelle logique et quel processus la progressive privatisation de l’énergie s’est faite en France et dans le monde, au cours de la décennie qui s’achève. Un modèle du genre dont nous tenterons de démontrer qu’il est, aujourd’hui, à l’oeuvre pour le démantèlement de nos autres services publics.

EDF, LES APPRENTIS SORCIERS
Un film de Gilles BALBASTRE, 2006, 52 min

06/02/2009

Dernières démarques ... avant fermeture de la maison France

J’ai une théorie qui vaut ce qu’elle vaut : pour moi, Nicolas Sarkozy est un shadok. Il pompe beaucoup et c’est même comme ça qu’il existe. Mais bon je me suis planté : il n’a pas parlé d’Education. C’est vrai l’Education n’est plus une priorité.

 

Alors, j’hésite. C’est peut-être plus grave.

 

Hier à la TV, sa politique ressemblait parfois à ça :

 

derniere-demarque.JPG

 

… quand il annonce la suppression de la taxe professionnelle après avoir soldé l’impôt sur les grandes fortunes et l’impôt sur les successions. Car n’oublions pas que la taxe professionnelle, c’est pour les communes un outil pour mutualiser les risques de fermetures de sites, de délocalisations, un impôt qui permet de redistribuer la richesse vers les communes les moins favorisées.

 

Mais sa politique c’est aussi ça :

Salon-agriculture2.JPG

 

… tant il nous prend pour des bœufs. L’interview commence sur le constat que nous serions en train de vivre la plus grave crise depuis un siècle. Quelques minutes plus tard, Nicolas Sarkozy nous explique qu’il faut … partager les profits dans les entreprises. Euh. Crise et profits : ça va être le couple de l’année ? Il me semble qu’en période de crise, il faudrait plutôt partager les risques de l’existence…

 

Ah mais oui bien sûr : partager les risques, c’est instaurer une meilleure sécurité sociale, mutualiser les risques de fermetures de sites, de délocalisations. Et avec les soldes du quinquennat, ça ne va pas être possible.

 

En fait tout se tient.

   

Et puis, grand final, il y a eu ça :

  

M’sieur Pujadas

 

« Est-ce qu’il reste un doute, dans votre esprit, sur l’idée de vous représenter, en 2012, à la présidentielle ? »

 

Professeur Shadoko

 

« Oh que oui. Oh que oui. Parce que mon métier est très difficile, qu’il faut beaucoup d’énergie, beaucoup de force pour le faire. Je consacre toute mes forces à la faire le mieux possible, le mieux possible. »

 

Président, c’est un métier ? Ah bon.

 


podcast
 Benoit Dorémus, J'apprends le métier

 

 

Max.

05/02/2009

"Je pompe donc je suis" (Nicolas Sarkozy ce soir à la télé)

 

 

 

Le professeur Shadoko va parler ce soir à la télévision.

Le Professeur Shadoko, rappelons le, est l'inventeur de l'ouvre boite en conserve, du comptage par poubelles et de la passoire à dépasser. Récemment on a pu le découvrir en Président de la République. Il dit des choses tellement astucieuses et futées, que lui-même bien souvent ne comprend pas ce qu'il dit, c'est vous dire !

Extrait de ce que l'on pourrait bien entendre sur le thème de l'éducation:

M'SIEUR PUJADAS

 

D’où la question que je réitère pour la troisième fois : est-ce qu’on maintient les suppressions de postes ?

 

PROFESSEUR SHADOKO

 

Non m’sieur Pujadas, on maintient les réformes qui permettront les suppressions de postes. Mais c’est dans cet ordre, m’sieur Pujadas, c’est les réformes qui permettront les suppressions de postes. Et des réformes, y en a eu. On a supprimé la carte scolaire. Maintenant, les gens peuvent choisir l’école de leurs enfants. M’sieur Darcos a demandé la suppression du samedi matin. J’ai demandé une réforme du bac. Ecoutez. Tous les parents qui ont un enfant en Terminale savent qu’à partir du mois de mai, on ne peut plus aller en classe parce que l’organisation du bac fait … alors c’est pas la peine de faire travailler nos enfants pendant 36 heures dans la semaine si c’est pour que l’année s’arrête au début du mois de mai, entre les ponts et l’organisation du bac au mois de juin. Donc il y a des marges de productivité. Je suis parfaitement conscient du malaise enseignant. C’est d’ailleurs un très grand problème pour la société française parce que les élèves doivent apprendre à respecter leurs maîtres, à les admirer, à les considérer et la revalorisation de la fonction enseignante est pour moi une priorité mais elle ne pourra pas être menée de paire : embaucher plus, payer plus. Il faudra choisir.

 

 

Voilà ce que pourraient bien entendre quelques millions de téléspectateurs ce soir.

 

De la logique Shadok !

 

C'est pas moi qui le dit, c'est lui même qui a prévenu que de toute façon, il ne changerait rien, en dépit du bon sens, de la crise, du mouvement social qui s'est exprimer le 29 janvier.

Notre Professeur Shadoko, semble donc vouloir faire sienne une de ces devises chère à ses amis les Shadoks : « Avec un escalier prévu pour la montée, on réussit souvent à monter plus bas qu'on serait descendu avec un escalier prévu pour la descente. »

Petit moment d'antologie donc, ce soir à la télévision, et qui vaudra bien celui-ci:

 

Les Shadoks, saison 2, épisode n°6

" Une expérience simple permet de se rendre compte qu'on ne change pas notablement la qualité de l'instrument (une passoire) en réduisant de moitié le nombre de trous, puis en réduisant cette moitié de moitié, etc., etc. Et, à la limite jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de trous. D'où, théorême: la notion de passoire est indépendante de la notion de trou".

On vérifiera ce soir...

Max.

 

 

04/02/2009

Aurait-on perdu l'étoffe des héros?

arrivée_course.jpg

 

Les temps sont durs. On nous le rabache à longueur de journée : les Français ne sont pas assez battants, pas assez entrepreneurs, pas assez aventuriers, pas assez chômeur-créant-sa-propre-entreprise.

 

Il y a quelques jours une étude du Ministère de l’Education nationale pointait la baisse du niveau scolaire depuis 20 ans. Morceaux choisis:

 

« La même dictée a été proposée aux élèves de 1987 et de 2007, à partir d’un texte d’une dizaine de lignes (85 mots et signes de ponctuation). Le nombre d’erreurs (nombre de mots mal orthographiés ou de ponctuations erronées) a augmenté en moyenne : de 10,7 en 1987 à 14,7 en 2007. Le pourcentage d’élèves qui faisaient plus de quinze erreurs était de 26 % en 1987, il est aujourd’hui de 46 %. Ce sont principalement les erreurs grammaticales qui ont augmenté : de sept en moyenne en 1987 à onze en 2007. Par exemple, 87%des élèves conjuguaient correctement le verbe "tombait" dans la phrase "Le soir tombait." ; ils ne sont plus aujourd’hui que 63%des élèves. En revanche, sur des conjugaisons difficiles pour les élèves de CM2, comme l’accord avec l’auxiliaire "avoir", le pourcentage de réussite n’évolue pas : environ 30 % des élèves, que ce soit en 1987 ou en 2007, écrivent correctement le verbe « vus » dans la phrase "Elle les a peut-être vus !".

(…)

L’évolution des performances est la même chez les garçons et chez les filles. En lecture et en calcul, les différences sont ténues aujourd’hui comme il y a vingt ans, même si les garçons ont légèrement l’avantage en calcul, et les filles l’avantage en lecture. C’est surtout en orthographe que les filles se distinguent: elles font en moyenne deux erreurs de moins que les garçons.(…) Ces résultats sont cohérents avec ceux des récentes évaluations internationales PIRLS et PISA et doivent alerter sur l’augmentation du nombre d’élèves en difficulté dans le système éducatif français. Ainsi, l’enquête PISA fait ressortir une augmentation de la proportion de jeunes de quinze ans en difficulté de lecture. Si l’enquête PIRLS ne décèle pas de tendance significative en France ; les résultats des élèves de CM1 en lecture apparaissent médiocres par rapport aux résultats moyens des élèves européens.»

 

Ainsi, de la SNCF jusqu’à l’élève de CM2 face à sa dictée, plus personne n’est performant.

 

Mais quel sens donner à ces chiffres sortis de leur contexte. En 20 ans, nos élèves ont peut-être perdu en grammaire mais n’ont-ils pas gagné en langues étrangères, en informatique, en sciences ?

 

En fait, peut-être ne faisons nous que constater le non sens et donc l’échec d’une de ses mythologies occidentales après laquelle nous ne cessons de courir (c’est le cas de le dire) depuis les années 50 : celui du culte de la performance.

 

« L’un des théorèmes était : il n’y a ni accidents ni imperfections fatales dans les machines, il n’y a que des pilotes qui n’ont pas l’étoffe. (Autrement dit, le destin aveugle ne peut pas me tuer.) Lorsque Budd Jennings s’écrasa aux commandes de son avion en flammes dans les marais de Jacksonville, les autres pilotes de l’escadrille de Pete Conrad dirent : "Comment peut-on être aussi bête ?" […] Une fois qu’on avait compris le théorème et son corollaire, les statistiques de la Marine selon lesquelles un pilote sur quatre, dans l’aéronavale, mourrait, n’avaient aucun sens. Les chiffres étaient des moyennes et les moyennes s’appliquaient aux pilotes d’étoffe moyenne. »

 

T. Wolfe

L’Etoffe des héros

A méditer…

 

Max.

01/02/2009

DGH mon amour ! *

engrenages.jpgLes banderoles du 29 janvier sont à peine revenues dans les salles des professeurs que les collèges et lycées prennent connaissance des milliers de suppres-sions de postes de la rentrée 2009. 

 

Epreuve redoutée des chefs d’établissement, l’annonce des Dotations Globales Horaires (DGH) des collèges et lycées qui a lieu ces jours-ci ne l’est pas moins pour les personnels qui vont savoir sur qui le couperet des 13500 suppressions de postes va tomber à la rentrée prochaine. Depuis près de 20 ans déjà, les chefs d’établissement scolaire ont, en effet, une certaine autonomie dans la répartition des heures au sein de leur structure, dans l'organisation de l'établissement en classes et en groupes d'élèves ainsi que pour les modalités de répartition des élèves. Les arbitrages, délicats compte tenu du contexte, qui se font à ce moment là déterminent pour beaucoup les relations entre professeurs et équipe de direction.

 

DGH, mode d'emploi

 

Chaque année, les Inspections Académiques départementales (pour les collèges) ou les Rectorats (pour les lycées) dotent chaque établissement d’un contingent global d’heures d’enseignement : c’est la DGH (Dotation Globale Horaire). Cette DGH se compose d’heures postes (HP), correspondant aux postes fixes implantés dans les établissements (1), et d’heures supplémentaires années (HSA). Elle est, enfin, modulée en fonction des caractéristiques de l’établissement : le nombre d’heures par élève (H /E) est d’autant plus élevé que l’établissement scolarise un public plus socialement défavorisé.

 

La DGH n’est pas répartie par l’administration académique entre les disciplines ; cette répartition doit être faite par le chef d’établissement, éventuellement après avis de son conseil d’administration. Le chef d’établissement doit en prévoir la répartition. Il va alors élaborer la future « structure » de l’établissement. En fonction des options assurées ou en projet, il doit définir le nombre de divisions par niveau. Il calcule ensuite le nombre d’heures de chaque discipline qui lui est nécessaire et compare avec les heures dont il dispose. Il en déduit des demandes de création ou de fermeture de postes.

 

Cette « structure » est ensuite présentée à l’administration académique et des ajustements peuvent alors intervenir ; si le chef d’établissement estime que la DGH ne lui permet pas d’assurer les enseignements, il argumente pour avoir une « rallonge ». La DGH peut enfin être ajustée à la rentrée en fonction des effectifs réels d’élèves.

 

Ambiance

 

Hélas, hélas, ces dernières années ce système s’est grippé. Les administrations académiques sont chargées de mettre en œuvre la politique gouvernementale de suppression de postes. Au prix de fermeture d’options, d’augmentation des effectifs par classe, les DGH se réduisent et ne permettent plus d’ouvrir autant de classes que les années précédentes. Au collège Lamartine de Houilles (78), la rentrée 2009 verra ainsi la fermeture d’une nouvelle classe de 3ème (après avoir déjà vécu, à la rentrée 2008, la fermeture de trois classes). Economie pour l’année 2009 / 2010 : 3 demi postes de professeurs.

 

C’est là qu’intervient l’arbitrage du chef d’établissement. Qui devra partir ou se voir affecter deux établissements au lieu d’un ? C’est là aussi qu’interviennent les heures supplémentaires (HSA) attribuées à l’établissement. Affectées aux études dirigées ou à la remédiation (soutien en français ou en mathématiques par exemple), elles s’ajoutent aux services des professeurs titulaires qui arrondissent ainsi leurs fins de mois. Dilemme : ne serait-il pas plus juste d’affecter ces heures de soutien aux professeurs touchés par la suppression d’une partie de leur poste… Ils ne seraient plus obligés de se partager entre différents établissements.

 

Disons le : dans ce contexte de suppression massive de postes, les heures supplémentaires sont une plaie. Dans certains établissements, certains postes sont supprimés, une partie de leurs horaires transformés en heures supplémentaires octroyées aux professeurs qui restent. Les accepter revient à entériner le départ de son propre collègue. Les accepter revient aussi à entériner une logique qui vise à augmenter le temps de travail de l’ensemble des personnels : un jour, travailler trois ou quatre heures de plus deviendra la norme pour tous.

 

 

Max.

 

Petite précision (02/02 à 17h45) : Au collège Lamartine de Houilles (78), la rentrée 2008 a vu la suppression de 3 classes et de l’équivalent de 5 postes d’enseignants. La nouvelle DGH promise amènerait le total de classes supprimées à 4 et le nombre de postes à 6,5. En 2 ans, la saignée est donc particulièrement rude. Parallèlement, le nombre d’élèves par classe a fortement augmenté…

 

 

 

 

(1) Parmi les heures postes il existe aussi des heures affectées à des postes à durée déterminée (l'année scolaire en principe). Ce sont des heures non pourvues par des titulaires mais par des remplaçants à l'année.

 

* Pour sa 100ème note, ce blog revient à ses origines.

 
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