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16/03/2009

Le 19 mars, le sommet social sera dans la rue

20 novembre

 

29 janvier

 

19 mars

 

 

 

Que s’est-il passé depuis le 29 janvier qui justifie une nouvelle journée de mobilisation interprofessionnelle le 19 mars ? Celui et celle qui suivent en pointillé l’actualité éducative peuvent légitimement s’interroger. Elie Domota, le leader du mouvement social guadeloupéen avait raison de railler cette méthode très métropolitaine de faire grève une fois tous les deux mois quand ce n’est pas trois. Ce qui devrait nous en convaincre, c’est l’extraordinaire n'importe quoi dans lequel le gouvernement nous a plongé depuis la magnifique mobilisation du 29 janvier.

 

Episode n°1 – le méga sommet du 18 février où le chef de l’Etat recevait en grande pompe les partenaires sociaux pour leur annoncer qu’il n’avait que des miettes à leur offrir.

 

Episode n°2 – le recul sur le décret modifiant le statut des enseignants-chercheurs.

 

Episode n°3 – l’étonnant pas de deux sur ce grand n’importe quoi que constitue la réforme de la formation des enseignants.

 

Depuis le 29 janvier nous avons pris conscience que nous avions deux ministres au lieu d’un (quelle chance !). Xavier Darcos et Valérie Pécresse travaillent main dans la main pour modifier de fond en comble les conditions de formation des maîtres. Pour autant, on ne peut pas dire que la gestion de nos politiques éducatives ait gagné en clarté. Que comprenez vous de la réforme du lycée : ajournée ou annulée ? Que comprenez-vous du nouveau statut des enseignants-chercheurs : évalués ou non ? Que comprenez vous de la réforme de la formation des maîtres : stage d’observation ou en responsabilité ? Plus rien n’est clair. A force de reculs, il n’existe plus de sens aux réformes engagées. Et c’est bien le pire. De quoi débattre ? Sur quelle base négocier ? On nous parle de tout remettre à plat, de réécriture des décrets, d’aménagement de dispositifs.

 

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Par exemple que comprenez vous à la logorrhée ci-dessous, extraite du dernier communiqué de presse du Ministre de l’Education nationale du 12 mars sur le recrutement et la formation des enseignants.

 

« A l’issue des consultations et rencontres des dernières semaines, Xavier DARCOS et Valérie PECRESSE ont apporté les précisions suivantes sur cette réforme, dont le processus sera lancé dès la session 2010 des concours, conformément aux principes énoncés dans la Charte signée par les deux ministres le 30 septembre dernier.

Cette réforme verra son aboutissement à l’occasion de la session des concours 2011. Les conditions définitives de la mastérisation des enseignants feront l’objet d’une discussion avec les organisations représentatives et les acteurs concernés.

Elles seront examinées par une Commission de concertation et de suivi, coprésidée par un président d’université et un recteur. Cette commission associera les associations syndicales représentatives.

Cette commission, qui réunira en nombre égal des membres de l’enseignement supérieur et de l’éducation nationale, aura pour objectif de faire aux ministres concernés des recommandations notamment sur l’articulation entre les masters et les concours, sur la question de l’adossement à la recherche des masters, sur les éventuelles adaptations que pourront connaître les épreuves et l’organisation des concours et sur les ajustements pour certaines disciplines professionnelles de l’enseignement professionnel. » (Les passages en gras le sont sur le communiqué)  

 

Tout cela ressemble étrangement à une opération bien connue : noyez le poisson. Au cours de ces derniers mois nous en avons eu plusieurs exemples : un jour, on annonce qu’on ne touchera pas aux Sciences économiques et sociales, un autre, on ouvre les lycées à des entrepreneurs peu scrupuleux. Un jour on dit vouloir faire de l’école maternelle une école à part entière, un autre on en vide le sens même. Un jour, on dit vouloir revaloriser la fonction enseignante, un autre on lui supprime toute formation en responsabilité sur toute l’année de stage. Plus de ligne conductrice, une gestion au jour le jour, faite de déclarations péremptoires sur la soi-disant irresponsabilité des syndicats, sur le passéisme des manifestations. Les 5 bonnes raisons de faire grève que nous énoncions en janvier sont encore plus valables aujourd’hui.

 

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Depuis le 29 janvier, d'étranges docteurs sont venus se porter au chevet de notre école. Nadine Morano et son projet d'adjoindre le Ministère de l'Education à celui de la Famille (et non l'inverse!), le FMI qui invite les Etats à réduire les salaires de leurs fonctionnaires. Mais où va-t-on?

 

Une chose est certaine : le flamboyant Darcos qui promettait il y a quelques mois encore médailles, uniformes, code de la vie scolaire et quelques autres de ces beautés là a disparu corps et âme lorsqu’il s’est agi de présenter des réformes plus sérieuses. A moins que tout ceci ne soit que des contre feux servant à cacher la seule et unique politique éducative que ce gouvernement sait mener à bien : la réduction du budget des services publics. Mais qui parle encore des 13500 postes que le Ministère de l’Education s’apprête à supprimer après les 33000 des rentrées 2007 et 2008 ? 

 

Non, vraiment. Le 19 mars, il sera temps de montrer la sortie à nos chers ministres. Ils trouveront bien une ambassade ou une multinationale pour terminer gentiment leurs carrières.

 

 

Max.

 

 


podcast
Alain Bashung, Dehors.

27/05/2008

Sous les braises ...

 

 

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Le temps passe. La hausse du prix du gasoïl remplace la baisse du nombre d'enseignants. Difficile de rester informé de l'actualité. 

 

Alors, réactualisons. 

 

Partout en France dans les collèges et lycées, c'est le moment des révisions. Le moment de revoir les notions essentielles. 

 

Pour nous aussi.

 

Retour sur les fondamentaux d'une mobilisation, hélas, encore indispensable.

 

Il y a quelques semaines, nous diffusions un reportage sur les raisons de fond de notre combat. Elles restent plus que jamais d'actualité.

 

Une fois de plus merci à Sylvain pour ce travail de pro.

 

 

Le collège Lamartine à Houilles dans les Yvelines, d’un premier abord, n’attire pas le regard. Au milieu d’une tranquille zone pavillonnaire, presque caché par une abondante verdure, il ne paie pas de mine.

On franchit le portail et c’est un tout autre visage qui s’offre à nos yeux. Dans la cour d’entrée d’abord, des tentes plantées de ci de là attendent d’hypothétiques campeurs.  On lève la tête, ensuite, et la façade finit de nous ôter de nos derniers doutes : collège occupé, peut-on y lire. Soudain, la ruche se met à bourdonner. La sonnerie vient de retentir. Il est 17h00, l’heure de rentrer à la maison pour les 605 élèves que compte l’établissement.

Mais en ce 31 mars 2008, pour les enseignants, vite rejoints par des parents d’élèves venus récupérés le bulletin de leur enfant, une autre journée commence. Ce soir là, ils ont décidé en commun de passer la nuit au collège.

Cela fait près de deux mois qu’ensemble ils se mobilisent, protestent, pétitionnent contre la suppression de 4 classes, de 3 postes d’enseignants et une augmentation sensible du nombre d’élèves par classe à la rentrée 2008.

 


En salle des professeurs, la discussion s’engage. Tout y passe : l’autisme de l’Inspection académique qui refuse tout dialogue, la baisse progressive depuis plusieurs années des moyens, l’appauvrissement de l’offre scolaire, les arguments du Ministère de l’Education  qui refuse de prendre en compte une réalité locale complexe. Le collège Lamartine « recrute » ses élèves aussi bien dans la belle zone pavillonnaire des environs que dans la Cité des Petits Bois, quartier nettement moins favorisé de la ville d’à côté, Carrières-sur-Seine. Un modèle de mixité qui produit depuis quelques années de bons résultats mais qui, a besoin d’être accompagné. Et, en septembre, ce modèle risque fortement d’être remis en cause par la baisse de la Dotation horaire accordée à l’établissement pour la rentrée 2008.

La visite de l’établissement nous donne l’occasion de rencontrer les parents d’élèves qui font signer aux nombreux parents venus ce soir une pétition destinée à alerter maire et député. L’occasion de constater leur attachement à un enseignement public de qualité. Un établissement qui pour certains les a accueilli comme élèves. Où l’on découvre que le collège n’est pas cette entreprise de « formatage absurde et universel » que ces détracteurs décrivent parfois mais, au contraire, un système d’enseignement qui a su jusque là, moyennant des dotations horaires suffisantes enrichir l’offre scolaire classique de projets et d’accompagnements pédagogiques.


 
Au final, c’est bien l’image de ce que certains appellent déjà un « flexiprof» qui se dessine année après année. Partagé entre plusieurs établissements, enseignant vacataire à la petite semaine, le « flexiprof » d’une « maxiclasse », surchargée d’élèves et un enseignement qui ne se limite plus qu’aux stricts horaires réglementaires.

 

Reportage effectué le 31 mars 2008 au collège Lamartine de Houilles (Yvelines).

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Actualisation du 26 mai:
Contactés avant hier, l'inspecteur d'académie et ses adjoints restent inflexibles.

Sous la braise, le feu couve...

Vive le feu.

04/05/2008

Marcel, mais qu'ont-ils fait de toi ?

 

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Imaginez. 

Un éminent monsieur, énarque, conseiller d’Etat, ancien conseiller de plusieurs ministres. Un Saugeais, né aux Maitrets en 1946, dans le canton de Montbenoit (Doubs). Un pur produit de l'école laïque de la république rurale, monté dans un ascenseur social qui fonctionnait encore correctement au milieu du 20e siècle. Un passé paysan, une expérience de la préfectorale, un passage à la direction de la fonction publique. Un gars solide, bien dans ses bottes. Un homme de confiance et de ressources se dit le ministre.

Le ministre charge donc Son Eminence de produire un rapport. Un rapport sur l’évolution du métier d’enseignant.

Imaginons.

Prémonitions. Auditions (quand même). Cogitations. Préconisations. 271 pages (1).

Et, qu’en ressort-il ?

3 axes.

1.

Constatation n°1 : p. 73. « Les enseignants sont au total plus attachés à leur classe et à leur discipline qu’à leur établissement. Cette tendance ne facilite pas la coordination pédagogique ni le travail d’équipe. Elle induit des formes d’isolement et de solitude face au traitement de la difficulté scolaire et, plus généralement, explique une insuffisante mise en commun des pratiques d’enseignement et des expériences ».

Préconisation n°1 : p. 239. Réaliser de toute urgence l’autonomie des établissements : « La commission propose d’élargir les marges d’autonomie et de responsabilité : dans l’organisation des enseignements, dans l’organisation de l’activité enseignante, dans les pouvoirs confiés aux équipes de direction des établissements ».

Petit oubli n°1 : Les suppressions de postes (ah non, pas ça, s’il vous plait, pas ça, encore ! non). Bah oui ! Les suppressions de postes vont avoir pour conséquences l’alourdissement des effectifs des classes, le non dédoublement de ces mêmes effectifs dans les cours de certaines matières où c’est pourtant indispensable. Est-ce cela traiter de la difficulté scolaire ? Est-ce pour rompre l’isolement et la solitude de l’enseignant que vous lui rajoutez 4 ou 5 élèves dans chacune de ses classes ?

2.

Constatation n°2 : p. 95. « Il manque à la gestion [des enseignants] une dimension qualitative. (…) Cette insuffisance se vérifie dans quatre domaines : l’affectation des enseignants se fait année après année (…) par le jeu des barèmes qui conduit à faire occuper les postes vacants les plus difficiles (…) par les enseignants les plus inexpérimentés ; la notation des enseignants (…) est réalisée selon des règles si complexes que personne ne peut les expliquer simplement ; la formation continue déjà très insuffisante quantitativement (2,7% de la masse salariale), (…) est  souvent pratiquée comme une récompense ; le suivi et la gestion personnalisée des carrières sont très peu pratiqués. Les enseignants se sentent souvent abandonnés à eux-mêmes. »

Préconisation n°2 : Rénover la gestion des ressources humaines : p. 240. « Il s’agirait de distinguer l’Etat formateur qui préparerait les enseignants à leur métier et leur délivrerait un master d’enseignement, et l’Etat employeur, qui recruterait, de façon simplifiée, qui recruterait de façon simplifiée, voire déconcentrée, les enseignants, dont il a besoin. » Concernant l’évaluation des enseignants, la commission « préconise que soient explorées des pratiques d’évaluation qui reposent sur les regards croisés des inspecteurs et des chefs d’établissements ». Pour le reste : la gestion des affectations doit être considérée (interdit de rire) comme une « cause nationale », la formation continue deviendrait une obligation.

Petit oubli n°2 : La gestion (très rénovée actuellement) des ressources humaines conduit également les rectorats à remplacer les postes supprimés par des heures supplémentaires. Autrement dit, le nombre d’enseignants changeant d’affectation chaque année va augmenter de manière exponentielle car ceux-ci ne seront plus nommés sur des postes mais sur des heures… Par ailleurs, le recrutement en forte augmentation depuis quelques années de vacataires  (2) et de contractuels (3), est-ce cela un recrutement simplifié, voire déconcentré des enseignants ?

3.

Constatation n°3 : p.239. « Les obligations de service sont aujourd’hui exclusivement définies en temps d’heures hebdomadaires devant les élèves. Ceci paraît regrettable à la commission : enseigner constitue certes le noyau du métier, mais ce n’en est pas la seule composante. Or, les autres dimensions du métier dont aujourd’hui fort peu explicitées et fort peu reconnues, notamment le travail collectif et les activités autres que d’enseignement et qui le confortent. »

Préconisation n°3 : L’élargissement des missions des enseignants, p. 239. « La commission présente différentes hypothèses de prise en charge explicite de ces missions : statu qui aménagé ; une obligation de service d’enseignement définie annuellement ; ou encore l’instauration, en substitution ou en complément du temps d’enseignement, d’un temps de présence obligatoire dans l’établissement, comme dans certains pays étrangers ».

Petit oubli n°3 : La réforme actuelle des missions de l’enseignant (suppression d’options, non dédoublement des effectifs en langues, allègement des programmes de l’école primaire, suppression d’une année d’étude en lycée professionnel, abaissement des exigences pour l’obtention du baccalauréat, entre autres beautés) conduit à un recentrage des missions de l’enseignant sur un contenu disciplinaire appauvri et un temps accru consacré à la gestion (elle aussi mais dans un autre sens) disciplinaire des élèves. En échange, il est vrai, a été crée de l’accompagnement pédagogique pour ceux qu’un président a nommé les « orphelins de 16 heures ». C’est tout. Le but d’une réforme n’est-elle pas d’améliorer la qualité des services proposés ?

Voilà. Alors, bien sûr, on va dire : caricature !

Pourtant, ce qui est préconisé ici est déjà en route.

Ah bon ?

Bah oui :

LibéOrléans, le 29 avril 2008 : « Le premier collège « public-privé » retoqué par la Justice ». « Le tribunal administratif d’Orléans saisi par un groupement local d’artisans du BTP vient d’annuler la délibération qui permettait la construction et la gestion privées de cet établissement sous un mode unique en France. En échange de la prise en charge de la construction du collège (13,5 millions d’euros), une filiale du groupe Vinci recevait la concession de l’établissement (fonctionnement, entretien…) pendant une durée de dix ans. (…) Le conseil général du Loiret, à l’origine de ce montage partenarial sensé répondre à une notion « d’urgence », regrette amèrement la décision du tribunal administratif ».

Encore ?

Pas de problème :

AFP, 29 avril 2008 : « Le Sénat a adopté en première lecture mardi le projet de loi sur la mobilité des fonctionnaires, qui vise à faciliter le passage d’une fonction publique à une autre, voire du public au privé. » Outre un « droit au départ » pour les 5,2 millions de fonctionnaires ainsi que de nouveaux dispositifs d’accompagnement pour les emplois « supprimés » ou « modifiés », le projet de loi « autorise aussi le remplacement d’un fonctionnaire par un « agent contractuel » ou par un « recours à l’intérim et élargit les possibilités de cumul d’emplois à temps partiel ».

Et de rajouter : « Pour Eric Woerth, ministre du Budget, ce texte constitue « la première étape de la modernisation de la fonction publique » et vise à fournir « un service public de qualité au meilleur coût possible ».

Nous rions 1 fois.

Nous rions 2 fois.

Nous rions 3 fois.

Voilà. Alors, bien sûr, on va dire : « Vous les fonctionnaires, c’est toujours pareil, vous êtes contre toute idée de réforme, vous êtes accrochés à vos acquis comme une moule à son rocher ».

Et bien non. Nous sommes favorables aux réformes. Et pour tout dire, nous en voulons. Mais des vraies. Pas de celles qui nous promettent un enseignement de qualité en commençant par l’alourdissement des effectifs de classes et l’allègement des programmes. Pas de celles qui prennent comme modèle les établissements privés sous contrat et bientôt les boîtes à fric du genre Acadomia ou qui nous invitent à n’apprendre que le Wall Street english. Pas de celles qui consistent à remplacer un enseignant formé, stable sur son poste par un intérimaire à temps partiel imposé et corvéable à merci.

On voudrait bien prendre un train de réformes qui puissent nous permettre d’aller vers une nouvelle étape dans la démocratisation de l’éducation engagée depuis les années 60.

Mais là, très franchement, on ne sait plus quel train prendre et pour aller où.

Bientôt, en gare de Houilles-Carrières :


The train, de Takahiro Hirata
Enervant au bout d'un moment, non ?

 

(1) Le livre vert de la Commission Pochard.
(2) Bac + 3, payés sur des vacations de 200 heures, sans avoir les mêmes droits à la retraite ou aux congés ou à la protection sociale que les professeurs titulaires.
(3) Professeurs en CDI recrutés par les rectorats, donc par l’administration déconcentrée.

30/04/2008

Primaire: le grand bond en arrière

 

 

Difficile de savoir comment, mais, il paraît aujourd’hui évident que Xavier Darcos a rajeuni.

Ah ? Répondez vous, interloqués.

De huit ans.

Ah ? Vous interloquez vous, de nouveau.

Et bien oui.

C'est ce jouvenceau lui-même qui nous le laisse dire:

Mai 2002 : « Une lutte absolue contre l'illettrisme à l'école primaire, une action forte contre la violence (il faut sortir les caïds), une réflexion sur la formation des maîtres ». Ce sont les trois pistes de travail que Xavier Darcos, alors sous-ministre à l’enseignement scolaire, livrait au Figaro magazine.

Une cause : l’illettrisme, une conséquence : la violence barbare, entre les deux : des idéologues incompétents : les maîtres. Petit rappel : on est en 2002.

Hier, 29 avril 2008 : « On me dit que les programmes rédigés entre 1998 et 2002 n'avaient pas encore fait leur preuve. Comme s'il fallait encore sacrifier quelques générations scolaires de plus pour avoir l'assurance définitive de l'échec d'une certaine pensée scolaire ! Cette pensée, celle du pédagogisme, nous la connaissons bien et nous en connaissons surtout les effets. Car l'école primaire ne parvient plus à faire diminuer l'échec scolaire qui touche les 15% des élèves qui entrent chaque année au collège avec de graves lacunes en lecture, en écriture ou en calcul. » (2) Ce sont les propos de M. Xavier Darcos devenu Ministre de l’Education nationale lors de sa conférence de presse de présentation des nouveaux programmes des écoles maternelle et primaire.

Donc rien n’a changé. 6 ans de gouvernement des mêmes (3) pour en arriver aux mêmes bonnes recettes masquant les mêmes coupes budgétaires (4). C’est même pire d’ailleurs puisque désormais non seulement les élèves en échec sont illettrés mais, en plus, ne savent plus compter. Que de violences supplémentaires devront nous en attendre et que vont donc faire les mêmes incompétents chargés de les sortir de ces marécages.

Mais Monsieur l’expert ministre comme vous aimez à vous définir vous-même. Quel était donc le taux d’illettrés chez les enfants de 11 ans en 1960 ? 1970 ? 1980 ? On ne nous donne jamais ces chiffres qui permettraient de réaliser une vraie comparaison. A la place on nous parle de dictée (5).

Jamais, Monsieur l’expert, vous ne parler des 85 % d’élèves que notre système d’éducation depuis l’école maternelle parvient à rendre lettrés et capables de compter. Jamais vous n’évoquez l’extraordinaire ouverture qu’ont connu les programmes d’enseignement depuis 2 ou 3 décennies : introduction des sciences, de l’expérimentation, des langues étrangères et j’en passe. Jamais.

Mais le pire est que vous employez des mots et des chiffres sans les définir et sans les expliciter clairement de sorte qu’on a l’impression qu’un élève en échec scolaire est un élève illettré.

Ce qui est faux dans la plupart des cas.

Alors plutôt que de cracher sur nous-mêmes comme vous nous y invitez si souvent, regardons les choses de près. Allons voir les études déjà réalisées sur l’illettrisme en France. Et pas n’importe où : l’agence nationale de lutte contre l’illettrisme (A.N.C.I.). Une agence gouvernementale.

Extrait tirés du rapport « Illettrisme, les chiffres » de l’A.N.C.I., 2005 (6):

Question n°1 : 3 100 000 personnes en situation d’illettrisme : quel est leur âge ?

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Parmi les 3 100 000 personnes concernées :
9% sont âgées de 18 à 25 ans, 15% sont âgées de 26 à 35 ans, 23% sont âgées de 36 à 45 ans, 30% sont âgées de 46 à 55 ans, 23% sont âgées de 56 à 65 ans.

Conclusion n°1 : Plus de la moitié des personnes en situation d’illettrisme, soit plus d’1,5 million, est âgée de plus de 45 ans.

Question n°2 : Quelle proportion de personnes en situation d’illettrisme dans les différents groupes d’âge ?
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Si l’on considère les groupes d’âge: 4,5% des 18-25 ans,, 6% des 26-35 ans, 9% des 36-45 ans,, 13% des 46-55 ans,, 14% des 56-65 ans sont en situation d’illettrisme

Conclusion n°2 : La proportion de personnes en situation d’illettrisme est plus forte pour les groupes d’âge les plus élevés.

Et le rapport de conclure :

« Très souvent on pense que l’illettrisme frappe surtout les jeunes générations. Certes 4,5% des jeunes de 18 à 25 ans sont confrontés à l’illettrisme alors que pour eux la fin de la scolarité obligatoire est encore très proche. (…) Mais la majorité des personnes en situation d’illettrisme a plus de 45 ans. à cette population confrontée à des difficultés quotidiennes, il faut apporter des solutions et informer largement sur cette réalité. Le pourcentage de personnes qui sont confrontées à l’illettrisme croît au fur et à mesure que l’âge augmente, ce qui invite à prévenir l’effritement des connaissances tout au long de la vie et à faire de la consolidation des compétences de base une donnée intégrée de manière permanente dans la formation tout au long de la vie. »

4,5 %.

4, 5 %, Monsieur le Ministre. Bien sûr qu’il faut tout mettre en œuvre pour résorber ce taux qui est créateur bien souvent d’exclusion sociale à venir. Mais pour cela faut il dans le même temps saborder des programmes qui permettent, semble-t-il, bon an mal an à 95,5 % d’apprendre à lire, écrire, compter et bien plus encore…

Et pour conclure, puisque vous proposer, entre autres beautés de ce genre là, de réduire l’enseignement de l’histoire à de l’apprentissage de chronologie (1515 *, reviens par là), revenons à ce regretté Pierre Desproges pour mesurer ce que la compréhension historique pourrait donner. Quoique pour l’exemple choisi cela ne serait pas si mal…

Et parce qu'il faut bien en rire.

La minute nécessaire du professeur cyclopède

 Notez dans votre agenda

Avec la rentrée, les professeurs et parents d’élèves du collège Lamartine bourgeonnent d’initiatives. Effet boule de neige. Chaque semaine, notre mouvement prend de l’ampleur, dépassant très largement aujourd’hui les seuls acteurs de notre petite communauté scolaire.

La rentrée est tournée en direction de la manifestation nationale à Paris du dimanche 18 mai.

 

Pour mieux nous préparer, nous lançons un appel:

- aux parents des élèves des collèges de Houilles et du lycée de Carrière-sur-Seine qui se mobilisent depuis plusieurs semaines,

- à tous les directeurs, enseignants et parents des élèves des écoles engagés également dans la sauvegarde de nos écoles en danger.

 

Venez participer à une réunion,

le mardi 6 mai 2008, à partir de 19h à la cantine du Réveil Matin, afin de préparer ensemble la manifestation nationale du 18 mai

qui portera, à Houilles et à Paris, les revendications de tous les niveaux d'enseignement.

(1) Le Monde du 19 mai 2002, « Le ministre de l'éducation nationale place la lutte contre l'illettrisme parmi ses priorités ».

(3) Ou presque puisque X. Darcos est devenu entre temps ambassadeur auprès de l'OCDE.
(5) « Prenons (...) une enquête française, qui établit que les écoliers de 2007 font deux fois plus de fautes que ceux de 1987 sur le même texte de dictée », X. Darcos, Discours de présentation des nouveaux programmes de l'école primaire, 29 avril 2008.
(6) Rapport « Illettrisme, les chiffres » de l’A.N.C.I., 2005.
* Marignan pour ceux qui n'ont pas suivi les programmes de 1923.

25/04/2008

" Je pompe donc je suis " (Nicolas Sarkozy... ou presque, hier à la télévision)

 

 

 

Le professeur Shadoko a parlé hier à la télévision.

Le Professeur Shadoko, rappelons le, est l'inventeur de l'ouvre boite en conserve, du comptage par poubelles et de la passoire à dépasser. Récemment on a pu le découvrir en Président de la République. Il dit des choses tellement astucieuses et futées, que lui-même bien souvent ne comprend pas ce qu'il dit, c'est vous dire !

Extrait :

M'SIEUR CALVI

 

D’où la question que je réitère pour la troisième fois : est-ce qu’on maintient les suppressions de postes ?

 

PROFESSEUR SHADOKO

 

Non m’sieur Calvi, on maintient les réformes qui permettront les suppressions de postes. Mais c’est dans cet ordre, m’sieur Calvi, c’est les réformes qui permettront les suppressions de postes. Et des réformes, y en a eu. On a supprimé la carte scolaire. Maintenant, les gens peuvent choisir l’école de leurs enfants. M’sieur Darcos a demandé la suppression du samedi matin. J’ai demandé une réforme du bac. Ecoutez. Tous les parents qui ont un enfant en Terminale savent qu’à partir du mois de mai, on ne peut plus aller en classe parce que l’organisation du bac fait … alors c’est pas la peine de faire travailler nos enfants pendant 36 heures dans la semaine si c’est pour que l’année s’arrête au début du mois de mai, entre les ponts et l’organisation du bac au mois de juin. Donc il y a des marges de productivité. Je suis parfaitement conscient du malaise enseignant. C’est d’ailleurs un très grand problème pour la société française parce que les élèves doivent apprendre à respecter leurs maîtres, à les admirer, à les considérer et la revalorisation de la fonction enseignante est pour moi une priorité mais elle ne pourra pas être menée de paire : embaucher plus, payer plus. Il faudra choisir.

 

 

 

Voilà ce qu’ont entendu quelques millions de téléspectateurs hier soir, 24 avril. De la logique Shadok !

 

Elément logique n°1 : ce seraient les réformes qui expliqueraient les suppressions de postes. Et de quelles réformes nous parle-t-on ?

 

La carte scolaire ? Si, disons, 25 élèves, soudain libérés de la carte scolaire, décident de quitter un établissement, et permettent ainsi la suppression de plusieurs postes de professeurs, ne vont-ils pas aller grossir les effectifs d’autres établissements qui alors auront besoin de plus d’enseignants ? Ou alors, vont-ils accepter de quitter leur classe à 25 élèves pour aller s’entasser dans des classes à 32 élèves si aucun poste supplémentaire n'est crée ?

 

La suppression du samedi matin ? Comment est-ce que la suppression de quelques heures de cours en primaire pourrait-elle déboucher sur la suppression de l’instituteur qui effectue les heures les autres jours ? En lycée, comment la suppression des heures le samedi pourrait elle conduire à la suppression de postes dans la mesure où les cours dispensés sont obligatoires ? Allons- nous supprimer des matières ?

 

Il y a bien une autre réforme que le professeur Shadoko a omise : les heures d’accompagnement scolaire créées en collège entre 16h00 et 18h00 pour les élèves volontaires. Mais là aussi, étonnement. Cet accompagnement est de l’aide aux devoirs. En quoi l’aide au devoir destinée à certains pourrait-elle justifier la suppression de postes d’enseignants destinés à tous ?

 

Donc. Même en se creusant la tête, non, vraiment, il ne semble y avoir aucune réforme précédant les suppression de postes. C’est donc bien les suppressions de postes qui précèderont des réformes forcément hypothétiques faute de personnels pour les mettre en œuvre.

Elément logique n°2 : Les professeurs vivent une dévalorisation de leur métier. « C’est d’ailleurs un très grand problème pour la société française, m’sieur Calvi ». Mais vous comprenez, il faut choisir, on ne peut pas embaucher plus et payez plus.

Là on dit « tope là, professeur Shadoko » Car, figurez vous, ce que nous demandons, ce n’est pas d’embaucher plus, mais de garder nos effectifs, de ne pas les diminuer. Rien de plus. Et à Lamartine, à Houilles, professeur Shadoko, ce que nous vous demandons, ce ne sont pas des moyens en plus, c’est de garder ceux que nous avons pour pouvoir continuer à fonctionner comme nous le faisons aujourd’hui. Rien de plus.

Et, figurez vous, professeur Shadoko, que, à Lamartine, des heures supplémentaires, nous n’en voulons pas. La charge de travail est déjà bien suffisante.

Et même si on en voulait, nous n’en aurions pas, car, vos services, non seulement suppriment  4 classes mais répartissent les élèves des classes supprimées dans les 20 classes restantes.

Ce qui fait, professeur Shadoko, que les enseignants du collège Lamartine, non seulement ne peuvent pas espérer voir leurs 1600 euros de salaire mensuel augmenter, mais auront des classes surchargées à gérer.

Oh ! La belle revalorisation de la fonction enseignante que voilà !

Professeur Shadoko, vous semblez avoir fait vôtre une de ces devises chère à vos amis les Shadoks : « Avec un escalier prévu pour la montée, on réussit souvent à monter plus bas qu'on serait descendu avec un escalier prévu pour la descente. »

Petit moment d'antologie donc, hier à la télévision, et qui vaut bien celui-ci:

Les Shadoks, saison 2, épisode n°6

" Une expérience simple permet de se rendre compte qu'on ne change pas notablement la qualité de l'instrument (une passoire) en réduisant de moitié le nombre de trous, puis en réduisant cette moitié de moitié, etc., etc. Et, à la limite jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de trous. D'où, théorême: la notion de passoire est indépendante de la notion de trou".

A méditer.


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Mademoiselle K, A l'ombre

10/04/2008

Lamartine: le film (2)

 

 

Aujourd’hui, jeudi 10 avril, c’est journée d’action en région parisienne. Grèves, manifestations et l’occasion pour nous de diffuser (enfin) l’intégralité du film, réalisé le 31 mars dernier au collège Lamartine.

Voici donc les raisons de fond qui expliquent la raison d’être de cette mobilisation qui unit depuis près de 2 mois et demi, parents et enseignants.

Une fois de plus merci à Sylvain pour ce travail de pro.

 

 

Le collège Lamartine à Houilles dans les Yvelines, d’un premier abord, n’attire pas le regard. Au milieu d’une tranquille zone pavillonnaire, presque caché par une abondante verdure, il ne paie pas de mine.

On franchit le portail et c’est un tout autre visage qui s’offre à nos yeux. Dans la cour d’entrée d’abord, des tentes plantées de ci de là attendent d’hypothétiques campeurs.  On lève la tête, ensuite, et la façade finit de nous ôter de nos derniers doutes : collège occupé, peut-on y lire. Soudain, la ruche se met à bourdonner. La sonnerie vient de retentir. Il est 17h00, l’heure de rentrer à la maison pour les 605 élèves que compte l’établissement.

Mais en ce 31 mars 2008, pour les enseignants, vite rejoints par des parents d’élèves venus récupérés le bulletin de leur enfant, une autre journée commence. Ce soir là, ils ont décidé en commun de passer la nuit au collège.

Cela fait près de deux mois qu’ensemble ils se mobilisent, protestent, pétitionnent contre la suppression de 4 classes, de 3 postes d’enseignants et une augmentation sensible du nombre d’élèves par classe à la rentrée 2008.

 


En salle des professeurs, la discussion s’engage. Tout y passe : l’autisme de l’Inspection académique qui refuse tout dialogue, la baisse progressive depuis plusieurs années des moyens, l’appauvrissement de l’offre scolaire, les arguments du Ministère de l’Education  qui refuse de prendre en compte une réalité locale complexe. Le collège Lamartine « recrute » ses élèves aussi bien dans la belle zone pavillonnaire des environs que dans la Cité des Petits Bois, quartier nettement moins favorisé de la ville d’à côté, Carrières-sur-Seine. Un modèle de mixité qui produit depuis quelques années de bons résultats mais qui, a besoin d’être accompagné. Et, en septembre, ce modèle risque fortement d’être remis en cause par la baisse de la Dotation horaire accordée à l’établissement pour la rentrée 2008.

La visite de l’établissement nous donne l’occasion de rencontrer les parents d’élèves qui font signer aux nombreux parents venus ce soir une pétition destinée à alerter maire et député. L’occasion de constater leur attachement à un enseignement public de qualité. Un établissement qui pour certains les a accueilli comme élèves. Où l’on découvre que le collège n’est pas cette entreprise de « formatage absurde et universel » que ces détracteurs (mettre le lien vers un article de Rue 89 sur les déclarations de X. Darcos) décrivent parfois mais, au contraire, un système d’enseignement qui a su jusque là, moyennant des dotations horaires suffisantes enrichir l’offre scolaire classique de projets et d’accompagnements pédagogiques.


 
Au final, c’est bien l’image de ce que certains appellent déjà un « flexiprof» qui se dessine année après année. Partagé entre plusieurs établissements, enseignant vacataire à la petite semaine, le « flexiprof » d’une « maxiclasse », surchargée d’élèves et un enseignement qui ne se limite plus qu’aux stricts horaires réglementaires.

 

Reportage effectué le 31 mars 2008 au collège Lamartine de Houilles (Yvelines).

En attendant le 12 avril, n'oubliez pas de fredonner "DGH, si tu reviens..."


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08/04/2008

Lamartine: la chanson

 

 

On le savait. A Lamartine, il y a des pointures.

Une preuve de plus ?

Dans la catégorie « Prof, mannequin, auteur, compositeur, interprète » : Alexandre Langlais


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07/04/2008

Le cauchemar de Darcos

 

 

Qu’est-ce qui peut bien faire se tourner et se retourner un ministre chaque nuit dans son lit au point de lui ôter le sommeil et le rendre si mécontent les matins? Le collège Lamartine ? On aimerait bien.

 

Cherchons un peu et trouvons pour lui la voie de la guérison :

 

En quelques clics, grâce à Internet, on retrouve notre ministre un matin (Aïe !) sur LCI. C’était à l’occasion de la rentrée 2007 :

 


 

La cause du cauchemar de Darcos donc : le sacro-saint collège unique et son « formatage absurde et universel », nous dit-il. Le bon vieux dilemne : la culture pour tous (qu’il assimile à un formatage) ou la méritocratie (gravée dans nos têtes cette phrase de l'Inspecteur adjoint d'Académie des Yvelines: "on ne fait pas boire un âne qui n'a pas soif !"). Un débat épineux où nous ne rentrerons pas ici. Courageux mais pas téméraires… (1)

 

Alors, commençons par rassurer notre ministre, une fois de plus:

 

Depuis de nombreuses années, le « collège unique » a su accueillir tous ses élèves, leur offrir un socle commun de connaissances mais aussi s’adapter à eux. Projets d’établissements, zones d’éducation prioritaire, développement des options, dédoublements de classes, création de dispositifs d’accompagnement vers le lycée professionnel (3ème d’insertion, 3ème découverte professionnelle) et j’en passe.

 

Oh ! Certes. Tout n’est pas parfait et beaucoup de choses sont à revoir. L’échec scolaire est encore trop lourd (15% d’une classe d’âge n’arrive pas au baccalauréat) et il faut le combattre et imaginer sans cesse pour le réduire.

 

Mais, nous sommes loin de ce collège qui assassine comme les temps difficiles que nous traversons nous le décrivent.

 

 

M. le Ministre,

 

Vous souhaitez mettre un terme au "formatage absurde et universel" dont le collège serait le terrain.

 

Alors, expliquez nous.

 

Pourquoi supprimez vous les options au lycée ? Pourquoi rendez-vous impossible (faute de dotations horaires suffisantes) les dédoublements en langues, en sciences ? Pourquoi augmentez vous le nombre d’élèves par classe au point que, parfois, seul le cours magistral permettra de boucler les programmes ? Pourquoi fermez-vous les 3ème d’insertion ?

 

Pourquoi faites-vous en sorte que le collège ne devienne plus qu’une boîte à formater de manière absurde et universelle ?

 

On ne comprend plus rien. M. Darcos : que voulez-vous ?

 

Car,

 

446f55fb3d43e1625c243bc45604ed3e.jpgAvec des classes surchargées à 30 élèves en collège et 40 en lycée...
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De quels stratagèmes devront user les équipes enseignantes pour remplir leurs missions?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Notez dans votre agenda

Avec le printemps, les professeurs et parents d’élèves du collège Lamartine bourgeonnent d’initiatives. Effet boule de neige. Chaque semaine, notre mouvement prend de l’ampleur, dépassant très largement aujourd’hui les seuls acteurs de notre petite communauté scolaire.

Toute cette semaine est tournée vers le grand rassemblement prévu devant la mairie de Houilles, ce samedi, 12 avril. Une occasion pour nous d’échanger avec les citoyens, de faire connaître notre combat pour un enseignement public de qualité. Mais, vous en saurez plus mercredi…

 

Demain, une belle surprise...

 

(1) Si vous souhaitez approfondir vous pouvez commencer par .

13:10 Publié dans argumentaires | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : darcos, education, dgh

04/04/2008

Lamartine: le film

 

 

Voici la version courte d’un film, bientôt disponible dans son intégralité, qui relate le mois et demi de mobilisation des professeurs et des parents d’élèves du collège Lamartine.

Au nom de tous, merci à Sylvain qui est venu, un soir de mars, déposer sa caméra parmi nous, pour ensuite en faire émerger ces instantanés.

Et c’est beau un collège qui vit !

Voilà d’où on vient. Voilà pourquoi on continue.


02/04/2008

"Daaarcos, si tu savais..."

 

 

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On commence à le savoir. 

Xavier Darcos en a ras la casquette, plein les bottes. Il voit rouge, gesticule, fulmine. Bref, il est très, très, très mécontent.

Tel Saint Siméon le stylite, sur sa colonne, il prêche dans le désert. Mais contrairement au stylite cela ne marche pas: « Combien de fois faudra-t-il répéter les choses pour être entendu… Ca devient désespérant », dit-il. (1) 

Alors, 

Il karcherise : « Ces défilés sont inutiles, infondés et menés par des mineurs de surcroît ignorants ».

Il minimise : « Retirez 0,7 % des effectifs ne changera rien, à part dans quelques classes ici ou là. »8efee30f17e4724134165b92ea405493.jpg

Il méprise : « Ces défilés [de manifestants] reviennent tous les ans ! Il ne faut pas être dupe du discours alarmiste et mensonger de certains syndicats ».

Il hypnotise : « Les enseignants volontaires (déjà nombreux) peuvent augmenter leur pouvoir d’achat grâce au milliard d’euros distribué pour les heures supplémentaires ».

Il vaporise : « On me demande des postes : je réponds études surveillées, nouveaux programmes, stages, revalorisation du lycée professionnel ».

Bref, il refuse d’admettre...
Qu’il déscolarise.

Alors, à Lamartine, on s’est dit : il faut rassurer le Ministre, lui dire que pour nous la réussite n’est pas seulement une ambition mais une réalité.

Lamartine c’est :

-         Un taux de REUSSITE AU BREVET : 84.45 % en progrès constant depuis plus de cinq ans

-         Une orientation au LYCEE en seconde générale et technologique (65%) et en seconde professionnelle (29%) que l’on sait majoritairement réussie grâce au suivi de nos anciens élèves.

-         Une classe P.A.C. « cinéma et audiovisuel »

-         Un « atelier artistique » consacré aux arts premiers

-         Du soutien et un accompagnement éducatif de qualité (aide méthodologique, aide au devoirs et aux leçons, aide à la compréhension et à la mémorisation, mise à niveau orthographique, Soutien-aide-matière en Français et Mathématiques, activité cinéma/vidéo, rédaction d’un journal, création de chansons, écriture poétique, initiation aux premiers secours, tennis de table.

-         Des CLUBS (Basket, club Anglais, club Allemand, club Ecologie, club Techtonik, club Chorale, club Manga)

-         Une Vie Scolaire avec deux C.P.E.

 

Alors, nous nous battons pour conserver

-         des classes à effectif raisonnable  -24 élèves par classe

-         le nombre d’heures de cours nécessaires pour assurer un enseignement de qualité, et les professeurs pour assurer ces heures

-         les dédoublements indispensables dans certaines matières

-         la possibilité de continuer à assurer des activités de soutien et de perfectionnement

Nous nous battons parce que c’est en partie grâce à ces moyens que LAMARTINE peut être UN COLLEGE DE REUSSITE

 

NOUS NE VOULONS PAS QUE CETTE DYNAMIQUE CESSE !

 

Qu’on se le dise…

 

Et pour terminer, puisqu’on nous sert et ressert en permanence la baisse démographique pour justifier les économies sur les fonctionnaires et qu’on en profite pour faire des économies sur les élèves en augmentant leur nombre dans les classes.

 

Une petite enquête dans les rues de Houilles a révélé :

 

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Que s’il y a crise, cela ne devrait pas durer…

 

(1) Toutes les citations sont extraites de l'interview donnée par Xavier Darcos au journal gratuit 20 minutes, le 1er avril 2008.

31/03/2008

La nuit des parents

 

 

f007f758216a5004e2348b2d8e91d423.jpgDepuis le 12 février, professeurs et parents d’élèves se mobilisent pour sauver la rentrée 2008. A partir de ce soir, à l’occasion de la remise des bulletins du 2ème trimestre, parents et professeurs organisent des actions symboliques et une campagne d’information en direction des parents d’élèves du collège et de tous les citoyens de la commune de Houilles et même au-delà. (Si le citoyen qui occupe le bureau de Ministre rue de Grenelle, veut passer, il est le bienvenu !)

Un mois et demi d’une intense mobilisation, qui aujourd’hui s’étend dans tout le pays, établissement par établissement. Il faut continuer. C’est maintenant que les choses doivent changer. Déjà, des pétitions circulent pour demander le vote, au Parlement, d’un collectif budgétaire permettant d’octroyer aux Inspections académiques des moyens supplémentaires pour la rentrée 2008.

Vous êtes donc cordialement invités à venir vous informer, discuter, débattre et pourquoi pas manifester avec nous ce soir et demain soir, à partir de 18h00, au collège Lamartine.

Voici la note d'information que vous pourrez y lire et débattre:

 

 

Parents et professeurs ensemble

pour sauver la rentrée 2008

au collège Lamartine

 

Depuis le 12 février 2008, les professeurs et les trois fédérations de parents d’élèves (FCPE, PEEP et UNAAPE) du collège Lamartine se mobilisent pour sauver la rentrée 2008.

Nous refusons la Dotation Horaire Globale (DHG) que nous impose l’Inspection académique des Yvelines pour la rentrée 2008.

En effet, si elle est appliquée, cette dotation se traduira par la perte de 99 heures hebdomadaires soit la suppression de 4 classes (une classe pour chaque niveau de la 6ème à la 3ème). En conséquence, 3 postes d’enseignants seraient supprimés, en mathématiques, français et Education Physique et Sportive.

A deux reprises déjà (le 15 février et le 26 mars), nous avons été reçus à l’Inspection académique pour exposer les raisons de notre mobilisation. A chaque fois, nous avons du affronter un discours convenu et intransigeant.

Que nous dit-on ?

La fausse bonne excuse du creux démographique !

Cette dotation horaire nous est présentée par l’Inspection académique comme une réponse à un creux démographique, qui se traduit par des baisses du nombre d’élèves. L’Inspection académique nous impose de constituer des classes de 28 à 30 élèves chacune alors qu’elles sont actuellement dans une moyenne de 25 élèves.

Nous n’acceptons pas que, sous couvert de creux démographique, l’Inspection académique décrète l’augmentation du nombre d’élèves par classe.

Le collège Lamartine serait un collège privilégié ! !

Cette dotation horaire est calculée d’abord en fonction des catégories socioprofessionnelles auxquelles appartiennent les parents d’élèves. Elle peut donc baisser car, selon ce critère, nous serions au niveau d’un collège du centre-ville de Versailles !

Cette dotation est ensuite calculée en prenant en compte les résultats de nos élèves aux tests d’entrée en 6ème et au brevet des collèges. Plus nos élèves sont bons, moins nous aurions besoin de dispositifs d’accompagnement et donc moins nous aurions besoin d’heures dans notre dotation.

Or comment obtenons nous ces bons résultats ? :

-         Grâce à un long et ancien travail en amont, avec les écoles primaires, afin de préparer au mieux les élèves à l’entrée au collège.

-         En orientant dès que c’est possible vers les structures adaptées, hors du collège, les élèves en difficulté.

Nous n’acceptons pas que le collège Lamartine puisse être sanctionné pour ses bons résultats ou fasse l’objet d’une discrimination.

Le collège Lamartine devrait faire des sacrifices pédagogiques ! ! !

Les temps sont durs. Il faut réduire les déficits. L'Inspection académique nous demande donc de faire des choix: accepter des classes surchargées et sauvegarder des options, ou alors réduire le nombre d'élèves sur 1 ou 2 niveau(x) en sacrifiant les heures d'options, de remédiation pour tous les niveaux. 

Ce discours de l’Inspection académique est pour nous inacceptable: nous ne voulons pas d'une réduction du nombre d'élèves par classe qui se ferait sur le dos d'une offre scolaire réduite. Car, c'est mettre le doigt dans l'engrenage de l'appauvrissement de notre école et des savoirs indispensables à l'épanouissement de chaque enfant. Derrière le "retour aux fondammentaux" décrété par le Ministre pour les programmes de l'école primaire, se cache la mise en place d'une école au rabais qui n'offre plus que le minimum vital. A charge aux parents de financer ailleurs les compléments d'éducation.

Nous n’acceptons pas que la scolarité de nos élèves soit sacrifiée sur l’autel des économies budgétaires.

C’est pourquoi, ensemble, professeurs et parents demandons que soit préservé un enseignement de qualité :

Ø      en évitant des effectifs supérieurs à 25 élèves par classe de la 6ème à la 3ème ,

Ø      en permettant des dédoublements de classe en physique, sciences, technologie, langues…

Ø      en conservant les moyens pédagogiques d’offrir à chaque élève l’enseignement auquel il a droit.

ENSEMBLE

SAUVONS LA QUALITE DE L’ENSEIGNEMENT AU COLLEGE LAMARTINE

06/03/2008

C'est la rentrée !

8f3f8fbf9c66f84c680514c7c6efa17f.jpgSonnerie du clairon.

La rentrée des vacances de février approche. Nous allons dans de nombreux établissements reprendre la mobilisation. Nombreux ont été les échanges de mail ces derniers jours. L’augure est donc on ne peut plus bonne. Un petit état des lieux s’impose. Il est, en effet, indispensable de resituer nos actions dans l’ensemble de celles qui s’engagent partout ailleurs.

1er constat : Nous sommes nombreux.
Dans le département des Yvelines, au 21 février (veille des vacances), 55 établissements avaient débuté une mobilisation en vue d’obtenir une autre DHG. La liste est consultable ici.
Dans certains établissements comme au collège Lamartine de Houilles, le taux de grévistes, le 15 février, a été historique (89%).

2ème constat : Les actions sont multiples.
Dans une note précédente, nous avions recensé les différentes actions menées. Cela va de la simple pétition à la « journée morte ». Elle est toujours consultable .

3ème constat : Les parents sont extrêmement mobilisés.
C’est là la preuve que nos revendications sont légitimes et plus que jamais indispensables au fonctionnement d’un bon service public d’éducation. Les deux principales fédérations de parents d’élèves (Fcpe et Peep) ainsi que les associations autonomes demandent des audiences au Recteur, s’impliquent dans des actions du type « journée morte » dans leur établissement, interpellent les habitants de leur ville, créent des blogs pour diffuser leurs points de vue.

4ème constat : L’Inspection académique des Yvelines est restée sourde pour l’instant à nos demandes.
Son argumentaire n'est pas vraiment convaincant. Il est donc nécessaire de poursuivre nos actions et, sans doute, serait-il opportun de construire une coordination des établissements mobilisés. Comme dirait l’autre : ensemble, tout devient possible…

5ème constat : Il y a des raisons d’espérer.
En effet, ailleurs, dans l’académie de Paris notamment, certains établissements ont déjà obtenu gain de cause après une semaine de mobilisation. Ainsi, le collège Bernard Palissy a obtenu, comme d’autres établissements, une augmentation de leur DHG (le rectorat a octroyé un bloc de 24 heures supplémentaires). Même si c’est encore insuffisant (le collège Bernard Palissy a besoin de 70 heures), c’est la preuve qu’il est possible de changer la situation.

Et attention: la fanfare du collège Lamartine est en pétard...

 


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Goran Bregovic, Daj Mi Drugie Zycie (quelqu'un s'y connaît en serbo croate ?...)

29/02/2008

« Cette fois-ci, on s’attaque à l’os ! » *

46bf4584f408c01a3352f7cf638e76bd.jpgCe n’est pas toutes les années qu'on a un 29 février. Alors, lâchons nous un peu !

Car, ailleurs, sur d’autres blogs et forum, d’autres se lâchent le restant de l’année. Comme à l’habitude, quand un fonctionnaire ose bouger le moindre petit doigt, émettre ne serait-ce qu’un imperceptible soupir, les mêmes ritournelles reviennent fredonner à nos oreilles : nous serions sur la défensive, passéistes, pessimistes, cripto-trotskistes, que sais-je encore.

La lecture des commentaires du post de Guillaume (en date du 10 février) sur son blog S’il n’y avait que les élèves (à fréquenter assidûment) est à ce sujet édifiante. Certains, en effet, osent, à leur manière « resituer le contexte du métier de prof ». Ils parlent alors de « sécurité totale de l'emploi, d’absence de pression hiérarchique, d’impuissance du système d’évaluation des personnels enseignants titulaires, de la négation de la culture du résultat, du niveau des salaires corrects pour un métier recrutant à Bac+3 (pour la majorité des profs) », et bien sûr les sacro-saints « volumes horaires du service (+ de 15 semaines de congés par an pour 18H par semaine) ». Un autre commentaire fait même une proposition alternative : « Si vous ne supportez pas votre boulot, allez faire trader à la Société Générale ! »

On leur pardonne. Ils pensent sans doute que leur idole, Jean-Pierre Pernaud, ne travaille que de 13h00 à 13h35, 5 jours par semaine…

Mais, ils ont raison sur un point : il faut poser le contexte.

Et le contexte, quand on le regarde, est éloquent.

Nicolas Sarkozy, Discours au Palais du Latran, 20 décembre 2007 : « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance. »

Nicolas Sarkozy, Dîner annuel du Crif, 13 février 2008 : Chaque élève de CM2 se verra «confier la mémoire» d'un enfant victime de la Shoah

Nicolas Sarkozy, Périgueux, 15 février 2008 : « Les programmes scolaires sont un sujet de débat politique au sens des affaires de la nation, ce n'est pas un sujet technocratique. Certes les élus du peuple n’ont pas vocation à se substituer aux scientifiques, ce n’est pas à eux de produire le savoir, ce n’est pas à eux de l'écrire, ou de réécrire l’histoire. Il leur appartient en revanche de déterminer ce qui, dans le champ immense du savoir, mérite d’être étudié par les élèves de France. »

Lettre du recteur de l’Académie de Créteil au profs récemment partis à la retraite : « Je vous informe que vous avez la possibilité, si vous le souhaitez, de reprendre une activité enseignante au sein des collèges et des lycées de l’Académie. Cette activité, qui peut être exercée pour quelques heures hebdomadaires sur des suppléances de courte ou de moyenne durée, est rémunérée sous formes de vacations. Elle est désormais compatible avec la condition de retraité de la fonction publique ».

Les enseignants devenus éducateurs voient leur métier changer sans qu’ils puissent participer à cette évolution. Accusés de technocrates (discours de Périgueux, ci-dessus), incapables d’enseigner la shoah à près d’un enfant sur deux (merci M. Darcos), notés sur Internet, l’impression générale est celle d’une perte de contrôle sur notre propre métier. C’est au politique d’inspirer les programmes, nous dit-on ? Quand on sait qu’il a fallu attendre 1995 pour que l’Etat français reconnaisse qu’il a été un Etat collaborateur du régime nazi entre 1940 et 1944 : ça augure mal de la suite.

Les suppressions de postes prévues à la rentrée 2008, massives, s’opèrent dans ce contexte. En compensant les suppressions de postes par l’octroi d’heures supplémentaires aux établissements (car il faut bien, malgré tout, dispenser les heures de cours obligatoires), les rectorats modifient ainsi les conditions d’exercice du métier d’enseignant, en allongeant le temps de travail de ceux qui acceptent une partie de ces heures supplémentaires (souvent contraintes par la faible évolution salariale depuis plusieurs années) (1). Quand il n’y a pas assez de personnel titulaire pour dispenser ces heures, les rectorats ont alors recours à des vacataires (2), voire des retraités.

On le voit, le métier d’enseignant se précarise de deux manières. D’une part en perdant, progressivement, la maîtrise des contenus des enseignements dispensés et d’autre part en assistant au développement rapide de formes flexibles d’emplois (changement chaque année d’établissement, travail sur 2 ou 3 établissements à la fois pour les remplaçants à l’année, vacataires payés pour 200 heures chaque contrat, non rémunérés pendant les vacances et donc contraints de faire des petits boulots d’appoint de ci de là).

Les fables qu’on nous raconte sont donc bel et bien des historiettes pour enfants sages.

On a passé l’âge.

Merci.

 

Max.

* Citation extraite d’un article de Libération qui donnait la parole à une enseignante du collège Henri Wallon d’Aubervilliers.

(1) Rappelons que pour un service de 18 heures de cours un professeur travaille entre 35 et 40 heures. Rappelons également que les deux mois d’été de vacances ne sont pas rémunérés. Un professeur est payé 10 mois répartis sur 12.

(2) Rappelons qu’un vacataire est payé à l’heure. Il enchaîne souvent des vacations de 200 heures maximum avec des contrats dans lesquels les droits à la protection sociale, aux indemnités chômage sont réduits. A cela s’ajoute l’absence de prise en compte des vacations pour la retraite. Jetables et corvéables. Le recours aux vacataires devient du reste une norme d’embauche pour les rectorats.

27/02/2008

La fable de l’Inspecteur d’académie à l’enseignant

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« Arrêtons cette blague », dit le Ministre. "Les établissements fonctionneront normalement l'année prochaine, je ne dis pas que (la baisse des moyens alloués) ne créent pas de contraintes mais nous faisons des réformes et nous définissons nos priorités".

Cela fait des années que l’on nous en parle. Souvenez-vous. C’était à 7 sur 7. L’émission d’Anne Sinclair. Il s’appelait Claude Allègre. Il était Ministre de l’Education nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche. La phrase qui tue : « Il faut dégraisser le mammouth ». Et d’annoncer, en guise d’argumentation, des chiffres sur l’absentéisme des enseignants. Des chiffres bien supérieurs à la réalité et en contradiction avec ceux de ses propres services.

C’était le 24 juin 1997.

Dix ans plus tard, le dégraissage est à l’œuvre. Et cela ne date pas de cette année.  Entre les rentrées 2003 et 2006, les collèges et lycées ont perdu quelques 13000 postes d’enseignants (source : Ministère de l’Education nationale). Cette année, sur les 11200 prévus, 8000 devraient l’être dans l’enseignement secondaire.

Pourquoi, comment ? C’est là que la fable commence…

Vent debout, l’enseignant manifeste :

 « Dîtes moi d'où vient ce phénomène qui mène tout droit à l'impasse
Qu'est-ce qui se passe, je vois plus les traces, je reconnais plus mon espace
Espacez-vous, écartez-vous, dîtes moi où est la lumière
J'ai besoin d'aide encore une fois et ce sera pas la dernière
Je ne vois plus où je mets les pieds, ne me dîtes pas que c'est normal
Tout ce que je respire est inquiet, je sais plus ce qu'est bien et ce qu'est mal
C'est la pénombre qui règne comme si le soleil était mort-né
Messieurs Dames aujourd'hui, il a fait nuit toute la journée. » (1)

Alors, l’Inspecteur-d’académie-qui-a-réponse-à-tout sort son bel argumentaire en trois parties:

 1.

« Il y a moins d’élèves. Il y a un creux démographique », dit il. L’enseignant (qui a l’habitude de préparer ses séquences) lui rétorque que dans le même temps les effectifs augmentent en primaire et que dans 4 ou 5 ans, ils intégreront le collège. Il interroge : « Y aura-t-il assez de professeurs pour les accueillir ? Quand on sait que d’autres charrettes sont prévues, que d’ici à 2010, ce sont 40 000 postes qui doivent être supprimés. Et puis, s’il manque tant d’élèves pourquoi nous retrouverons nous, au collège Lamartine de Houilles, à 30 élèves par classe au lieu de 26 actuellement ? ».« On a le droit de s’inquiéter », conclut-il. 

2.

« Certes, certes, dit l’Inspecteur d’académie, mais vous comprenez, l’Etat n’en peut plus, les caisses sont vides, c’est la faillite, 2000 milliards de dettes. On ne peut pas vivre au dessus de nos moyens. Il nous faut être raisonnable ». L’enseignant (qui avec son salaire non revalorisé depuis 6 bonnes années sait ce que c’est que de se serrer la ceinture) n’a cure de cet argument. « Ce n’est pas sur nos enfants que nous devons faire peser le poids de la dette. L’éducation, n’est-ce pas elle qui formera le citoyen responsable, qualifié, novateur qui comblera un jour la dette ? L’élève n’est pas un coût pour la société, un élément comptable, c’est un investissement ».

3.

L’Inspecteur d’académie, piqué au vif, fier de son BTS comptabilité, lui rétorque : «  Monsieur, vous vous méprenez. Ce qui gouverne nos dotations horaires, c’est, avant tout, un esprit d’équité. S’il y a bien un point sur lequel nous serons d’accord, c’est notre souci de vouloir garantir des dotations équitables entre tous les établissements. C’est la raison pour laquelle le Ministre a créé le dispositif Ambition réussite ». L’enseignant (qui déjà aime à faire vivre le commerce équitable et pratique le tourisme équitable pendant ses loooongues vacances) ne peut s’empêcher de faire son spécialiste : « Monsieur l’Inspecteur, à Aubervilliers, à la cité scolaire Henri Wallon, que Notre Ministre a «élevé au titre de « site d’excellence », comment expliquez-vous que 7 classes ferment et que 15 postes d’enseignants soit supprimés à la rentrée 2008 ? »

Il y a bien une morale à cette fable.

Trois arbres, aussi soigneusement entretenus soient-ils par nos plus brillants jardiniers ne sauraient cacher une forêt, surtout quand elle est immense.

La suite vendredi.

Max.

 

(1) Grand Corps Malade, Il fait nuit toute la journée, 2005

Nota bene: l'illustration du début de la note est librement inspirée d'une des affiches de la dernière campagne de publicité d'une célèbre compagnie ferroviaire.

16/02/2008

Se mobiliser, c'est d'abord s'informer

"Arrêtons cette blague !" a déclaré Xavier Darcos, ministre de l'Education nationale, le 15 février 2008, journée d'action des enseignants des collèges et lycées d'Ile-de-France. Depuis le début du mois de février, les collèges et lycées reçoivent leur Dotation Horaire Globale (DHG) c'est-à-dire le nombre d'heures par matière dont ils disposeront à la rentrée 2008.

Pour des raisons budgétaires, le gouvernement a décidé de supprimer 11 200 postes d'enseignants cette année. Les conséquences sont lourdes: augmentation du nombre d'élèves par classe, fermetures d'options, suppressions de dispositifs de tutorat pour prévenir l'échec scolaire, de soutien pour y remédier, non dédoublement de classes en sciences expérimentales, en langues.

La situation est grave. Des luttes s'engagent partout en France, au niveau local car chaque établissement est touché à un degré différent. A Houilles dans les Yvelines, par exemple, le collège Maupassant perd 6 heures hebdomadaires mais le collège Lamartine perd 101 heures hebdomadaires (soit 14 % de sa DGH actuelle). Le collège Henri Wallon d'Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) perd 7 classes. Le collège Bernard Palissy de Paris Xème perd 70 heures hebdomadaires (et un quart de ses moyens en personnel).

A son modeste niveau, ce blog se propose de rassembler des informations éparses sur les luttes pour que le ministre ne puisse plus dire que "les établissements fonctionneront normalement l'année prochaine" ou que son objectif est de rendre équitable l'offre scolaire faite à nos adolescents.

Se mobiliser, c'est d'abord s'informer !

Enseignants, Parents, Elèves, Citoyens, on compte sur tout ceux qui pourront ici transmettre les coordonnées des nombreux établissements touchés, le nombre de classes supprimées, le nombre de postes concernés. N'hésitez pas à nous décrire vos luttes, nous faire parvenir vos communiqués et diffuser les informations de ce blog.

Comme dirait l'autre, ensemble, tout devient possible ...

 
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