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25/03/2009

Xavier Darcos poussé dans un corner sur France Inter

Un Demorand offensif, un Darcos défensif. Pour constater que les différents reculs sont en train de se faire. Le flou domine encore. Pour reprendre la formule d’un auditeur : pourquoi attendre que des établissements soient bloqués, des enseignants en grève, que des parents occupent pour démarrer une négociation. Que de temps perdu pour constater finalement que l’essentiel (les missions de l’école) n’est pas réformé. Que de confiance perdue pour rendre toute réforme aléatoire ? Comment croire que toute cette agitation provoquée par le ministère n’a pas pour seul et unique but de faire des économies comme nous y invitent les traités et les directives européennes ? Du beau gâchis.


Xavier Darcos - France Inter - Interview de Nicolas Demorand
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Xavier Darcos - France Inter - Réponses aux auditeurs
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18/03/2009

Xavier Darcos a perdu l’esprit … français.

Je l’avoue, je l’avoue, le titre est racoleur. Pourtant, comment résister à cette boutade quand on lit avec tout l’intérêt que nous lui devons la prose de Xavier Darcos dans Le Monde de jeudi 19 mars. « Esprit français, es-tu là ? » s’interroge-t-il en page 20. Qu’est-il arrivé à celui qui se présente à nous d’abord comme Membre de l’Institut et ensuite comme Ministre de l’éducation nationale ? C’est que, dans ce qui ressemble à une séance de spiritisme, Xavier Darcos est venu retrouver une élite perdue, celle des intellectuels et avec eux l’esprit français qui les définissaient tant par le passé. Il a beau convoquer Voltaire et Montaigne, leur attacher la compagnie tutélaire de Nicolas Sarkozy (si, si), rien n’y fait.

 

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Je n'y peux rien, moi, si Xavier Darcos en

philosophe des Lumières ressemble davantage

à du Warhol...

 

 

Selon lui, l’indépendance de pensée, la hauteur de vue, l’enthousiasme mêlé à la courtoisie dans le débat d’idées, qui caractérisaient tant cet esprit français, semblent autant de qualités perdues aujourd’hui. La République, née de l’alliance entre intellectuels et politiques, réussissant ainsi à canaliser le désir parfois violent de démocratie, serait aujourd’hui à la dérive.

 

Jugez en vous-même :

 

« Le rationnel semble exilé du débat public, tandis que la rumeur, l’outrance, la théorie du complot ou le déni de vérité s’instille jusque dans les sphères les plus éclairées du monde intellectuel ? »

« Cette tendance imprécatrice blesse l’intelligence. Elle me choque (…) Elle encourage le monde du savoir dans une défiance explicite, voire obligée, à l’égard du politique »

« Personne n’a intérêt à encourager cette dérive. Personne ne peut en justifier les vrais ressorts, qui sont le dévoiement de la fonction critique de l’intellectuel au profit d’intérêts partisans ou caricaturaux. »

« L’affaire ne se clive pas entre les bons (la gauche) et les méchants (la droite). Cette supputation est inféconde. Elle donne un exemple désastreux de notre jeunesse en privilégiant la querelle ou le préjugé plutôt que la controverse argumentée. »

 

Et puis il y a ce passage amusant : «  Il suffit pour s’en convaincre de fréquenter certains blogs ou certains forums dans lesquels les exposés les plus brillants sont parfois consacrés aux arguties de thèses les plus insensées, assorties de procès en sorcellerie ad hominem. »

 

L’intellectuel a démissionné, quitté la cité. Ou alors il s’est laissé corrompre. Ne résonnent (raisonnent ?) plus aujourd’hui que les mégaphones syndicaux dans des cortèges agressifs. Le politique est bien seul. Sans l’arbitrage certes critique, sans la hauteur de vue, sans la courtoisie de l’intellectuel, que peut l’homme politique livré à la vindicte populaire ?

 

Et cette vindicte, Xavier Darcos va encore la voir défiler depuis ses fenêtres, ce 19 mars au départ, à Paris, d’une place qui s’appelle précisément République.

 

L’intellectuel a quitté la cité, le politique est seul dans l’hémicycle et le jeune forcément ultra gauchiste a envahi la rue. Esprit français éclairé de toute sa hauteur de vue, courtois, Xavier Darcos n’a eu de cesse au cours de son ministère de dénoncer des syndicats "dont la fonction principale est la résistance au changement", répétant à l’envi « à ceux qui font grève qu'il faut qu'ils fassent attention parce que le monde, la France avancent plus vite que les cortèges".

 

Plus qu’un héritier de l’esprit français, Xavier Darcos se pose en héritier de cette République des propriétaires que Boissy d’Anglas défendait à la tribune de l’Assemblée nationale en 1795 : « Nous devons être gouvernés par les meilleurs : les meilleurs sont les plus instruits et les plus intéressés au maintien des lois ; or, à bien peu d’exception près, vous ne trouverez de pareils hommes que parmi ceux qui, possédant une propriété, sont attachés au pays qui la contient, aux lois qui la protègent, à la tranquillité qui la conserve (…). Si vous donnez à des hommes sans propriété les droits politiques sans réserve (…) ils nous précipiteront enfin sans ces convulsions violentes dont nous sortons à peine. »

 

Classes laborieuses, classes dangereuses. Certes, avec plus de courtoisie et sans doute beaucoup d’esprit, la prose de Xavier Darcos, dans Le Monde du 19 mars, ne dit pas autre chose…

 

 

Max.

04/03/2009

Maternelle : le double jeu de Xavier Darcos

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Double jeu ou … double « je ». Xavier Darcos serait-il atteint de schizophrénie ? Il existe bien semble-t-il une dissociation entre ce qu’écrit le Docteur Xavier et ce que dit Mister (mystère ?) Darcos sur l’école maternelle. On s’en souvient encore. La phrase avait fait grand bruit. Auditionné en juillet 2008 par le Sénat sur le budget, Xavier Darcos s’était demandé si, dans le soucis d’une « bonne utilisation des crédits de l’Etat », il était logique de faire « passer des concours à bac + 5 à des personnes dont la fonction va être essentiellement de faire faire des siestes à des enfants et de leur changer les couches » ? Certes, la question, sortie de son contexte, ne concernait que les enfants de moins de trois ans. Pourtant l’intention du ministre était de relancer le débat autour du rôle de l’école maternelle française.

 

Or, cette semaine, le Ministère de l’Education nationale édite, à 2,8 millions d’exemplaire, un guide destiné aux parents des enfants scolarisés à l’école maternelle. Et le docteur Xavier semble y exprimer une toute autre vision. Je vous livre là l’intégralité de sa courte introduction. Jugez-en par vous-même :

 

« Votre enfant est scolarisé à l’école maternelle ou s’apprête à l’être. C’est une chance que lui envient beaucoup d’enfants qui, en Europe et dans le monde, ne connaissent pas cette école si particulière qui prépare la quasi-totalité des enfants, dès l’âge de trois ans, à entrer dans la scolarité obligatoire.

Car l’école maternelle n’est pas une simple structure d’accueil : elle est une école à part entière, qui comporte des objectifs pédagogiques précis et mobilise des compétences très spécifiques de la part des professeurs qui y enseignent. C’est pourquoi j’ai tenu à ce que sa place soit confortée au sein de l’école primaire, en rédigeant pour elle de véritables programmes. C’est aussi la raison pour laquelle j’ai constamment réaffirmé que les enseignants de maternelle étaient des professeurs des écoles à part entière, avec les mêmes niveaux et modalités de recrutement que leurs collègues des écoles élémentaires : c’est précisément ce qui distingue l’école maternelle des structures d’accueil.

Les Français sont très attachés à l’école maternelle mais ils n’en connaissent pas toujours toute la richesse. C’est pourquoi j’ai voulu que dans la continuité du guide des parents remis à la rentrée 2008 à l’ensemble des parents d’élèves scolarisés dans les écoles élémentaires, ce guide conçu par l’Association Générale des Enseignants des Ecoles et classes Maternelles publiques (AGEEM), vous soit remis dans le cadre du partenariat avec le Ministère de l’Education nationale. Vous y trouverez notamment une explication du fonctionnement et des activités des écoles maternelles ainsi qu’une présentation des programmes de 2008 qui comportent l’ensemble des connaissances et des compétences dont votre enfant aura besoin pour entrer dans de bonnes conditions au cours préparatoire.

Je vous souhaite une bonne lecture ! 

Xavier Darcos »

 

Alors, s’agit-il de schizophrénie ? Non, bien sûr. Juste de communication politique.

 

Le texte reproduit ci-dessus est à y regarder de plus près un exposé où Xavier Darcos affirme tout et son contraire. Il commence par réaffirmer la spécificité de l’école maternelle française : une « école à part entière, qui comporte des objectifs pédagogiques précis et mobilise des compétences très spécifiques », des enseignants qui sont « des professeurs des écoles à part entière, avec les mêmes niveaux et modalités de recrutement que leurs collègues des écoles élémentaires ». Mais dans le même temps, il se contredit. Ainsi,  cette « école à part entière » voit « sa place confortée au sein … de l’école primaire » ! Cette école dont les « objectifs pédagogiques qui mobilisent des compétences spécifiques » et à laquelle « les Français sont très attachés » sans en connaître toujours « toute la richesse » se voit dotée … « de véritables programmes » !

 

On le voit Xavier Darcos nage en pleine contradiction. Docteur Xavier y côtoie donc bien dans les mêmes phrases mister Darcos. Une école dont on vente la richesse, les compétences spécifiques, les objectifs précis ne disposait-elle pas déjà de programmes « véritables » ?

 

L’objectif, bien sûr est ailleurs. La réforme de l’école maternelle telle que l’organise depuis un an le Ministère de l’Education nationale est toute autre : il s’agit de transformer l’école maternelle en école préélémentaire. Interrogeons nous donc à présent sur ce que recouvre ce glissement sémantique.

 

La spécificité de l’école maternelle française repose sur certaines caractéristiques : la gratuité, une présence sur tout le territoire de façon équitable, des maîtres ayant reçu le même niveau de formation que tout maître d’élémentaire ou professeur de collège certifié, des programmes spécifiques d’apprentissage en langage, prélecture, mathématiques, EPS (éducation physique et sportive), etc., 97% des enfants scolarisés dès l’âge de trois ans, un fonctionnement qui prévoit la présence, à côté du maître, de personnels ATSEM recrutés par les mairies (1).

 

L’école maternelle a une fonction fondamentale : enraciner l’enfant dans la société et le préparer à son émancipation. Philippe Mérieux nous rappelle d’ailleurs que l’enjeu est considérable : « Des êtres sans racines cherchent désespérément leur origine et basculent souvent dans la violence et les transgressions, des êtres sans émancipation deviennent facilement la proie de toutes les pressions et de tous les fanatismes. » Dans une de ses conférences, le pédagogue rappelait que l’école maternelle remplit ainsi plusieurs tâches essentielles : permettre à un sujet d’émerger parce qu’on aide un enfant à occuper une place sans prendre toute la place, aider chacun  à surseoir à ses impulsions, accompagner chaque élève vers la maîtrise de soi, amener chaque enfant à intérioriser l'exigence de justesse, de précision et de vérité.

 

Le projet du gouvernement est tout autre. Il consiste, tout d’abord, à faire de l’école maternelle une école préélémentaire. Les nouveaux programmes de grande section intègrent déjà ce glissement : ils se concentrent sur un apprentissage mécanique de la lecture, de l’écriture et des mathématiques (et là je pense à ma fille qui me répète qu’elle en a marre d’apprendre toujours les mêmes lettres qu’on sait déjà…). Les programmes des petite et moyenne section s’est trouvé, en revanche, très allégé. Le risque est de les voir transformées en jardin d’éveil ce qui est le schéma qu’offre l’éducation de la petite enfance dans la plupart des pays européens. Une forme moins coûteuse. Le choix politique actuel est de réduire l’offre de l’Education Nationale, le ministre concerné s’interroge sur la nécessité d’une formation d’instituteur pour encadrer des jeunes enfants (même s’il a admis que les enseignants de maternelle ne changeaient pas les couches, et ne surveillaient pas les siestes, et s’est excusé de ses propos). Certains observateurs nous font remarquer que’on peut craindre que les propositions du rapport Tabarot (juillet 2008) sur le développement de l’offre d’accueil de la petite enfance, ne trouve un écho favorable auprès des instances décisionnelles, pour accueillir les 2 ans, puis les 3 ans, les 4 ans. "L’application des objectifs de régulation budgétaire au Ministère de l’Education nationale pourrait le conduire à poursuivre sur la voie de la diminution, voire de la suppression de l’accueil d’enfants de 2 à 3 ans à l’école maternelle, dans la mesure où cette mission n’est pas au nombre de ses compétences obligatoires. " (paragraphe 3-1-4 du rapport Tabarot) (2)

 

Le projet s’inscrit, ensuite, dans une culture du résultat, propre à notre époque, dont l’objectif est de participer à la réduction de l’échec scolaire à la sortie de l’école primaire. Le risque ici est de confondre l’évaluation pédagogique qui vise à vérifier ce qui est su ou non et les batteries de tests et mesures qui ne servent qu’à classer, sélectionner les élèves et justifier ainsi des politiques scolaires gouvernementales ou des « stratégies scolaires » de parents, « consommateurs d’école ».

 

La communication politique orchestrée par Xavier Darcos en 2,8 millions d’exemplaires vise à faire croire aux parents d’élèves que sa réforme n’apporte qu’un changement dans la continuité alors qu’il s’agit bel et bien d’une rupture profonde.

 

 

Max.

 

(1) L’effectif moyen en maternelle est de 30 enfants par classe. Le nombre de postes d’ATSEM financés par les mairies est variable... Au mieux, une par classe, sinon, une pour une classe de petits ou tout-petits, une pour deux classes de moyens ou de grands.

 

(2) On trouve dans le rapport Tabarot des propositions qui peuvent paraître favorables : horaires plus larges, meilleure continuité sur la journée. D’autres sont des menaces réelles sur l’offre proposée : les jardins d’éveil seront financés par les mairies, le personnel sera municipal => amplification de l’inégalité sur le territoire : toutes les mairies ne disposant pas du même budget. L’accueil y sera payant (crédit d’impôt... pour ceux qui en payent) => les familles dont les enfants en tiraient les plus grand bénéfice en seront exclues. L’exigence de formation pour les personnels employés sera plus faible qu’en crèche. Offre forcément plus limitée =>l’accueil n’est plus un droit pour tous.

Et Une proposition particulièrement surprenante : Paragraphe 4-3-4 Valoriser le métier d’assistant maternel auprès des seniors à la retraite qui souhaitent cumuler emploi et retraite est une des pistes qui pourrait contribuer à réduire les tensions en effectif prévisibles pour ce secteur.

Source : Site Quel avenir pour l’école ?

 

Illustration: Mascarade de Shota Voskanian, 2000

 

 

15/02/2009

Masterisation: la réforme la plus bête d'un ministre à bout de souffle

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Bête. Aucun autre mot ne vient à l'esprit. La réforme dite de masterisation proposée par Xavier Darcos est probablement la réforme la plus bête que notre ministre et les belles personnes de son cabinet ont pu pondre depuis bientôt deux ans qu’ils sont au pouvoir.

 

La réforme la plus bête, en effet, car elle consiste à supprimer l’année de formation supervisée par l’IUFM. Contrairement à ce que l’on entend par ci par là, ce n’est pas une année à l’IUFM (dont la réforme s’impose, il est vrai). Je le répète : ce n’est pas une année à l’IUFM mais une année en responsabilité face à 1 ou 2 classes. Les jeunes professeurs ayant réussi leur concours théorique (CAPES ou Agrégation) sont admis à suivre une année où ils vont essuyer les plâtres en ayant une ou deux classes en totale responsabilité en collège ou lycée. Cela représente 8 heures de cours par semaine toute l’année scolaire, seul face aux élèves. Le reste du temps est consacré à des cours de pédagogie à l’IUFM et un travail de préparation réalisé sous le tutorat d’un enseignant expérimenté travaillant dans le même établissement. A l’issue de cette année, le jeune novice est titularisé et se voit affecté dans un établissement à temps plein comme tous ses collègues.

 

La réforme chapeautée par Xavier Darcos et Valérie Pécresse fait tout le contraire. Les futurs enseignants doivent, à l’université, suivre des cours censés les former à l’enseignement. Des cours sans doute réalisés par des praticiens mais des cours tout de même, c'est-à-dire de la théorie. Pendant cette formation, les novices suivent des stages, certes, mais des stages épisodiques d’observation dans la classe d’un collègue. Le futur enseignant n’a plus de classes en responsabilité pour lesquelles il élabore, met en œuvre, corrige tout au long de l’année un programme de cours. Le futur enseignant n’apprend plus, de lui-même, à gérer des classes de 30 élèves en collège ou 37 à 40 élèves en lycée. A certains moments de l’année, il sera en observation, au fond de la classe en train de voir faire un autre, qui pourra, certes, parfois, lui laisser les rênes. Mais jamais plus, pendant sa formation, il n’aura à gérer, le temps d’une année scolaire, une classe de la rentrée de septembre jusqu’à la fin des cours en juin. Jamais plus, pendant sa formation, il ne participera, en tant que professeur à part entière, aux conseils de classe de SES classes.

 

On touche là à ce qui fait l’essentiel de la formation d’un professeur. Non pas des cours dispensés dans un IUFM ou une université (qu’importe le lieu d’ailleurs). Mais la pratique. Pour être un bon professeur, il faut plus d’une fois, se planter, échouer à transmettre des notions. Ce métier n’est pas inné. L’année dite «  en responsabilité » (8 heures face à élève plutôt que 18) est une année de calibrage. Reprendre sans cesse sa leçon et la remettre sur l’établi pour mieux mesurer ce que l’on doit, ce que l’on peut transmettre. Cette maturation demande du temps, beaucoup de temps. L’étudiant doit devenir professeur. Changer de planète en somme. Certains jeunes professeurs sortent d’études ultra poussées dans leur domaine de compétence et  doivent du jour au lendemain enseigner le BA Ba  à des élèves de 11 ans. On croit que c’est simple mais c’est tout le contraire. Nous savons tous écrire des pages entières mais qui aujourd’hui peut expliquer une règle grammaticale à un enfant qui ne sait pas encore rédiger et argumenter. Pourtant sans grammaire, nos textes seraient tout simplement illisibles. Nous ne nous posons plus la question de l’équilibre lorsque nous marchons. Pourtant, il a bien fallu que nous l’apprenions. Ce n’est pas parce qu’un professeur masterisé dira à son élève : « Lève toi et marche » que celui-ci voudra et saura le faire.

 

Une bonne formation des maîtres est une des conditions essentielles de la lutte contre l’échec scolaire. Oui, aujourd’hui, cette formation n’est pas suffisante. Mais, oui aussi, le secret d’une bonne formation c’est de donner du temps. La réforme en cours et contre laquelle il nous faut lutter de toutes nos forces est une aberration. Elle consiste à plonger directement dans le bain un jeune professeur sans qu’il n’ait jamais pratiqué le métier à petite échelle. C’est tout bonnement suicidaire.

 

Mais, on comprend bien la manœuvre : une belle économie tout d’abord puisque le ministère paiera le même salaire (plus une petite prime de début de carrière) un jeune titulaire qui fera 18 heures contre 8 aujourd’hui. Une manière de combler les vides crées par les suppressions massives de postes depuis 2 ans déjà et qui vont se poursuivre (13500 à la rentrée 2009). Un jeune titulaire corvéable à merci qui pourra aller boucher les trous dans plusieurs établissements la même année (6 heures par ci, 6 heures par là et encore 6 heures par là). Mais à quel prix !

 

Non, vraiment. Nous avons beau tourner cette réforme dans tous les sens, une seule question demeure : Comment peut on réformer aussi bêtement ? (1) Cette question devient un abîme de perplexité quand on sait que cette réforme est le fruit de la réflexion d'un ministre réputé intelligent et fin connaisseur de notre système éducatif.

 

Désormais, c’est une certitude : il y a bien au moins un poste à supprimer dans l’Education nationale : celui du ministre.

 

Max.

 

 


podcast
 Jacques Higelin, Crocodaïl

 

  

(1) Xavier Darcos a même osé prétendre, comble de la mauvaise foi, jeudi dernier sur RMC que "Aujourd'hui (...) les professeurs passent un concours, ils sont mis dans l'Institut de formation des maîtres, où on leur apprend des théories générales sur l'éducation et de temps à autre, ils vont remplacer un professeur absent. C'est pas comme ça qu'on forme des gens. Autrement dit, ils sont sans arrêt devant un simulateur de vol. Alors que dans le système que je propose, ils ne seront pas dans un simulateur de vol". Toute la démonstration faite ici vise à démontrer que c’est, bien sûr, le contraire qui va se passer.

24/01/2009

Quand le gouvernement redécouvre la proximité

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Rapprochez vous. Là. Rapprochez-vous encore un peu. Encore un petit peu. A droite. Oui, un chouilla à gauche maintenant. Voilà. C’est parfait. Merci beaucoup.

 

On se souvient de Nicolas Sarkozy décla-rant de manière définitive, en 2005, lorsqu’il officiait, place Beauvau comme mini-stre de la police, que « pour la mission [de prévention], il y a des éducateurs, la police est là pour arrêter les coupables ». On se souvient aussi, du candidat à son ultime élection déclarant qu’il voulait rétablir l’autorité contre l’assistanat. Car « l’assistanat c’est le contraire de la responsabilité parce qu’avec l’assistanat l’homme subit au lieu de vouloir ».

 

Or, nous assistons. Nous assistons actuellement à un retour des politiques de la proximité chères aux anciens gouvernements de gauche des années Jospin. Il suffit simplement de regarder de près deux récentes mesures pour s’en convaincre.

 

Michelle Alliot-Marie (MAM) a décidé d’essaimer, nous dit-on dans 20 minutes, les Unités territoriales de quartiers, les Uteq, partout en France. Ces unités, créées en 2008, regroupent des policiers pérennes qui, grâce à une formation spécifique auprès d’acteurs politiques et associatifs locaux, ont une meilleure connaissance du terrain et développent une proximité avec les habitants.

 

Xavier Darcos, quant à lui, a inventé cette semaine sa police de proximité éducative. Il appelle cela les « médiateurs de la réussite scolaire ». Mission : ramener dans les salles de classe les élèves absentéistes plus prompts à aller faire des économies et réussir les soldes qu’à aller faire de l’Economie et solder ainsi leurs études par un bel échec scolaire. Contrairement aux policiers de MAM qui devraient être, on l’imagine de jeunes fonctionnaires sortis de l’école de police, on ne sait pas exactement qui seront ces bleus qui iront frapper aux portes des élèves absentéistes. Des contrats aidés nous dit-on. Des précaires donc et jeunes. Seront-ils bien plus âgés que ceux qu’ils auront pour tâche de ramener vers la saine éducation de nos écoles de la République ? Peut-être eux aussi auront-ils droit à une formation spécifique auprès d’acteurs politiques et associatifs locaux. Avec un peu de chance auront-ils le loisir de croiser la nouvelle police de proximité et faire des échanges de fichiers et d’expérience ?

 

Ce soudain besoin de proximité éclaire deux conséquences des politiques menées depuis plusieurs années : à ne voir dans les services publics que des guichets multi fonctions on perd le contact avec les populations que l’on est censé servir et la qualité des services rendus s’est considérablement et très rapidement dégradée (Combien d’ « usagers » des transports parisiens savent-ils que les grèves paralysant la gare Saint-Lazare ont pour origine la réduction du nombre de postes et donc de trains ?)

 

13_tuiles.jpgToujours est-il que tout ceci est bien dommage. Depuis deux ans, le ministère de l’Education natio-nale s’emploie à supprimer des dizaines de milliers de postes dans nos éta-blissements scolaires. 33000 postes en moins auxquelles s’ajouterons les 13500 de la rentrée 2009. Autant d’adultes en moins dans nos écoles, collèges et lycées pour s’apercevoir au final qu’on a perdu le contact avec nos élèves les plus en difficultés. Il suffirait pourtant de recruter davantage de conseillers principaux d’éducation (CPE) dont le rôle est justement de s’occuper de la vie scolaire de nos établissements, des fonctionnaires expérimentés indispensables interfaces entre l’intérieur et l’extérieur. Ils feraient le travail, à eux seuls de dizaines de ces jolis médiateurs.

 

Le combat que mènent de nombreux professeurs des écoles refusant de suppléer à la suppression des professeurs spécialisés dans la difficulté scolaire, les fameux RASED, est exemplaire : supprimer des postes conduit à réduire le nombre d’adultes auprès des élèves, à uniformiser les missions de ceux qui restent. La qualité de l’enseignement dispenser ne pourra qu’en être réduite à son tour.

 

Mais, il est vrai que d’ici là, on aura démarré une nouvelle campagne électorale et le candidat à sa propre réélection pourra de nouveau avoir le verbe facile et déclamer

 

« Il est temps de dire non à ce formidable mouvement d'inversion des valeurs.

D'ailleurs, on voit où cela nous a menés.

Quand tout se vaut, plus rien ne vaut rien.

Quand il n’y a plus d’interdit, quand il n’y a plus de tabou, quand il n’y a plus de hiérarchie des valeurs, quand il n’y a plus de limite, quand il n’y a plus rien de sacré, alors il n’y a plus de liberté.
Parce que trop de liberté pour tous tue la liberté de chacun.

Parce que personne n’est libre quand personne ne sait plus ce qu’il peut raisonnablement attendre des autres.
Parce que lorsque tout est permis, plus rien ne l’est.

Parce que lorsqu’il n’y a plus de règle, plus de loi commune, plus de norme, plus de valeur partagée, il n’y a plus rien pour endiguer le mal qui est dans l’homme, pour canaliser la violence, les instincts, les pulsions, la loi de la force, la loi des bandes, la loi des voyous. » (1)

 

La grève générale du 29 janvier a trouvé ces derniers jours une nouvelle raison d’être.

 

Max.

 

(1) Discours de Nicolas Sarkozy à Perpignan, 23 février 2007

 

 

 

21/01/2009

Darcos sur le départ ! Début d'inventaire.

Difficile de dire si c’est l’annonce à peine masquée de son prochain départ de l’Education nationale qui me fait avoir cette faiblesse, mais, j’ai tout à coup envie de penser du bien de Xavier Darcos. Tenez, par exemple, cette idée de recruter 5000 agents pour lutter contre l’absentéisme scolaire dont le Parisien se fait l’écho et qu’il annoncera dans une interview au Figaro, ce jeudi. Le constat du ministre est juste : "De plus en plus d'élèves sont absents de manière régulière. Or, tout est lié. L'absentéisme mène au décrochage, qui conduit à l'échec scolaire, lequel mine l'insertion professionnelle et sociale des jeunes", "Et c'est lorsqu'un jeune n'est plus encadré, qu'il n'a plus de projet, qu'il peut être conduit à tous les échecs. L'absentéisme est un fléau, et les solutions actuelles pour y remédier ne fonctionnent pas",

 

Bien sûr on rétorquera que ces emplois sont des emplois précaires, que leur nom, probablement inventé par un de ces inutiles disciple de Jacques Séguéla, est ridicule (on les nommera les « médiateurs de la réussite scolaire »), que cette politique de la droite rappelle étrangement celle, vilipendée par le candidat Sarkozy, de la gauche (les célèbres grands frères, ces médiateurs de quartiers des années 80-90), que cette « interface entre l’école et les parents » entre en contradiction avec la haine de l’assistanat développée par le fringant self made man qu’est Nicolas Sarkozy, que ces emplois aidés ressemblent étrangement aux emplois jeunes de l’époque Jospin-Allègre.

 

Mais bon. Reconnaissons à Xavier Darcos, cette volonté de prendre de front chaque problème qui se pose et de lui apposer, en face, une solution, même fragile, même approximative. On ne peut pas dire qu’il n’essaie pas.

 

Alors pourquoi cette fracture entre le ministre et les personnels de l’Education nationale ? Ces maudites suppressions de postes bien sûr (13 500 encore pour la rentrée 2009). On ne peut pas vouloir réformer et en même temps « dégraisser ». Xavier Darcos s’est pris les pieds dans cette nasse qu’est le « terrorisme de la dette » tant exploité pendant l’élection présidentielle (souvenez-vous de ces émissions avec en image de fond le compteur de la dette qui défilait). Comment négocier de manière constructive une réforme avec des organisations syndicales auxquelles vous annoncez en même temps qu’elles vont voir les personnels qu’elles défendent se réduire de manière drastique ?

 

Et le mépris à l’égard des personnels l’emporta trop souvent sur le dialogue. En somme, il nous a manqué un « médiateur de la réussite [de la réforme] scolaire ».

 

Max.

18/01/2009

Xavier Darcos contre les syndicats : veillée d’armes en attendant le 29 janvier

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Nous le savons déjà, le gouvernement n’aime guère les syndicats qui s’opposent à sa politique. Xavier Darcos ne déclarait-il pas, en novembre dernier, quelques jours avant la grande manifestation qui allait le convaincre deux semaines plus tard de renoncer à sa « réforme » incompréhensible du lycée : les syndicats de l'Education nationale "dont la fonction principale est la résistance au changement", estimant qu'"organiser de manière systématique" des grèves comme "réponse aux problèmes de l'école" était "démodé". Il ajoutait : "J'ai envie de dire à ceux qui font la grève qu'il faut qu'ils fassent attention parce que le monde, la France avancent plus vite que les cortèges". Pour lui, "organiser de manière aussi systématique et si répétitive comme réponse aux problèmes de l'école des protestations, des refus (...) est une (façon) démodée d'aborder les problèmes".

 

Les syndicats, donc, ne seraient pas représentatifs : "Par définition, depuis que nous organisons le travail à l'éducation nationale, il y a une résistance des appareils qui n'est pas celle des professeurs. Les professeurs méritent mieux que d'avoir des syndicats dont la fonction principale est d'organiser la résistance au changement comme si le monde ne changeait pas autour de nous". (Source: Le Figaro)

 

 

Problème : début décembre, ces mêmes syndicats, organisateurs des grèves, remportaient près de 90% des voix aux élections professionnelles avec un taux de 64% de participation. Camouflet. Les syndicats sont bien représentatifs et même massivement représentatifs. Nous avions donc appris à ignorer le ministre sur ce point...

 

Irresponsables et coupables

 

A l’approche de la prochaine mobilisation du 29 janvier, Xavier Darcos doit changer de stratégie : les syndicats ne sont plus peu représentatifs, ils sont irresponsables (1).

 

Les « évènements » de la gare Saint Lazare lui en donnent l’occasion rêvée. Nicolas Sarkozy a lancé le premier, en milieu de semaine dernière, l’offensive :

 

"J'ai du respect (pour les syndicats), ils jouent un rôle irremplaçable et nous devons les encourager à développer leur représentativité. Mais, en tant que président de la République, je ne peux pas accepter qu'une organisation syndicale irresponsable casse le service public et bafoue l'intérêt des usagers du service public en fermant la deuxième gare de France, sans prévenir personne, en se moquant des intérêts des usagers".

 

Xavier Darcos lui a donc emboîté le pas aujourd’hui sur Europe 1 : "Evitons que les écoles soient des petites gares Saint-Lazare partout" a-t-il déclaré.

 

Le message est clair : une école fermée du fait de la grève sera le fruit de l’irresponsabilité des syndicats et des enseignants grévistes.

 

Olivier Besancenot a bien raison d’affirmer que "Nicolas Sarkozy est mal placé pour parler [du service public, ndlr]. Lui et son gouvernement passent leur temps à démanteler le service public, que cela soit les transports ferroviaires, la santé, la Poste… Partout il y a des suppressions d'emplois. Les vraies raisons du conflit à Saint-Lazare sont là." (…) "Les grévistes ne sont pas responsables de la situation ! Pendant trois semaines, la direction a refusé de négocier. Je comprends la colère des usagers. Mais ça ne retire rien à ma solidarité avec les grévistes. Les cheminots ne luttent pas pour des droits corporatistes mais pour que les services publics fonctionnent bien."

Et de conclure : "Nicolas Sarkozy a une volonté : taper fort sur tous ceux qui contestent (...) Le gouvernement veut faire des exemples car il a peur de l'extension des conflits, de la jonction entre grévistes (...) Nicolas Sarkozy essaie de criminaliser le mouvement social."

 

Tout a été dit ce week-end.

 

Max.

 

(1) Le post.fr dont sont issues les citations suivantes se fait l'écho des dernières déclarations en la matière.

 

PS: l'illustration du début est une improvisation à partir d'une affiche de la SNCF sur ses tarifs dégressifs ("difficile de passer à coté")

16/01/2009

Xavier Darcos veut sauver la filière textile

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Pauvre Xavier Darcos. Rien. Il n’a rien eu. Xavier Bertrand. Promu. Brice Hortefeux. Promu. Eric Besson. Rendez vous compte : Eric Besson. Promu.

 

Et Xavier Darcos ? Rien. Pas promu.

 

Alors, notre ministre a ressorti son petit calepin à idées géniales. Il y avait déjà puisé le code de vie scolaire et les médailles. Sur une vieille page jaunie, il vient de remettre la main sur l’uniforme. Que tout cela fleure bon l’école à papa.

 

Bon. Me voilà bien méchant. Après tout, certains s’exclameront :

 

« Enfin des Ministres dignes de ce nom (oui à l'uniforme) qui essaient de reprendre le terrain perdu par les nostalgiques et irresponsables soixante-huitards attardés qui on amenés cette jeunesse là où elle est. Il est interdit d'interdire qu’ils disaient même les couteaux arrivent en classe à quand les fusils et je ne parle pas des petits menteurs qui poussent les enseignants au suicide. Bravo messieurs les Ministres continuez à mettre de l'ordre. »

 

Ou encore :

 

« Totalement pour l'uniforme à l'école et ce jusqu'au lycée! Plus de railleries parce qu'on n'a pas les dernières Nike ou autres Lévis 501 !! Les petits caïds perdront de leur "pouvoir" dans les cours d'écoles, car on ne les remarquera plus avec leurs fringues tombées du camion flambant neuves, et les jeunes dont les parents ne peuvent pas se permettre d'acheter une paire de grole à 100 euros (!), ne se sentiront plus lésés. Je ne suis pas "copain" avec l'armée, mais je pense que le principe de l'uniforme peut être un bonne direction pour rappeler à certains ce à quoi sert l'école! Evidemment, les fabricants des marques, vont crier au scandale ! mdr je vois ça venir gros comme une maison. » (1)

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C'est les soldes. Courez achetez votre uniforme !

 

Mais au-delà de ce débat vieux comme la République, il semblerait bien que, voulant bien faire, Xavier Darcos ait commis une petite bourde.

 

Ce n’est pas moi qui le dis. C’est Nicolas Sarkozy. Le 16 décembre dernier, dans son discours sur l’égalité des chances à l’Ecole polytechnique. Si si. L’Ecole polytechnique.

 

« Depuis trop longtemps nous trahissons l’idéal républicain en proclamant notre attachement à une République formelle sans nous soucier de construire la République réelle.

 

Il n’y a pas de République réelle sans volontarisme républicain.

 

Il n’y a pas de République réelle sans la volonté de corriger les inégalités, en traitant inégalement les situations inégales.

 

On ne peut progresser vers l’égalité réelle qu’en s’attaquant à la fois aux causes et aux conséquences des inégalités, des injustices, des discriminations. »

 

Ainsi (pour redevenir un peu sérieux) nous voilà face à un gouvernement qui prône tout et son contraire, qui déclame son amour de la diversité et mais invite à l’uniformité, qui discoure sur la république réelle mais court après une république formelle. Comment s’y retrouver.

 

Effectivement, la République doit avoir la volonté de corriger les inégalités, s’attaquer aux causes et conséquences des inégalités à condition … de ne pas en être la cause. Les premières études commencent à tomber : l’assouplissement de la carte scolaire aurait un « effet inverse » à l’objectif de mixité.

 

Uniforme ! Cachez ces inégalités que je ne saurai corriger…

 

 

 

Max.

08/01/2009

Xavier Darcos veut faire parrainer les élèves par des entrepreneurs

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On le sait, le renard symbolise depuis longtemps la ruse et l'habileté : de fait il agit avec perspicacité, pouvant revenir par exemple sur ses propres traces s'il est chassé. Mais à l'inverse, il peut se montrer très imprudent en passant sans s'arrêter devant des cachettes sûres.

On le sait aussi, Xavier Darcos est un vieux renard. On se doute bien qu’ayant échoué, pour l’heure, sur sa réforme du lycée, il pourrait bien revenir sur ces propres traces.

Alors, on guette. On se dit que le vieux renard n’a pas dit son dernier mot. Question de fierté d’abord. Comment un as de la réussite selon son entourage politico médiatique, ce proche du Président qui se verrait bien Premier ministre, ce spécialiste de la démographie enseignante (il a bien compté, rendez-vous compte : 12 élèves par classe en moyenne), bref, comment ce beau résultat de la politique du résultat pourrait-il en rester sur un tel échec ?

Question d’idéologie ensuite. « Qui peut contester que l'ouverture à la concurrence a totalement changé le visage du service public des télécommunications, amélioré la qualité du service, enrichi l'offre, réduit les prix, développé l'innovation ? » (1) déclarait le maître lorsqu’il se préparait à devenir le grand chef. « Qui pourrait contesté que ce qui se fait dans certains services publics ne pourrait se faire dans d’autres services publics ? » pourrait bien se dire le disciple.

Question de politique politicienne enfin. En Sarkozie, si on ne bouge plus, si on se tait, c’est qu’on est mort.

Exemple, ces jours-ci.

Les Sciences économiques et sociales (SES) sont en sursis. La réforme reportée (avortée ?) du lycée prévoyait dans sa première ébauche leur éclatement. Depuis plusieurs années, certains lobbies, comme l’Institut de l’Entreprise, appuyés par le MEDEF et proches du ministre, poussent à la création d’une discipline qui se concentre quasi exclusivement sur l’entreprise, réduisant à la portion congrue les enseignements macroéconomiques jugés trop critiques vis-à-vis du capitalisme, producteur de richesses certes (et encore) mais d’inégalités et d’injustices aussi. Cachez donc ces défauts, ces défaillances que nous ne saurions voir. D’alternative il ne peut y avoir. Réguler, moraliser, humaniser, réformer seraient-ils des verbes à proscrire du bon discours du bon entrepreneur et surtout du bon futur salarié ?

Mais patatras. Mi décembre déjà, Xavier Darcos recule sur la réforme des SES. Il n’y touchera pas, foi de vieux renard qu’il est. Mieux encore, de Jérusalem où il est en visite, sentant une Intifada bien française monter tout doucement aux portes des lycées, Xavier Darcos, recule de nouveau. La réforme du lycée sera pour 2010.

Et puis, silence radio.

Jusqu’à aujourd’hui, 7 janvier. Communiqué de presse de Xavier Darcos 

« Xavier Darcos, ministre de l’Éducation nationale, et Hervé Novelli, secrétaire d’État chargé des P.M.E., signent avec l’association 100 000 entrepreneurs une convention visant à organiser des parrainages de classes de collèges et lycées par des entrepreneurs.

Cette signature a lieu lors d’un événement organisé pour l’occasion en partenariat avec le Codice (2) (Conseil pour la diffusion de la culture économique) : une classe de la cité scolaire Voillaume d’Aulnay-sous-bois est accueillie chez Pixmania, pour une visite de l’entreprise et un échange avec les fondateurs de l’entreprise.

(…) 100 000 entrepreneurs est une association d’intérêt général fondée par Philippe Hayat en 2006, visant à transmettre aux jeunes la culture d’entreprendre. A ce jour, plus de 1500 entrepreneurs y sont inscrits ; 30 000 jeunes ont reçu leur témoignage. Une centaine de parrainages a déjà été organisée. »

Jusque là, cela semble plutôt anodin.

Mais qui est Philippe Hayat et quel est l’esprit de son association ?

Sur le blog de l’association, il se présente et nous dévoile ses intentions :

Plus loin encore, il est encore plus précis dans un billet du 15 décembre intitulé « De l'enseignement de l'économie à l'école »

 

« Quelle économie faut-il enseigner ? Cette question reste en suspend, parce qu’elle est sans doute la plus idéologique de toutes. Jusqu’à présent, les sciences économiques et les sciences sociales sont mêlées au sein d’un même programme. L’analyse des mécanismes économiques par le seul prisme social présente des risques de dérapage idéologique. Sans doute faudrait-il isoler, dans le nouveau programme de seconde,  un module spécifique de « sciences de l’économie » (et pas seulement « sciences de la société » tel qu’il est prévu), expliquant les mécanismes économiques fondamentaux et permettant aux élèves de mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent. »

 

Comment conclure ?

 

On le sait, le vieux renard Xavier Darcos symbolise depuis longtemps, en Sarkozie, la ruse et l'habileté : de fait il agit avec perspicacité, pouvant revenir par exemple sur ses propres traces si une réforme est rejetée.. Mais à l'inverse, il peut se montrer très imprudent en pensant qu’il pourrait nous faire des petites cachotteries.

 

Max.

 

 

(1) Les paroles s’en vont mais les écrits restent : discours de Nicolas Sarkozy à la convention UMP sur le service public, le 7 juillet 2005.

(2) Le Conseil pour la diffusion de la culture économique (Codice) a été créé il y a deux ans par le ministre chargé de l’Économie, puis renouvelé récemment par Christine Lagarde. Ce Conseil, composé de personnalités du monde de l’économie, de l’éducation et des médias, est chargé de proposer des actions concrètes de diffusion de la culture économique et du monde professionnel.

 

15/12/2008

Xavier Darcos est en Israël mais le mur des Lamentations serait en France

darcos_murdeslamentations.JPGXavier Darcos est au pied du mur. Mais de quel mur s'agit-il ?

Hier, en visite à Jérusalem, Xavier Darcos s’interrogeait. Aujourd’hui à Ramallah, il a tranché : la réforme du lycée est reportée.

Sont-ce les souvenirs des intifada palestiniennes ou bien les déboires monumentaux des gouvernements qu’il visite qui l’ont inspirés ? Est-ce la crainte de voir ne rester du temple qu’est l’Education nationale en France qu’un mur des Lamentations où parents, élèves et enseignants viendraient rituellement pleurer leur école publique perdue ? On s’interroge. Mais de toute évidence un déclic s’est produit.

Le Parisien de ce matin, bien informé apparemment, semblait annoncer ce qui s’est finalement produit : « Dans l’entourage du ministre, on se demande même si cette réforme n’est pas allée trop vite et on s’interroge sur l’opportunité d’un report ». C’est donc fait depuis ce matin.

Tous nos médias se préoccupent des raisons de ce recul. Peur des lycéens dont les manifestations et blocus se sont multipliés cette dernière semaine laissant craindre des débordements à la grecque ?

Nous allons sans doute entendre et lire que la droite a toujours eu peur de l’Ecole depuis 68, Devaquet, le CPE.

Mais il existe peut-être une autre raison qui tient en Xavier Darcos lui-même : cet homme qui confiait pourtant au printemps dernier, dixit Le Parisien, « je vais tout faire pour concentrer le tir sur moi, je vais offrir mon corps à la science », ne peut plus être crucifié aujourd’hui.

Un trésor pareil, il faut le ménager.

Le Parisien fait un de ses titres là-dessus : « Xavier Darcos, le ministre sécurisant ». le portrait qui nous est dressé pourrait presque nous en convaincre. « Bon soldat » du gouvernement, « Premier ministrable », éteignant des incendies qui menaçaient de s’allumer, « jouant l’apaisement », « s’excusant » même. On lui promet un petit Matignon avec l’Education, la Culture, l’Enseignement supérieur et la Formation professionnelle »

Michelle Alliot Marie usée, Dati bunkerisée, Rama Yade atomisée, Hortefeux ultra-droitisé, Bertrand remisé (à l’UMP pour préparer l’après Fillon et 2012), il ne reste bien que Xavier Darcos pour faire bonne figure dans ce gouvernement.

Il ne faut pas perdre de vue le contexte: la crise économique et sociale qui se profile et un Nicolas Sarkozy qui redevient simple petit président français le 1er janvier. Fini le grand leader européen au secours de la finance mondiale et des géorgiens opprimés. Retour à la case France. La leçon grecque est sans doute en train d’être tirée : à ne pas savoir arrêter les incendies quand ils démarrent, un gouvernement fini par se faire immoler.

Les coupes sombres dans le budget de l’Education nationale, le vent de colère qui monte depuis nos écoles primaires font craindre le pire. La grève massive (70% dans le primaire) du 20 novembre a non seulement rendue inapplicables la loi sur le service minimum mais reçu un écho très favorable au sein de la population et des parents d’élèves notamment. Rajoutez les lycéens à cette grogne qui monte et c’est une révolte qui pourrait poindre.

Xavier Darcos est la roue de secours du gouvernement. Son assurance-vie. En cas de malheur (une crise par exemple avec un fort taux de chômage à l’horizon 2010-1012), le travail de Xavier Darcos pourrait permettre, grâce à une bonne campagne de communication, de façonner l’image d’un président qui a su, malgré les circonstances, réformer la France.

Nous avons raison de ne pas baisser la garde : l’école est un enjeu énorme.

 

Max.

13/12/2008

Mais qu'a donc (dé)fait Xavier Darcos ?

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Il y a quelques jours, notre hôte, 20 minutes s’essayait courageusement à l’exercice complexe de décryptage des griefs qui s’accumulent en direction de Xavier Darcos, encore ministre de l’Education nationale. « Mais qu’a donc fait Xavier Darcos ? » s’interrogeait Catherine Fournier dans son article. C’est qu’effectivement, il y a péril en la demeure. Chez les profs et leurs élèves, bien sûr (nous y reviendrons) mais aussi dans les médias (les hordes grecques vont-elles déteindre sur nos jeunes têtes blondes hexagonales ?) et chez nos gouvernants qui font preuve d’une certaine nervosité ces temps-ci (l’ultra gauche française n’est-elle pas devenue notre Hezbollah ?)

 

Bref, ça bougeotte un peu partout et quand on sait que l’année 2009 sera pire que le dernier trimestre 2008 (C’est Carlos Ghosn, PDG de Renault-Nissan, qui le disait jeudi soir à Arlette Chabot), tout-ce-qui pense-et-ce-qui-décrète dans le pays à de quoi se faire quelques soucis.

 

Alors, bien sûr, en ce moment, être ministre ce n’est pas simple. Bilan en perspective car remaniement en vue. Et s’il y en a bien un qui joue gros, c’est Xavier Darcos. Le ministre « une idée par jour », parfait sarkoziste dans le fond comme dans la forme se verrait bien Premier ministre. Mais pour y parvenir, il lui faut gagner ses galons de maréchal : ressembler au Maître. De ce point de vue, Xavier Darcos fait presque un sans faute. Reste l’opinion : tolérera-t-elle d’avoir deux Sarkozy en même temps ? Rien n’est moins sûr.

 

A notre tour, essayons nous au décryptage de la feuille de route de Xavier Darcos.

 

Postulat n°1 : en tout bon sarkoziste sommeille un réducteur de tête

 

Catherine Fournier nous le dit dans son article de 20 minutes : en deux ans, 25000 postes supprimés (11200 à la rentrée 2008, 13500 prévus à la rentrée 2009). Mais ceci n’est que la face émergée de l’iceberg. En effet, un certain nombre d’autres mesures mise en œuvre dès cette année conduiront à réduire considérablement le budget du Ministère de l’Education nationale : la fin de l’aide spécialisée dans le primaire, l’étranglement des associations d’aides aux devoirs, la fin de l’école le samedi matin, une année en moins pour le bac pro (il fallait 4 ans pour le décrocher, 3 suffiront), le relookage de la seconde qui conduira à la suppression de 2 à 3 heures de cours hebdomadaire, l’allègement de la formation des futurs professeurs des écoles (la formation en alternance est remplacée par un simple stage). A cela s’ajoute, l’idée, pour l’heure retoquée, de remplacer la petite section de maternelle par de simples jardins d’éveil.

On le voit, en 2008/2009, c’est l’école primaire qui a été l’objet de toutes les attentions du ministre. De nouveaux programmes, plus lourds, recentrés sur le français et les mathématiques sont venus parfaire ce tableau… noir. En 2009/2010, ce sera au tour du lycée. Dans quelques jours le projet définitif de réforme sera dévoilé.

 

Postulat n°2 : en tout bon sarkozyste sommeille un juge anti-terroriste.

 

C’est bien connu : le ministère de l’Education nationale est un repère de vieux crypto-trostko-marxistes. Xavier Darcos a ainsi développé une allergie aux syndicats. Pour éradiquer ces germes d’ultra-gauchistes, il est des mesures très simples que notre ministre s’est empressé de mettre en œuvre : la surveillance de l’opinion pour identifier les dangereux opposants, les projets (qui devraient finalement avorter) de faire éclater les Sciences Economiques et Sociales au lycée dont les professeurs sont suspecter d’être les propagandistes de l’antilibéralisme et de mettre sous contrôle politique les programmes d’histoire.

 

Postulat n°3 : en tout bon sarkoziste sommeille un Homme nouveau

 

Car combattre n’est pas suffisant, il faut inventer un Nouveau Professeur bien sous tout rapport. Certains l’appellent le flexiprof. Peu à peu, il nous apparaît plus nettement. En cours d’élaboration, un nouveau système de mutation des enseignants. Mais déjà il semble que quelques expérimentations aient lieu : le rectorat de Bretagne affecte des professeurs à des postes de conseillers d'orientation-psychologues. Ou dans l’académie de Lille, des profs de génie électrique en lycée professionnel qui se retrouvent à enseigner la technologie en sixième et ceux de lettres modernes contraints de « garder » les enfants dans les centres de documentation et d'information (CDI). A Marseille, on recrute les profs par… petites annonces.

 

Le flexiprof fonctionne aussi au mérite. Là aussi un avant goût avec cet accord rendu public mi octobre et prévoyant des hausses de primes pour les personnels du ministère de l'Education nationale en contrepartie de 1.700 suppressions d'emplois en trois ans.

 

Postulat n°4 : en tout bon sarkoziste sommeille un ministre … de l’Intérieur

 

L’expérimental (et pour cause) département des Hauts de Seine expérimente depuis quelques années les policiers dans les établissements scolaires. Xavier Darcos prend soin tout doucement de généraliser cette brillante invention britannique. Extérioriser la gestion de la vie scolaire. Mais pour cela, il faut changer les règles : voilà le code de la vie scolaire qui prépare si bien le travail de Rachida Dati au ministère de la Justice.

 

Voilà. Les raisons de la colère existent. Elles ne sont pas mineures. Nous sommes loin des revendications classiques sur les salaires ou sur les retraites. Difficile de dire si nous allons vers une marchandisation de l’Education comme certains l’avancent déjà. L’interrogation est en tout cas légitime : la suppression progressive de la carte scolaire semble creuser davantage les inégalités entre établissements et le projet d’évaluation des élèves de CE1 et CM2 laisse craindre une mise en concurrence des écoles, ce qui serait un facteur aggravant.

Ce qui est sûr, c’est que l’école des années 2010, si rien ne change, sera une école à bas coûts, sur contrôlée, aux personnels flexibles et à multiples vitesses.

 

Il y a de quoi manifester non ?

 

Sinon que faire ? Il y a bien une solution mais…

 

« Ayant mûrement réfléchi ayant pris votre courage à eux mains vous vous décidez à aller trouver votre chef de service pour lui demander une augmentation vous allez donc trouver votre chef disons pour simplifier car il faut toujours simplifier qu’il s’appelle monsieur xavier c’est-à-dire monsieur ou plutôt mr x donc vous allez trouver mr x là de deux choses l’une ou bien mr x est dans son bureau ou bien mr x n’est pas dans son bureau si mr x était dans son bureau il n’y aurait apparemment pas de problème mais évidemment mr x n’est pas dans son bureau vous n’avez donc guère qu’une chose à faire guetter dans le couloir son retour ou son arrivée mais supposons non pas qu’il n’arrive pas en ce cas il finirait par n’y avoir plus qu’une seule solution retourner dans votre bureau et attendre l’après-midi ou le lendemain pour recommencer votre tentative mais chose qui se voit tous les jours qu’il tarde à revenir en ce cas le mieux que vous ayez à faire plutôt que de continuer à faire les cent pas dans le couloir c’est d’aller voir votre collègue mlle y que pour donner plus d’humanité à notre sèche démonstration nous appellerons désormais mlle yolande mais de deux choses l’une ou bien mlle yolande est de bonne humeur ou bien mlle yolande n’est pas de bonne humeur supposons pour commencer que mlle yolande… » (Georges Perec, l’art et la manière d’aborder son chef de service pour lui demander une augmentation,

 

Combien de temps allons nous reculer pour ne jamais sauter ?

 

 

Max.

 

 

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P.S.:C'est essentiellement grâce aux formidables revues de presse quotidiennes de Philippe Watrelot, sur son site Chronique Education, que j'ai pu rassembler les nombreux articles de presse en lien dans ce billet.

08/12/2008

L'art d'apprendre à ignorer

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L’art d’apprendre à ignorer. C’est le titre d’un ouvrage, paru en 2000, de notre ministre du mépris.

 

Bien sûr le sujet portait sur cette « fabrique de crétins » que serait devenue l’école pour tous les milieux conservateurs.

 

Toutefois, on ne peut s’empêcher de sourire à l’idée qu’en matière d’ignorance, Xavier Darcos est lui aussi un bel artiste.

 

Que disait ce temple du savoir qu’est Xavier Darcos au moment où les syndicats mobilisaient contre sa politique, le 20 novembre dernier ?

Qu’ils n’étaient plus en phase avec les enseignants. Que la France et le monde avancent plus vite que les cortèges.

Ce genre de sornettes.

 

Et bien, la semaine qui vient de s’achever témoigne du contraire. Un exemple : les résultats des élections professionnelles qui se sont déroulées la semaine dernière :

 

Certes, certes. Les élections professionnelles dans le secteur privé ont nettement moins mobilisées : 25,5 % de participation, une bonne partie des abstentionnistes estimant sans doute que  Nicolas Sarkozy ou Xavier Bertrand sont de meilleurs représentants syndicaux…

 

Mais à y regarder de près, ce chiffre global n’a pas beaucoup de sens et relève donc de l’art d’apprendre à ignorer la réalité.

 

Prenons le milieu enseignant du secondaire, puisqu’il nous concerne :

 

64,4 % de participation aux élections professionnelles du 5 décembre. En hausse de plus de 3 % par rapport à 2005 (source Ministère de l’Education nationale). Autant que l’élection américaine jugée historique du point de vue de la participation précisément, émerveillant comme jamais tous nos beaux journalistes de salon.

 

Quelles leçons tirer de ces élections ?

 

  1. Même si le taux de syndicalisation est en baisse, il ne signifie pas une remise en cause de leur représentativité. Le problème qui est posé est donc davantage leur financement dont dépendent leurs moyens d’action.
  2. La volonté de tous les syndicats de s’opposer aux mesures du ministre est validée par une grande majorité des personnels. N’en déplaise à Xavier Darcos, les grèves et manifestations de ces derniers temps sont bien le signe du ras le bol enseignant face à sa politique de démontage en règle de l’Education nationale.
  3. Là où les personnels sont organisés, représentés, la mobilisation est forte.

Et pourtant il reste du travail pour faire entendre ces vérités-là.

 

Comme l’ont repéré certains observateurs aguerris (1) : « La presse de service public radio et télévision s’est comportée de façon à banaliser le vote et à encourager l’abstention. Un vrai tam-tam pro abstention ! Ce fut le cas pour France inter, qui le matin même n’informe pas sur le vote mais sur le “probable taux d’abstention”. Toute la communication des plus grands médias était orientée sur l’abstention y compris les rares spots télévisés. Sans omettre Le Figaro qui, la veille, explique que le scrutin coûte 90 millions et qu’il vaut mieux le supprimer vu qu’il n’y a pas de participants ce qui est le point de vue explicite du Medef et de la droite. »

 

La première leçon de ces élections est peut-être bien que nous apprenons peu à peu à ignorer... Xavier Darcos et ses acolytes.

 

Max.

 

(1)   Gérard Filoche, « Nette progression des syndicats combatifs en dépit de l’abstention organisée par le pouvoir », in Démocratie et socialisme, décembre 2008

 

 

 

 

Ajout du 8 janvier: Vu sur Rue89

Photo: dans la manifestation parisienne des lycéens (Jacky Naegelen/Reuters)

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11/11/2008

Sarkozy dans la tranchée de Verdun: "Allez-y les gars, continuez à vous battre !"

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90 ans que la Première Guerre mondiale est finie.

Tout a été vu, dit, minutieusement analysé, étudié. Le dernier poilu nous a quitté au mois de mars. Nous sommes donc désormais seuls face à cette histoire sans personne pour nous y raccrocher directement. On pourrait croire que la leçon a pu en être tirée.

Hélas non. Le discours de Nicolas Sarkozy, aujourd’hui, à Douaumont, là même où des centaines de milliers de soldats sont morts dans une bataille, celle de Verdun, effroyable, est un chef d’œuvre de non sens, de négation de ce que pourrait être la leçon de l’Histoire.

Et c’est grave.

Pourtant, comme pour lui indiquer le chemin à suivre, en éclaireurs, deux lettres de soldats ont été lues juste avant son discours. La première de René Pigeard à son père parle de l’abrutissement auquel conduit la guerre, « les obus, les tranchées, les lambeaux de chair et le sang qui éclabousse ». La seconde, de Georges Duhamel à son épouse évoque la paix retrouvée, « le 11 novembre 1918, journée de gaîté grave. Les cloches sonnent dans les villages. Le champagne est offert aux blessés ».

90 ans que la Première Guerre mondiale est finie et son message est pourtant clair, net et précis : la guerre est absurde car elle renvoie l’homme à la barbarie, au fond des âges dont nous avons mis des millénaires à nous extirper. L’homme civilisé ne peut être un guerrier.

Le message est clair et Nicolas Sarkozy a choisi de l’ignorer. Tout son discours évoque l’honneur du combattant. L'honneur vaut bien l'horreur. La guerre peut donc être honorable. On devine bien sûr qu’un président qui met ses pas dans celui des faucons de Washington, qui décide au nom des descendants de poilus d’envoyer davantage de troupes dans la guerre sans fin d’Afghanistan, de bombarder le Tchad ou la Côte d'Ivoire pour mieux assurer son pouvoir à quelques dictateurs sanguinaires, ne peut admettre que la guerre est inutile. Ce serait se renier.

Au-delà du fait qu’à force de renier les leçons de nos erreurs passées on s’accommodera de l’oubli davantage que de la mémoire, l’épisode doit nous mettre en éveil pour autre chose. Dans la précédente note, j’évoquais la confusion entre histoire et mémoire et l’idée de Xavier Darcos de confier l’éléboration des grandes lignes de nos programmes d’histoire aux parlementaires. Nous avons là la preuve de la dangerosité d’un tel projet qui consiste à trafiquer la mémoire collective à coup d’émotions pompeuses au dépend d’une histoire dont le but est avant tout de porter un regard critique (et la critique n’est pas forcément négative) sur notre passé et de prendre du recul par rapport aux émotions passées et présentes.

Le poète Charles Péguy partant à la guerre en 1914, la fleur au fusil, comme beaucoup d’autres ne le faisait pas dans le seul but de laver un honneur. « Je pars soldat de la République, nous dit-il, pour la dernière des dernières, la paix universelle et le désarmement général ». Hélas pour lui et pour nous, la République n’a été ensuite capable que d’élire des Nicolas Sarkozy.

Alors pour nous convaincre de la bêtise de ce dernier, écoutons les derniers témoins de cette guerre aujourd’hui tous disparus. Tous sont une leçon pour l’avenir. Attardez vous sur le second de cette vidéo. Celui de Ferdinand Gilson, 106 ans lors de l’entretien. Il nous donne la clé : « En toute chose, il faut considérer la fin : l’union franco-allemande ». Mais où était donc Angela Merkel ?

04/11/2008

De la confusion entre histoire et mémoire (1)

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En cette période de crise en thème, il est des sujets qui passeraient presque inaperçus.

 

Par exemple, Brice Hortefeux. Et bien, et si c’était ce type là qui, avec d’autres de ses copains, écrivait les programmes d’histoire ? La question pourrait paraître saugrenue, mais, hélas, elle ne l’est pas.

Mardi dernier, Xavier Darcos s’était demandé devant la mission d'information sur les questions mémorielles si le Parlement ne pourrait pas prescrire «ce qui doit être enseigné» aux élèves dans des matières sensibles comme l'Histoire.».

Interrogé par 20 minutes, un conseiller du ministre de l’Education nationale confirmait que même si le ministre « considère que c'est aux historiens et eux seuls d'écrire l'Histoire qui est ensuite déclinée, traduite, dans les programmes (…)  Nonobstant, Xavier Darcos, considère que le Parlement peut être consulté sur les programmes, comme ce fut le cas pour les programmes du primaire».

Face à ce nouvel écran de fumée d’un ministre coutumier du sort, on peut se demander si, cette fois-ci, on ne joue pas avec le feu. C’est le sens du propos de Jacques Portes, représentant de l'Association des professeurs d'histoire géographie (APHG), interviewé par le JDD.fr :

"Il y a une confusion totale entre histoire et mémoire", a-t-il attaqué. La mémoire est une question d'émotions, individuelles ou collectives, l'histoire a une vocation scientifique et neutre, démarquée des revendications mémorielles. Sur les questions d'histoire, le Parlement a toujours imposé des mesures sous la pression de lobbies mémoriels. Dire qu'il définirait les sujets à traiter est totalement aberrant. Sous prétexte d'éteindre les débats politiques, on va les exacerber”. Et il alerte en s’appuyant sur les exemples étrangers “ On risque la cacophonie ou une dérive vers des dangers extrêmes, parmi lesquels les revendications communautaristes ou politiciennes. Aux Etats-Unis, les autorités fédérales décident des programmes: certains y défendent que le créationnisme est une science. C'est gravissime."

Le Monde rappelle utilement comment les programmes sont construits aujourd’hui. Ce sont des experts, à la fois universitaires et enseignants du second degré qui les réalisent en s’appuyant sur l’état des savoirs. La proposition de X. Darcos remet en cause cet équilibre.

Bon voilà pour les faits et déclarations. Pour se faire peur et voir ce que cela pourrait donner. Il suffit d’aller voir parmi les brillants collègues de Xavier Darcos au sein du gouvernement.

Il s’appelle Brice Hortefeux, ci-devant Ministre des 3I (Immigration, Intégration et Identité nationale). Il organise hier et aujourd’hui, une conférence européenne sur l’intégration à Vichy. Face aux critiques (le fait que l’organisateur des rafles d’étrangers d’aujourd’hui organise une conférence là où ont été décidées les rafles de juifs hier n’est pas un symbole des plus adroits), le collègue de Xavier Darcos avait répliqué, en juin dernier :

« La conférence, on va la faire à Vichy. (…) Il y a un avantage : c’est qu’il y a l’infrastructure, mais aussi, il y a tout le passé et honnêtement, on en a raz le bol de cette histoire du passé [de Vichy]. On ne va pas condamner une ville sous prétexte qu’il y a 60 ans, il y a eu… »

 

Voilà. Les écrans de fumée de Darcos cachent de vrais incendiaires.

 

Et ça fait peur.

 

 

Max.

 

 

PS : La suite dans le prochain billet ou comment on nous prépare le terrain depuis quelques temps déjà…

12/10/2008

C’est la crise à Wall Street ? Supprimons les S.E.S. au lycée !

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Sans doute Nicolas Sarkozy, Jean-François Copé ou encore Rachida Dati n’auraient jamais viré vers le marxisme s’ils n’étaient pas passés, au lycée, par la filière économique et sociale.

Sans doute Arthur et Jean-Luc Delarue ne seraient pas devenus les défenseurs acharnés et exemplaires de l’audiovisuel public s’ils n’avaient pas décroché leur Bac Eco.

C’est certain, Jerôme Kerviel, ex-trader à la Société Générale venu, il y a quelques mois, en éclaireur de la crise qui nous agite, ne serait pas aujourd’hui l’archétype du gentil petit comptable que nous connaissons s’il n’avait pas été séduit par les théories gauchisantes de ses professeurs d’économie. (1)

 

Xavier Darcos le répète à l’envi : les Sciences Economiques et Sociales (SES) seraient un des derniers avatars des théories marxistes, une anomalie dans une Ecole que, il est vrai, le ministre s’attache à libéraliser.

 

Car, comme tout responsable (mais pas coupable) politique qui se respecte, Xavier Darcos a sa réponse à la crise sur laquelle nous spéculons aujourd’hui.

Accusé par de nombreux lobbies anti-SES, comme l’Institut de l’Entreprise, de dévaloriser l’entreprise, de consacrer l’essentiel de sa pédagogie à critiquer le capitalisme (les inégalités sont elles pure invention ?), de mettre à jour ses dérives (la spéculation financière est-elle pure spéculation de l’esprit humain ?), l’enseignement de l’économie dans nos lycée va faire les frais de la future réforme du lycée que Xavier Darcos devrait annoncer dans les prochains jours.

 

Libération, il y a quelques jours nous en annonçait les grandes lignes : abaissement du volume horaire consacré à l’option Eco en seconde, démantèlement des enseignements en Sciences Economiques et Sociales (SES). La réforme prévoit, en effet, que dans le «cycle terminal» regroupant la première et la terminale, il n’y aurait plus de filières mais quatre dominantes - Humanités et arts, Sciences, Technologie et Sciences de la société. A l’intérieur, chaque élève construirait son parcours, en prenant des modules en fonction de son projet professionnel. En Sciences de la société, il pourrait choisir gestion ou droit - deux nouveautés -, mais aussi «Economie de l’entreprise», «sociologie des organisations», etc. Les SES voleraient ainsi en éclats. (2)

 

Ainsi selon les pourfendeurs des SES, il faudrait se concentrer sur la micro économie, les fondements du fonctionnement d’une entreprise : qu’est-ce qu’un budget ? Un compte d’exploitation ? Un bénéfice ?

Loin de moi l’idée de nier l’entreprise mais doit-on pour ce faire oublier l’histoire économique, indispensable outil de compréhension du monde : d’où vient une entreprise comme la Société générale ? Quelles lois ont permis sa privatisation ? Comment vit-elle à la fois de la gestion pépère de comptes bancaires et de spéculation pointue sur les marchés dérivés ?

 

Il faut donc réhabiliter l’entreprise et avec elle l’esprit d’entreprise. Mais lequel ? Car le démantèlement des SES est un crime qui profite à ceux dont on ne va plus parler, ni évoquer les errances. Ceux qui passant d’une mondialisation économique à une mondialisation financière nous ont mené la où nous en sommes aujourd’hui. Dans une interview au Nouvel Observateur, il y a quelques mois, Bernard Maris avait cette réplique qui sonne aujourd’hui tellement juste : « En France, on ne voit pas les vrais entrepreneurs, ceux qui prennent des risques et innovent. Les patrons de PME sont les grands absents de la scène publique, occupée par les grands dirigeants, dont beaucoup se sont parachutés comme PDG avec leur diplôme de l’ENA, au lieu de grimper les échelons. Quand ils partent avec des dizaines de millions en golden parachutes, c’est exécrable ! L’esprit d’entreprise, ce ne sont pas ces ténors du CAC 40, ces apparatchiks qui jouent les donneurs de leçons. En fait, nous avons une manière russe d’avoir l’esprit d’entreprise ! Dassault prêchant les vertus de la concurrence et du marché alors qu’il tient sa fortune des commandes publiques, ça ne passe pas auprès des jeunes. » (3)

 

La mort des Sciences Economiques et Sociales est programmée donc. Mais à qui profite le crime ? En ces temps de crise, la question n’est sans doute pas inutile.

 


podcast
Alain Souchon, Parachute doré (4)

 

 

Max.

 

 

 

Nota Bene: L'illustration de début est librement inspirée de l'affiche du dernier film de Pascal Thomas, Le crime est notre affaire, en salle cette semaine avec Catherine Frot et André Dusselier.

 

(1) Toutes ces personnalités ont le point commun d'avoir réussi un bac B ou ES (Economique et Social). Voir sur le site de l'APSES.

(2) Pour en savoir plus, il existe le site de l'APSES (Association des Professeurs en Sciences Economiques et Sociales) sur lequel, on peut trouver entre autre cette interview du Président de l'APSES dans l'emission de France Culture "La suite dans les idées" du 30 septembre 2008.
podcast

(3) Bernard Maris à qui l'on doit un indispensable Antimanuel d'économie, aux Editions Bréal et qui officie, entre autres sur France Inter, chaque matin, vers 6h50.

(4) En téléchargement gratuit sur le site de l'artiste lui-même.

 

 

16/09/2008

Quand Xavier Darcos flirte avec Rachida Dati...

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Dans le cadre de sa réforme des lycées, Xavier Darcos a annoncé hier, 15 septembre, sur France info, la mise en place d’un “code de la paix scolaire”.

 

On crie au nouveau gadget.

 

De quoi s’agit-il ? Un règlement intérieur qui serait commun à tous les établissements en cas de dégradation, de violence ou de problème de comportement. Ce code devrait répondre à “trois principes” : la recherche systématique de la responsabilité civile, l’abandon de l’exclusion et l’accélération des mesures disciplinaires. Le projet est déjà en cours de rédaction et a été confié à Laurent Huet, substitut du procureur au Tribunal de grande instance de Paris. (Source France info)

 

Question : Que fait-on d’un élève qui pète les plombs ? On ne l’exclut plus c’est-à-dire qu’il reste dans l’établissement ?

 

Mais non ! Tout est prévu enfin.

 

Petite plongée dans les archives de notre hôte 20 minutes.

 

15 avril 2008 : Rachida Dati installe un groupe de travail chargé de réfléchir à la réforme de l’ordonnance de 1945, texte de référence en matière de justice des mineurs. Un texte que la ministre veut « remettre à plat » afin de le rendre « plus adapté, opérationnel, lisible et cohérent » (1). Présidée par le juriste André Varinard, la commission devra plancher entre autres sur «la fixation d'un seuil de responsabilité pénale» c'est-à-dire, établir des âges minimaux à partir desquels un enfant relève de la sanction pénale selon les délits, ajoutait 20 minutes.

 

Et que veut cet André Varinard ?

 

Je vous le donne en mille.

 

C’était dans le Figaro du 15 avril, là aussi. « La Chancellerie tient à ce que chaque acte soit sanctionné et veut mieux hiérarchiser la réponse pénale par rapport à la gravité des faits. Le rappel à la loi est, par exemple, utilisé dans des circonstances très différentes. Un jeune « qui tabasse son voisin de classe, c'est une admonestation du juge ; et s'il commet un vol en bande, le tribunal peut décider une fois de plus d'un avertissement solennel, explique un spécialiste. À chaque fois, on se contente de lui faire les gros yeux, ce n'est pas lisible pour lui.»

 

Parlant d’une « révolution culturelle », le Figaro précise alors : « La commission [qui doit rendre ses travaux en décembre] devra fixer un âge minimum de responsabilité pénale, ce qui promet des débats houleux car actuellement, c'est le magistrat qui évalue la capacité de «discernement» d'un enfant, pour savoir s'il relève de la justice. Cet exercice risque de bousculer toute la construction du droit des mineurs, fondé sur les seuils de 10-13 ans, 13-16 ans et 16-18 ans. Si la lettre de mission n'évoque pas l'abaissement de l'âge de la majorité pénale, le statut spéci­fique des 16-18 ans (déjà proche de celui des majeurs) pourra être encore retravaillé. »

 

Darcos qui prépare le terrain à Dati. C’est pas beau ça ?

 

Pas si gadget que ça, le code de la paix scolaire, finalement.

 

 

Max.

 


podcast

Little, N'importe quoi

 

 

 

(1) Le Point nous informe que Xavier Darcos lui aussi souhaite que, dans nos établissements scolaires, "les procédures disciplinaires soient beaucoup plus rapides et beaucoup plus souples, à travers la création d'une commission disciplinaire qui permette de réagir plus vite qu'un conseil de discipline formel."

14/09/2008

Brejnev est de retour

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Nous le savions, le régime, inaugurant son dernier plan quinquennal en 2007 avait promis pour 2012 la fin de la carte scolaire, l’abolition de l’échec scolaire ou encore l’éradication de dizaines de milliers de postes d’enseignants.

 

Nous le voyons chaque semaine dans nos kiosques, le régime, pratique le culte de la personnalité de son chef, guide politique et spirituel.

 

Nous l’avons vu ces derniers jours, le régime, lançant une nouvelle police politique du doux nom d’Edwige, entendait traquer en chacun de nous le dissident qui sommeille.

 

Nous l’entendons à Paris, Washington, Moscou ou Tbilissi, le régime est au cœur d’une nouvelle guerre froide. Sans oublier ce foutu Afghanistan qui continue à nous résister.

 

Et depuis aujourd’hui, nous avons même notre Brejnev. Un vrai. Vous savez, celui qui adorait les médailles et voulait en agrafer à toutes les poitrines au temps de la belle Union (2):

 

« Il me semble important que l’obtention du bac puisse être valorisée. Nous envisageons même que les bacheliers puissent recevoir une médaille ! Elle serait de couleur différente, peut-être sur le mode des médailles sportives, or, argent, bronze… selon la mention obtenue. Nous réfléchissons encore aux modalités, mais l’idée est validée. Pour symbolique qu’elle soit, la médaille aurait plus de signification que le seul diplôme de papier ». (1)

 

Il s’appelle Xavier Darcos. Et c’est du pur Léonid.

 

 

 

(1) Le Parisien du 14 septembre 2008

(2) Petite leçon d'Histoire: Brejnev adorait les médailles au point de se faire décorer pour tous les héroïsmes dont il était possible de se faire décorer en URSS. Il a ainsi joué un rôle marginal pendant la Seconde Guerre Mondiale mais a été davantage décoré que les plus grands "héros" soviétiques. Parmi eux, Joukov, qui avait organisé la défense de Leningrad et de Moscou, commandé avec d'autres généraux, la bataille de Stalingrad, dirigé l'assaut de Berlin. A sa mort, Joukov possédait 27 médailles et déorations; Brejnev, au moment de son décès, en avait... 270!

 

 

 

 
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