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22/02/2009

Nadine Morano tente un hold up sur l'Education nationale

Nadine Morano à l’Education nationale : un mammouth à la place du Mammouth ? Non, pire que ça. 20 minutes relaie une information péchée par le Point.fr : « Nadine Morano lorgne sur le Ministère de l’Education ».

 

On connaît trop le côté tapageur de celle qui ambitionnerait de prendre le délicat portefeuille de Xavier Darcos. On ne peut pas dire qu’elle soit l’emblème de la finesse. Pour s’en souvenir, regardons cette vidéo bien connue trouvée sur le site du Nouvel Obs :

 

Mais nous aurions tort de croire que cette nomination ne serait qu’une simple erreur de casting.

 

Adjoindre l'Education à la Famille

 

En effet, au-delà de la personnalité de Nadine Morano qui ne colle pas avec le ministère  qu’elle convoite, c’est le projet qu’elle porte qui dérange : adjoindre au ministère de la famille, celui de l’éducation. C’est bien dans ce sens là que le Point.fr, qui a eu vent de cette trouvaille, nous la présente. Dans ce sens et non l’inverse.

L’inverse d’ailleurs n’aurait guère de sens : qu’est-ce que le ministère de l’éducation aurait à faire d’une délégation à la famille. En quoi la réforme du lycée pourrait-elle trouver des ressources dans les caisses d’allocations familiales ? En quoi la revalorisation des carrières enseignantes trouveraient-elles refuge dans celle du mariage ?

Non. Il n’y a sans doute pas d’erreur dans la formulation : le projet de Nadine Morano serait bien d’adjoindre l’Education à la Famille et non le contraire. Mais alors qu’est-ce que la signifie et pourquoi, pour le coup, il existe bien une logique et qu’est ce qu’elle recèle ?

 

Tout d’abord, la déclaration de Nadine Morano n’est pas une déclaration tapageuse de plus. Cette « évolution » est inscrite dans le discours de Nicolas Sarkozy depuis sa campagne de 2007 (et probablement avant). C’était il y a presque 2 ans jour pour jour (bel anniversaire !), le 23 février 2007 :

 

« C’est l’autorité des parents qu’il faut réhabiliter.

Je souhaite une véritable révolution des mentalités par laquelle les parents soient reconnus comme des éducateurs à part entière.

(…) Si pour les familles qui ne s’occupent pas de leurs enfants mineurs, qui les laissent traîner dans la rue, qui les laissent commettre des délits, qui ne respectent pas l’obligation de les scolariser, je souhaite que des sanctions soient prises, que la responsabilité des parents puisse être mise en cause, que les allocations familiales soient mises sous tutelle, je m’engage aussi si je suis élu à aider les familles de bonne foi qui en ont besoin à élever leurs enfants.

Je souhaite que dans ce rôle ils soient soutenus, aidés, accompagnés, que cette charge soit prise en compte dans le calcul de l’impôt, de la CSG, des retraites. »

 

Ensuite, transférer le ministère de l’Education nationale à celui de la famille, c’est comme transférer l’Education nationale aux familles autrement dit faire perdre à l’Education nationale son caractère national. Alors évidemment, quand je dis cela, on se dit que j’exagère, que j’en fait des tonnes, que j’ai trouvé là un nouveau moyen de taper sur les seuls-qui-proposent-dans-ce-pays-gangréné-par-l’immobilisme-etc. La dernière phrase de la citation ci-dessus ne dit rien d’autre : « Je souhaite que dans ce rôle ils soient soutenus, aidés, accompagnés, que cette charge soit prise en compte dans le calcul de l’impôt, de la CSG, des retraites. » L’Etat n’est plus celui qui impulse, qui oriente, qui définit des politiques éducatives pour la nation entière, sans exclusive. Or, ramener l’école à un devoir familial, c’est lui ôter ce que près de deux siècles ont lentement forgé à savoir que l’école est avant tout un moyen de répondre à l’environnement social dans lequel elle est impliquée. Son objectif n’est-il pas d’abord globalisant : faire d’un jeune individu, accueilli dès son plus jeune âge, une personne intégrée. Passer de l’individu à la personne, en somme. Intégrée dans le lien social, à la fois pour le construire comme citoyen et pour y participer par sa profession. Le projet de Nicolas Sarkozy et de Nadine Morano, qui se vante souvent d’avoir l’oreille du Président, est tout autre : faire de l’école une simple béquille, un hôpital de campagne d’une éducation délocalisée au sein des seules familles. Bien sûr que le rôle d’une famille est d’éduquer au sens strict du terme. Mais peut on compter sur elle seule pour former un citoyen, pour émanciper. Sans doute parfois. Mais pas toujours et loin s’en faut. Se faisant, Nicolas Sarkozy et Nadine Morano sont bien dans un projet de droite dont l’objectif libéral ne consite qu’à intervenir dans la société qu’à la marge.

 

Enfin, le déclassement de l’Education nationale au rang de simple auxiliaire des familles serait une manière de définitivement décrédibiliser l’instituteur et le professeur. Nicolas Sarkozy avait déjà lancé la pierre à cette profession : “Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance”. (Discours au Vatican, 20 décembre 2007). Il pourrait rajouter que dans la transmission des valeurs et dans la l’apprentissage de la différence entre le savoir et le savoir-faire, le professeur ne pourra jamais remplacer le père ou la mère de famille, parce qu’il lui manquera toujours l’autorité ou je ne sais quelle autre sornette. Depuis déjà plusieurs années, l’idéologie dominante consiste à dire que l’école à échouer à se démocratiser. Les partis de droite estiment d’ailleurs que la tâche est impossible autant qu’inutile. C’est la raison pour laquelle, on peut dégraisser sans vergogne. Certes, certes, la démocratisation de l’école n’est pas réussie pourtant faut-il jeter le bébé avec l’eau du bain ?

 

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Nadine Morano, une femme d'envergure, prompte à occuper les places laissées vacantes.

 

On le voit, l’arrivée de Nadine Morano à l’Education ou plus exactement (car tel est son souhait), l’arrivée du ministère de l’Education dans le ministère de Nadine Morano ne serait pas sans conséquences. Xavier Darcos en bon latiniste, voulait une école machine à dupliquer des savoirs, confite d’académisme. Nadine Morano nous vendra une école « d’éveil » dont le but est surtout d’occuper, à charge aux familles de faire l’essentiel (1).

 

Il ne nous reste plus qu’à croire que cette déclaration de Nadine Morano ne soit qu’une manière de faire parler de soi pour que le Président ne l’oublie pas le moment du remaniement venu. Juste marquer une ambition, en somme.

 

Perso, je veux encore croire que tout cela n’est qu’un mauvais rêve.

 

Et pour terminer, référence à la vidéo du début...


podcast
 Anaïs, Elle sort qu'avec des blacks

 

 

Max.

 

 

 

(1) Au Grand jury RTL, Le Figaro, LCI, le 21 décembre 2008, Nadine Morano, encore secrétaire d’Etat chargée de la Famille, avait déclaré que « l’école maternelle c’est trois ans », et indiqué avoir à « à l’étude » un dispositif de « financement croisé » pour des jardins d’éveil destinés aux enfants âgés de deux à trois ans. « Nous sommes en train de travailler sur un dispositif de financement croisé par la CAF (caisse d’allocations familiales), les communes, les communautés de communes, mais aussi les parents en fonction de leurs revenus » avait-elle précisé.

 

 

 

 

08/01/2009

Xavier Darcos veut faire parrainer les élèves par des entrepreneurs

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On le sait, le renard symbolise depuis longtemps la ruse et l'habileté : de fait il agit avec perspicacité, pouvant revenir par exemple sur ses propres traces s'il est chassé. Mais à l'inverse, il peut se montrer très imprudent en passant sans s'arrêter devant des cachettes sûres.

On le sait aussi, Xavier Darcos est un vieux renard. On se doute bien qu’ayant échoué, pour l’heure, sur sa réforme du lycée, il pourrait bien revenir sur ces propres traces.

Alors, on guette. On se dit que le vieux renard n’a pas dit son dernier mot. Question de fierté d’abord. Comment un as de la réussite selon son entourage politico médiatique, ce proche du Président qui se verrait bien Premier ministre, ce spécialiste de la démographie enseignante (il a bien compté, rendez-vous compte : 12 élèves par classe en moyenne), bref, comment ce beau résultat de la politique du résultat pourrait-il en rester sur un tel échec ?

Question d’idéologie ensuite. « Qui peut contester que l'ouverture à la concurrence a totalement changé le visage du service public des télécommunications, amélioré la qualité du service, enrichi l'offre, réduit les prix, développé l'innovation ? » (1) déclarait le maître lorsqu’il se préparait à devenir le grand chef. « Qui pourrait contesté que ce qui se fait dans certains services publics ne pourrait se faire dans d’autres services publics ? » pourrait bien se dire le disciple.

Question de politique politicienne enfin. En Sarkozie, si on ne bouge plus, si on se tait, c’est qu’on est mort.

Exemple, ces jours-ci.

Les Sciences économiques et sociales (SES) sont en sursis. La réforme reportée (avortée ?) du lycée prévoyait dans sa première ébauche leur éclatement. Depuis plusieurs années, certains lobbies, comme l’Institut de l’Entreprise, appuyés par le MEDEF et proches du ministre, poussent à la création d’une discipline qui se concentre quasi exclusivement sur l’entreprise, réduisant à la portion congrue les enseignements macroéconomiques jugés trop critiques vis-à-vis du capitalisme, producteur de richesses certes (et encore) mais d’inégalités et d’injustices aussi. Cachez donc ces défauts, ces défaillances que nous ne saurions voir. D’alternative il ne peut y avoir. Réguler, moraliser, humaniser, réformer seraient-ils des verbes à proscrire du bon discours du bon entrepreneur et surtout du bon futur salarié ?

Mais patatras. Mi décembre déjà, Xavier Darcos recule sur la réforme des SES. Il n’y touchera pas, foi de vieux renard qu’il est. Mieux encore, de Jérusalem où il est en visite, sentant une Intifada bien française monter tout doucement aux portes des lycées, Xavier Darcos, recule de nouveau. La réforme du lycée sera pour 2010.

Et puis, silence radio.

Jusqu’à aujourd’hui, 7 janvier. Communiqué de presse de Xavier Darcos 

« Xavier Darcos, ministre de l’Éducation nationale, et Hervé Novelli, secrétaire d’État chargé des P.M.E., signent avec l’association 100 000 entrepreneurs une convention visant à organiser des parrainages de classes de collèges et lycées par des entrepreneurs.

Cette signature a lieu lors d’un événement organisé pour l’occasion en partenariat avec le Codice (2) (Conseil pour la diffusion de la culture économique) : une classe de la cité scolaire Voillaume d’Aulnay-sous-bois est accueillie chez Pixmania, pour une visite de l’entreprise et un échange avec les fondateurs de l’entreprise.

(…) 100 000 entrepreneurs est une association d’intérêt général fondée par Philippe Hayat en 2006, visant à transmettre aux jeunes la culture d’entreprendre. A ce jour, plus de 1500 entrepreneurs y sont inscrits ; 30 000 jeunes ont reçu leur témoignage. Une centaine de parrainages a déjà été organisée. »

Jusque là, cela semble plutôt anodin.

Mais qui est Philippe Hayat et quel est l’esprit de son association ?

Sur le blog de l’association, il se présente et nous dévoile ses intentions :

Plus loin encore, il est encore plus précis dans un billet du 15 décembre intitulé « De l'enseignement de l'économie à l'école »

 

« Quelle économie faut-il enseigner ? Cette question reste en suspend, parce qu’elle est sans doute la plus idéologique de toutes. Jusqu’à présent, les sciences économiques et les sciences sociales sont mêlées au sein d’un même programme. L’analyse des mécanismes économiques par le seul prisme social présente des risques de dérapage idéologique. Sans doute faudrait-il isoler, dans le nouveau programme de seconde,  un module spécifique de « sciences de l’économie » (et pas seulement « sciences de la société » tel qu’il est prévu), expliquant les mécanismes économiques fondamentaux et permettant aux élèves de mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent. »

 

Comment conclure ?

 

On le sait, le vieux renard Xavier Darcos symbolise depuis longtemps, en Sarkozie, la ruse et l'habileté : de fait il agit avec perspicacité, pouvant revenir par exemple sur ses propres traces si une réforme est rejetée.. Mais à l'inverse, il peut se montrer très imprudent en pensant qu’il pourrait nous faire des petites cachotteries.

 

Max.

 

 

(1) Les paroles s’en vont mais les écrits restent : discours de Nicolas Sarkozy à la convention UMP sur le service public, le 7 juillet 2005.

(2) Le Conseil pour la diffusion de la culture économique (Codice) a été créé il y a deux ans par le ministre chargé de l’Économie, puis renouvelé récemment par Christine Lagarde. Ce Conseil, composé de personnalités du monde de l’économie, de l’éducation et des médias, est chargé de proposer des actions concrètes de diffusion de la culture économique et du monde professionnel.

 

 
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