Avertir le modérateur

21/10/2008

Philippe, Armelle, Pascal et les autres

darcos5.JPG

Dimanche, c’était randonnée pédestre dans les rues de Paris pour montrer une fois encore notre volonté de sauvegarder une école publique digne de ce nom. Pour dire haut et fort, une fois encore que ce qu’on habille dans le beau costume de la réforme n’est en réalité qu’un plan de rigueur budgétaire qui n’aura pour conséquence que de mettre l’école en haillon.

 

Alors, pour éviter les trop grands discours, 20 minutes, notre hôte, a donné la parole à ceux qui sont concernés : parents d’élèves et enseignants, et leurs mots suffisent à tout dire. Nous les reproduisons ici.

 

Philippe

 

Père divorcé de quatre garçons dont un en CM2 à Bel-Air de Combrée (49).

 

« Mon fils a des difficultés scolaires, notamment en français. Je suis surtout inquiet de cette réforme qui lui supprime deux heures de cours. Normalement il peut bénéficier des cours de soutien le soir, mais il est dépendant du car scolaire. La municipalité n'a rien prévu. Il faudrait un autre professeur pour prendre en charge les plus faibles. Résultat, mon fils est rejeté. J'ai moi-même été un enfant en difficulté, aujourd'hui je suis cadre : grâce à l'école, je m'en suis sorti. L'école publique, laïque, gratuite d'aujourd'hui ne propose plus ce que j'attends. Il y a une déchirure entre les parents et l'école. Je suis obligé de payer des cours particuliers à mon fils. Si je n'avais pas les moyens, il resterait sur le carreau. J'aimerais qu'il aille en classe avec plaisir, ce n'est pas le cas. Les enseignants font ce qu'ils peuvent, mais je sens leur pessimisme. Leur mal-être est terrible. »

 

Armelle

 

Prof de maths au collège à Saint-Renan (29), 2 500 euros brut par mois, en fin de carrière.

 

« L'école est à bout, il faut absolument retrouver des moyens. Le suivi éducatif par exemple, je trouve ça très bien. Mais je n'ai pas le temps de faire des heures sup, je travaille déjà 45 heures par semaine. On croule sous la pression. Les injonctions qu'on reçoit changent tout le temps, dans l'urgence. On aimerait se concentrer sur ce qui se passe dans nos classes, c'est ça qui compte. Or nous avons de plus en plus de tâches administratives, comme mettre en ligne les notes des élèves. Les familles deviennent consuméristes. Si je mets une mauvaise note, elles vont demander à me voir pour comprendre pourquoi. Elles choisissent désormais l'école de leur enfant en fonction de la classe de mer, des activités organisées. C'est nouveau ! Certains parents disent qu'ils nous admirent, mais d'autres répètent qu'on ne fout rien et qu'en plus on râle tout le temps. Oui, ça pèse. »

 

Pascal,

 

Instituteur en CM2 à Montmoreau (16) et directeur d'école, 2 300 euros brut par mois.

 

« Je suis inquiet de voir que le système évolue vers une mise en concurrence des écoles entre elles. Les évaluations des enfants se multiplient, les résultats sont mis en ligne, bientôt les parents étudieront le taux de réussite des écoles avant de faire leur choix. Pour nous, enseignants, cette obligation de résultat est nouvelle, et malsaine à mon avis. On est là pour inculquer des savoirs, pas pour mettre des bonnes notes. Les parents font peser une forte pression sociale sur nos épaules. Je comprends qu'ils soient inquiets vu les tensions sur le marché du travail. Mais parfois, ça confine au pistage : certains scrutent à la loupe les programmes qui sont désormais édités. C'est dur de rester calme. Je travaille 40 heures par semaine au total. J'aimerais sentir une revalorisation de notre métier. Au lieu de cela, on multiplie les suppressions de postes. Peut-être en faut-il, mais là, ça fait beaucoup ».

 

 

 

Max.

29/02/2008

« Cette fois-ci, on s’attaque à l’os ! » *

46bf4584f408c01a3352f7cf638e76bd.jpgCe n’est pas toutes les années qu'on a un 29 février. Alors, lâchons nous un peu !

Car, ailleurs, sur d’autres blogs et forum, d’autres se lâchent le restant de l’année. Comme à l’habitude, quand un fonctionnaire ose bouger le moindre petit doigt, émettre ne serait-ce qu’un imperceptible soupir, les mêmes ritournelles reviennent fredonner à nos oreilles : nous serions sur la défensive, passéistes, pessimistes, cripto-trotskistes, que sais-je encore.

La lecture des commentaires du post de Guillaume (en date du 10 février) sur son blog S’il n’y avait que les élèves (à fréquenter assidûment) est à ce sujet édifiante. Certains, en effet, osent, à leur manière « resituer le contexte du métier de prof ». Ils parlent alors de « sécurité totale de l'emploi, d’absence de pression hiérarchique, d’impuissance du système d’évaluation des personnels enseignants titulaires, de la négation de la culture du résultat, du niveau des salaires corrects pour un métier recrutant à Bac+3 (pour la majorité des profs) », et bien sûr les sacro-saints « volumes horaires du service (+ de 15 semaines de congés par an pour 18H par semaine) ». Un autre commentaire fait même une proposition alternative : « Si vous ne supportez pas votre boulot, allez faire trader à la Société Générale ! »

On leur pardonne. Ils pensent sans doute que leur idole, Jean-Pierre Pernaud, ne travaille que de 13h00 à 13h35, 5 jours par semaine…

Mais, ils ont raison sur un point : il faut poser le contexte.

Et le contexte, quand on le regarde, est éloquent.

Nicolas Sarkozy, Discours au Palais du Latran, 20 décembre 2007 : « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance. »

Nicolas Sarkozy, Dîner annuel du Crif, 13 février 2008 : Chaque élève de CM2 se verra «confier la mémoire» d'un enfant victime de la Shoah

Nicolas Sarkozy, Périgueux, 15 février 2008 : « Les programmes scolaires sont un sujet de débat politique au sens des affaires de la nation, ce n'est pas un sujet technocratique. Certes les élus du peuple n’ont pas vocation à se substituer aux scientifiques, ce n’est pas à eux de produire le savoir, ce n’est pas à eux de l'écrire, ou de réécrire l’histoire. Il leur appartient en revanche de déterminer ce qui, dans le champ immense du savoir, mérite d’être étudié par les élèves de France. »

Lettre du recteur de l’Académie de Créteil au profs récemment partis à la retraite : « Je vous informe que vous avez la possibilité, si vous le souhaitez, de reprendre une activité enseignante au sein des collèges et des lycées de l’Académie. Cette activité, qui peut être exercée pour quelques heures hebdomadaires sur des suppléances de courte ou de moyenne durée, est rémunérée sous formes de vacations. Elle est désormais compatible avec la condition de retraité de la fonction publique ».

Les enseignants devenus éducateurs voient leur métier changer sans qu’ils puissent participer à cette évolution. Accusés de technocrates (discours de Périgueux, ci-dessus), incapables d’enseigner la shoah à près d’un enfant sur deux (merci M. Darcos), notés sur Internet, l’impression générale est celle d’une perte de contrôle sur notre propre métier. C’est au politique d’inspirer les programmes, nous dit-on ? Quand on sait qu’il a fallu attendre 1995 pour que l’Etat français reconnaisse qu’il a été un Etat collaborateur du régime nazi entre 1940 et 1944 : ça augure mal de la suite.

Les suppressions de postes prévues à la rentrée 2008, massives, s’opèrent dans ce contexte. En compensant les suppressions de postes par l’octroi d’heures supplémentaires aux établissements (car il faut bien, malgré tout, dispenser les heures de cours obligatoires), les rectorats modifient ainsi les conditions d’exercice du métier d’enseignant, en allongeant le temps de travail de ceux qui acceptent une partie de ces heures supplémentaires (souvent contraintes par la faible évolution salariale depuis plusieurs années) (1). Quand il n’y a pas assez de personnel titulaire pour dispenser ces heures, les rectorats ont alors recours à des vacataires (2), voire des retraités.

On le voit, le métier d’enseignant se précarise de deux manières. D’une part en perdant, progressivement, la maîtrise des contenus des enseignements dispensés et d’autre part en assistant au développement rapide de formes flexibles d’emplois (changement chaque année d’établissement, travail sur 2 ou 3 établissements à la fois pour les remplaçants à l’année, vacataires payés pour 200 heures chaque contrat, non rémunérés pendant les vacances et donc contraints de faire des petits boulots d’appoint de ci de là).

Les fables qu’on nous raconte sont donc bel et bien des historiettes pour enfants sages.

On a passé l’âge.

Merci.

 

Max.

* Citation extraite d’un article de Libération qui donnait la parole à une enseignante du collège Henri Wallon d’Aubervilliers.

(1) Rappelons que pour un service de 18 heures de cours un professeur travaille entre 35 et 40 heures. Rappelons également que les deux mois d’été de vacances ne sont pas rémunérés. Un professeur est payé 10 mois répartis sur 12.

(2) Rappelons qu’un vacataire est payé à l’heure. Il enchaîne souvent des vacations de 200 heures maximum avec des contrats dans lesquels les droits à la protection sociale, aux indemnités chômage sont réduits. A cela s’ajoute l’absence de prise en compte des vacations pour la retraite. Jetables et corvéables. Le recours aux vacataires devient du reste une norme d’embauche pour les rectorats.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu