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17/04/2009

Extrême orient ?

L’homme politique français, doué pour se faire élire mais ne sachant que faire de son mandat une fois la victoire acquise, nous enjoint de copier regarder ce qui se fait dans les autres pays développés. Bien souvent en effet, la politique des autres fait politique chez nous. Il en va ainsi de notre politique économique et sociale : flexécurité danoise, contrôle des chômeurs britannique, maîtrise des médias berlusconienne, école finlandaise sont regardés avec envie. De la politique toute faite, en kit, prête à monter. De la politique Ikea, modèle suédois.

 

20 minutes, toujours à l’affût, nous invite à aller voir ce qui se fait au Japon.

 

« La petite ville de Niikappu, située sur l'île nippone septentrionale de Hokkaido, prévoit de proposer le mois prochain au plus offrant ses quatre écoles désertées, via le site d'enchères de Yahoo! Japan. (…) Trois des écoles à vendre se targuent d'enfermer des logements spacieux (utilisés alors par des enseignants) et une piscine. Mise à prix: de 21,8 millions à 67,4 millions de yens (de 165.000 à 520.000 euros). Hokkaido est une des zones les plus rurales et les moins peuplées du Japon, défavorisée par son climat très froid. »

 

D’emblée précisons que la raison de ces fermetures d’écoles n’est pas la rationalisation des équipements publics comme elle se pratique en France (fermetures de classes par augmentation des effectifs dans les classes restantes). Non, contrairement à la France qui se porte plutôt bien en terme de natalité, le Japon est sujet depuis plusieurs années à une chute du nombre de naissances. L’article de 20 minutes précise d’ailleurs que les personnes de plus de 65 ans sont déjà bien plus nombreuses que celles de moins de 13 ans.

 

Le Japon se sclérose. Aucun renouvellement de la population ne se produit, ni par le simple accroissement naturel, ni par l’immigration. Le Japon est un pays où les structures d’accueil des tout-petits sont très insuffisantes (ce qui engage guère à avoir des enfants) et où les frontières sont hermétiquement fermées aux étrangers (1,5% de la population seulement). Certains experts pronostiquent même que le Japon aura perdu la moitié de sa population d’ici à la fin du siècle. La vente d’école risque donc de devenir une activité très lucrative.

 

On a toujours venté la culture d’entreprise des Japonais qui leur a permis de remonter la pente, économiquement  après 1945. Je me souviens de mon professeur de géographie ventant ses chefs d’entreprise japonais, dormant dans leurs bureaux, réinvestissant chaque sou dans l’entreprise, gagnant moins que leurs salariés. Je vois ce même professeur nous faire l’éloge du travail méticuleux de ce peuple formé par des millénaires de riziculture. Deux semaines de congés payés par an. Zéro faute, zéro défaut. Le chômage qui conduit au suicide tellement le travail est inscrit comme une priorité dans la vie de chaque japonais. Voilà les images qu’il me reste de ses cours. Sans doute il y a-t-il de la caricature. Sans doute le modèle social japonais prévoit des contrepoids à cette omniprésence de l’entreprise. Il n’en reste pas moins que pour eux Japonais, nous Français sommes de gros flemmards avec nos 5 semaines de congés payés, nos 35 heures, nos RMI.

 

Reste qu’à trop se consacrer à la valeur travail, les japonais ont oublié de faire des enfants. Et c’est tout le système social qui s’effondre : explosion des frais de santé, impossibilité de maintenir un bon niveau de retraite, chute démographique (le Japon perd un million d’habitants par an !). Avec le système social, c’est l’équilibre économique qui prend l’eau : pour continuer à produire, les japonais travailleront plus longtemps, jusqu’à 70 ans voire 75 ans.

 

Balivernes, exagérations ? Et bien non. Regardez ces deux extraits vidéo du magazine « un œil sur la planète », consacré l’an dernier précisément à ce sujet. Eloquent.


 

 

 

Et l’on se dit que le modèle français finalement n’est pas si mauvais et qu’il vaudrait mieux tout faire pour le préserver voire le renforcer.

 

Max.

 

PS : Enigmatique Japon…
podcast

Alphaville, Big in Japan, 1981 (sniff...)

15/04/2009

René Monory est mort. Vive René Monory !

Qui se souvient de René Monory ? Pas grand monde. Cet homme va pourtant être inhumé ce jeudi en présence de Nicolas Sarkozy.

 

C’est que, apparemment, il est des héritages dont certains aimeraient bien se passer. C’est un peut l’impression que donnent les sobres, très sobres messages de condoléance que Xavier Darcos et Valérie Pécresse ont livré à l’occasion de la mort, le 11 avril, de René Monory, ancien ministre de l’Education nationale de Jacques Chirac (1986-1988).

 

Xavier Darcos, dans un style empathique voire ampoulé, « tient à rendre hommage au parcours et à l’œuvre d’un inlassable visionnaire qui, du garage de Loudun à la Présidence du Sénat, avait fait de l’avenir sa plus belle circonscription. Ancien ministre de l’Éducation nationale, René Monory n’avait cessé d’œuvrer en faveur de l’introduction et du développement à l’école des technologies de l’information et de la communication, domaine dont il était l’incontestable précurseur en politique. Avec la disparition de René Monory, la France perd une figure politique unanimement respectée et appréciée, dont les combats ont largement contribué à sa modernisation au cours des dernières décennies. »

 

Valérie Pécresse à défaut de pouvoir présenter des condoléances joyeuses, « présente ses condoléances attristées » à la famille et aux proches de René Monory. Sans doute un peu stressée en ce moment, « elle tient à rendre hommage à la mémoire de l’ancien ministre de l’éducation nationale, très attaché tout au long de son parcours politique aux questions d’éducation et de formation des jeunes. Il  fut un des artisans de la première tentative de  réforme  des universités en 1986. ». Vient enfin un court hommage à l’initiateur du Futuroscope.

 

Certes, certes, René Monory n’est pas Maurice Druon, décédé le 14 avril et pour lequel Xavier Darcos s’est fendu d’un véritable éloge funèbre. Rien, en René Monory ne « laisse incrédule ». Difficile de croire « à l’éternité académique face à son énergie inlassable et à son destin altier, quasi tiré d’une chanson de geste. » Il a sans doute mis beaucoup de « grandeur et de passion » dans son grand œuvre, le Futuroscope, qui lui survivra. Mais nul souvenir de « son maintien superbe, sa voix d’orateur attique, sa stature de héros légendaire, son impatience face aux médiocrités, son courage physique et moral, sa culture éblouissante, sa fidélité en amitié. »

 

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A défaut de transformer le présent, René Monory aura essayé de dessiner le futur. Ici devant le chantier du Futuroscope en 1987.

 

Non vraiment Rien en René Monory ne semble immortel. A part, peut-être ses réformes avortées. Car, en effet, cet éminent mécanicien de la 5ème République, a été un remarqué (à défaut d’être remarquable) ministre de l’Education nationale. Avec son ministre délégué, tristement célèbre, Alain Devaquet, ils ont tenté une réforme du lycée et des universités.

 

Jacques Chirac, Premier ministre de l’époque avait fixé la ligne : « Dans l'enseignement supérieur, le principe d'autonomie doit être définitivement concrétisé tant à l'entrée - au moment de la sélection des étudiants - qu'à la sortie - au moment de la délivrance des diplômes. L'autonomie doit aller de pair avec un allègement des structures universitaires […] Cette rénovation de l'Université suppose l'engagement sans réticences de tous les enseignants et chercheurs de l'enseignement supérieur ; elle passe par une abrogation rapide de la loi sur l'enseignement supérieur de 1984 [dite loi Savary]. »

 

La réforme  prévoyait de donner une large autonomie aux universités du point de vue financier, du point de vue de la sélection des étudiants (afin de s’adapter au besoins du marché du travail) ainsi que du point de vue des diplômes qu’elles veulent délivrer. Grande différence toutefois avec la réforme Pécresse, la loi Devaquet prévoyait de renforcer le pouvoir des enseignants-chercheurs dans les organes dirigeant l’université. Devaquet était chercheur. Aujourd’hui, ils font les frais de la réforme. Pécresse est énarque.

 

La suite on s’en souvient mieux : immenses mobilisations étudiantes, mort de Malik Oussekine, démission de Devaquet, retrait de sa réforme des universités. Dans la foulée, René Monory retirait sa réforme des lycées.

 

Vingt plus tard, la droite au pouvoir, tente de faire passer les mêmes couleuvres. Quel bel hommage rendu à René Monory.

 

René Monory est mort. Vive René Monory !

 

 

Max.

18/03/2009

Xavier Darcos a perdu l’esprit … français.

Je l’avoue, je l’avoue, le titre est racoleur. Pourtant, comment résister à cette boutade quand on lit avec tout l’intérêt que nous lui devons la prose de Xavier Darcos dans Le Monde de jeudi 19 mars. « Esprit français, es-tu là ? » s’interroge-t-il en page 20. Qu’est-il arrivé à celui qui se présente à nous d’abord comme Membre de l’Institut et ensuite comme Ministre de l’éducation nationale ? C’est que, dans ce qui ressemble à une séance de spiritisme, Xavier Darcos est venu retrouver une élite perdue, celle des intellectuels et avec eux l’esprit français qui les définissaient tant par le passé. Il a beau convoquer Voltaire et Montaigne, leur attacher la compagnie tutélaire de Nicolas Sarkozy (si, si), rien n’y fait.

 

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Je n'y peux rien, moi, si Xavier Darcos en

philosophe des Lumières ressemble davantage

à du Warhol...

 

 

Selon lui, l’indépendance de pensée, la hauteur de vue, l’enthousiasme mêlé à la courtoisie dans le débat d’idées, qui caractérisaient tant cet esprit français, semblent autant de qualités perdues aujourd’hui. La République, née de l’alliance entre intellectuels et politiques, réussissant ainsi à canaliser le désir parfois violent de démocratie, serait aujourd’hui à la dérive.

 

Jugez en vous-même :

 

« Le rationnel semble exilé du débat public, tandis que la rumeur, l’outrance, la théorie du complot ou le déni de vérité s’instille jusque dans les sphères les plus éclairées du monde intellectuel ? »

« Cette tendance imprécatrice blesse l’intelligence. Elle me choque (…) Elle encourage le monde du savoir dans une défiance explicite, voire obligée, à l’égard du politique »

« Personne n’a intérêt à encourager cette dérive. Personne ne peut en justifier les vrais ressorts, qui sont le dévoiement de la fonction critique de l’intellectuel au profit d’intérêts partisans ou caricaturaux. »

« L’affaire ne se clive pas entre les bons (la gauche) et les méchants (la droite). Cette supputation est inféconde. Elle donne un exemple désastreux de notre jeunesse en privilégiant la querelle ou le préjugé plutôt que la controverse argumentée. »

 

Et puis il y a ce passage amusant : «  Il suffit pour s’en convaincre de fréquenter certains blogs ou certains forums dans lesquels les exposés les plus brillants sont parfois consacrés aux arguties de thèses les plus insensées, assorties de procès en sorcellerie ad hominem. »

 

L’intellectuel a démissionné, quitté la cité. Ou alors il s’est laissé corrompre. Ne résonnent (raisonnent ?) plus aujourd’hui que les mégaphones syndicaux dans des cortèges agressifs. Le politique est bien seul. Sans l’arbitrage certes critique, sans la hauteur de vue, sans la courtoisie de l’intellectuel, que peut l’homme politique livré à la vindicte populaire ?

 

Et cette vindicte, Xavier Darcos va encore la voir défiler depuis ses fenêtres, ce 19 mars au départ, à Paris, d’une place qui s’appelle précisément République.

 

L’intellectuel a quitté la cité, le politique est seul dans l’hémicycle et le jeune forcément ultra gauchiste a envahi la rue. Esprit français éclairé de toute sa hauteur de vue, courtois, Xavier Darcos n’a eu de cesse au cours de son ministère de dénoncer des syndicats "dont la fonction principale est la résistance au changement", répétant à l’envi « à ceux qui font grève qu'il faut qu'ils fassent attention parce que le monde, la France avancent plus vite que les cortèges".

 

Plus qu’un héritier de l’esprit français, Xavier Darcos se pose en héritier de cette République des propriétaires que Boissy d’Anglas défendait à la tribune de l’Assemblée nationale en 1795 : « Nous devons être gouvernés par les meilleurs : les meilleurs sont les plus instruits et les plus intéressés au maintien des lois ; or, à bien peu d’exception près, vous ne trouverez de pareils hommes que parmi ceux qui, possédant une propriété, sont attachés au pays qui la contient, aux lois qui la protègent, à la tranquillité qui la conserve (…). Si vous donnez à des hommes sans propriété les droits politiques sans réserve (…) ils nous précipiteront enfin sans ces convulsions violentes dont nous sortons à peine. »

 

Classes laborieuses, classes dangereuses. Certes, avec plus de courtoisie et sans doute beaucoup d’esprit, la prose de Xavier Darcos, dans Le Monde du 19 mars, ne dit pas autre chose…

 

 

Max.

16/03/2009

Le 19 mars, le sommet social sera dans la rue

20 novembre

 

29 janvier

 

19 mars

 

 

 

Que s’est-il passé depuis le 29 janvier qui justifie une nouvelle journée de mobilisation interprofessionnelle le 19 mars ? Celui et celle qui suivent en pointillé l’actualité éducative peuvent légitimement s’interroger. Elie Domota, le leader du mouvement social guadeloupéen avait raison de railler cette méthode très métropolitaine de faire grève une fois tous les deux mois quand ce n’est pas trois. Ce qui devrait nous en convaincre, c’est l’extraordinaire n'importe quoi dans lequel le gouvernement nous a plongé depuis la magnifique mobilisation du 29 janvier.

 

Episode n°1 – le méga sommet du 18 février où le chef de l’Etat recevait en grande pompe les partenaires sociaux pour leur annoncer qu’il n’avait que des miettes à leur offrir.

 

Episode n°2 – le recul sur le décret modifiant le statut des enseignants-chercheurs.

 

Episode n°3 – l’étonnant pas de deux sur ce grand n’importe quoi que constitue la réforme de la formation des enseignants.

 

Depuis le 29 janvier nous avons pris conscience que nous avions deux ministres au lieu d’un (quelle chance !). Xavier Darcos et Valérie Pécresse travaillent main dans la main pour modifier de fond en comble les conditions de formation des maîtres. Pour autant, on ne peut pas dire que la gestion de nos politiques éducatives ait gagné en clarté. Que comprenez vous de la réforme du lycée : ajournée ou annulée ? Que comprenez-vous du nouveau statut des enseignants-chercheurs : évalués ou non ? Que comprenez vous de la réforme de la formation des maîtres : stage d’observation ou en responsabilité ? Plus rien n’est clair. A force de reculs, il n’existe plus de sens aux réformes engagées. Et c’est bien le pire. De quoi débattre ? Sur quelle base négocier ? On nous parle de tout remettre à plat, de réécriture des décrets, d’aménagement de dispositifs.

 

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Par exemple que comprenez vous à la logorrhée ci-dessous, extraite du dernier communiqué de presse du Ministre de l’Education nationale du 12 mars sur le recrutement et la formation des enseignants.

 

« A l’issue des consultations et rencontres des dernières semaines, Xavier DARCOS et Valérie PECRESSE ont apporté les précisions suivantes sur cette réforme, dont le processus sera lancé dès la session 2010 des concours, conformément aux principes énoncés dans la Charte signée par les deux ministres le 30 septembre dernier.

Cette réforme verra son aboutissement à l’occasion de la session des concours 2011. Les conditions définitives de la mastérisation des enseignants feront l’objet d’une discussion avec les organisations représentatives et les acteurs concernés.

Elles seront examinées par une Commission de concertation et de suivi, coprésidée par un président d’université et un recteur. Cette commission associera les associations syndicales représentatives.

Cette commission, qui réunira en nombre égal des membres de l’enseignement supérieur et de l’éducation nationale, aura pour objectif de faire aux ministres concernés des recommandations notamment sur l’articulation entre les masters et les concours, sur la question de l’adossement à la recherche des masters, sur les éventuelles adaptations que pourront connaître les épreuves et l’organisation des concours et sur les ajustements pour certaines disciplines professionnelles de l’enseignement professionnel. » (Les passages en gras le sont sur le communiqué)  

 

Tout cela ressemble étrangement à une opération bien connue : noyez le poisson. Au cours de ces derniers mois nous en avons eu plusieurs exemples : un jour, on annonce qu’on ne touchera pas aux Sciences économiques et sociales, un autre, on ouvre les lycées à des entrepreneurs peu scrupuleux. Un jour on dit vouloir faire de l’école maternelle une école à part entière, un autre on en vide le sens même. Un jour, on dit vouloir revaloriser la fonction enseignante, un autre on lui supprime toute formation en responsabilité sur toute l’année de stage. Plus de ligne conductrice, une gestion au jour le jour, faite de déclarations péremptoires sur la soi-disant irresponsabilité des syndicats, sur le passéisme des manifestations. Les 5 bonnes raisons de faire grève que nous énoncions en janvier sont encore plus valables aujourd’hui.

 

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Depuis le 29 janvier, d'étranges docteurs sont venus se porter au chevet de notre école. Nadine Morano et son projet d'adjoindre le Ministère de l'Education à celui de la Famille (et non l'inverse!), le FMI qui invite les Etats à réduire les salaires de leurs fonctionnaires. Mais où va-t-on?

 

Une chose est certaine : le flamboyant Darcos qui promettait il y a quelques mois encore médailles, uniformes, code de la vie scolaire et quelques autres de ces beautés là a disparu corps et âme lorsqu’il s’est agi de présenter des réformes plus sérieuses. A moins que tout ceci ne soit que des contre feux servant à cacher la seule et unique politique éducative que ce gouvernement sait mener à bien : la réduction du budget des services publics. Mais qui parle encore des 13500 postes que le Ministère de l’Education s’apprête à supprimer après les 33000 des rentrées 2007 et 2008 ? 

 

Non, vraiment. Le 19 mars, il sera temps de montrer la sortie à nos chers ministres. Ils trouveront bien une ambassade ou une multinationale pour terminer gentiment leurs carrières.

 

 

Max.

 

 


podcast
Alain Bashung, Dehors.

19/02/2009

Evaluer les politiques plutôt que les personnes

Education, Hôpital, Université: A saisir ! #3

 

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De nombreuses manifestations des enseignants chercheurs ont eu lieu aujourd’hui. Ils s’élèvent notamment contre la volonté de Valérie Pécresse de monnayer l’argent de la recherche à une évaluation jugée arbitraire (nombre d’articles publiés par exemple) des chercheurs.

 

Cette volonté se double aujourd’hui du mépris que Nicolas Sarkozy témoigne à l’endroit de la recherche française accusée de « médiocre », « d’immobilisme », aux « structures obsolètes ». Comme nous le relate, entre autres Mediapart, le Président s’est mis, de manière erronée, à plaisanter au sujet des chercheurs Français qui sont incapables de voir la réalité en face, c’est-à-dire, notamment, d’admettre que leur taux de productivité, selon d'obscurs calculs élyséens, est inférieur de 30 à 50% à celui de leurs confrères britanniques.

 

Dans un article publié les 12 février sur le site Rue 89, Nestor Romero, ancien enseignant voit très justement dans la tendance à tout évaluer, le signe d'une marchandisation de l'école. Il dit notamment ceci :

 

« Tel est le maître mot: évaluation.

Tout doit être évalué, du gamin de maternelle et de cours moyen jusqu'au chercheur chenu en passant par le chômeur jeune ou moins jeune dont il convient d'évaluer sa capacité à trouver un introuvable travail, le médecin hospitalier qui aurait tendance à consacrer trop de temps à ses patients au prix de la rentabilité de l'hôpital-entreprise, et le malade qui aurait tendance à l'être un peu trop.

Car il y a des enfants de 9 ans qui ne sont pas assez "performants" et des enseignants-chercheurs qui ne cherchent pas autant qu'il le faudrait et que, comme réprimande, on enverra enseigner!

Et des chômeurs qui profitent de la situation pour se complaire dans l'oisiveté, des médecins trop attentifs et des malades imaginaires.

Il faut donc bien évaluer car la liberté, celle que ne tolère pas le "libéralisme", est source de désordres dont seule une rigoureuse évaluation peut venir à bout. »

 

Et de conclure, non sans ironie :

 

« Pourtant, ces insignifiants désordres inéluctables qui accompagnent la liberté sont bien moins redoutables que l'autoritarisme populiste et évaluateur porté par le "libéralisme".

Car ni les enfants, ni les professeurs, ni les chercheurs, ni les médecins ne sont à l'origine du désordre qui vient de saisir le monde. Qui sont donc ces fauteurs de troubles qu'il conviendrait d'évaluer avec la plus grande rigueur? »

 

La question qu’il convient de se poser est pourquoi, aujourd’hui plus que jamais, nos gouvernants tendent à vouloir inscrire dans leurs politiques cette logique d’évaluation des personnes.

 

Prenons l’exemple de l’enseignement secondaire et commençons par poser le contexte :

 

Depuis les années 70, la massification scolaire a remis en cause la confiance des citoyens vis-à-vis du système d’enseignement. Plusieurs problèmes se sont ainsi posés : mise en doute de la possibilité d’adapter au public populaire un enseignement construit pour et en fonction d’élèves issus majoritairement des classes moyennes et supérieures (débat depuis les années 70 avec mise en place du collège unique : classes hétérogènes ou groupes de niveau ?) ; mise en doute de l’efficacité du système d’enseignement, insuffisance de la formation au monde du travail et de la socialisation. Il en est découlé une crise de légitimité : l’Etat et ses partenaires, l’opinion demandent des comptes à l’Ecole. A  cela s’est ajoutée la pression des médias et des institutions internationales (Union européenne, OCDE).

 

Autre élément de contexte: les lois de décentralisation éducative des années 1985-1986. Les collectivités se sont vues attribuer la responsabilité des investissements et du fonctionnement matériel des établissements, ce qui a conduit à un partage de la tutelle entre les services académiques et les collectivités territoriales. Par ailleurs, les établissements se sont autonomisés (ce sont eux qui, par exemple répartissent la dotation horaire). Du fait de ce transfert de responsabilité aux élus locaux, d’administrative, la gestion de l’école est devenue plus politique. La prise en compte des demandes du terrain s’est accrue aboutissant entre autre au desserrement de la carte scolaire. Suivant cette nouvelle logique, l’Etat a également renoncé à l’intégration dans les services publics d’Etat de l’enseignement privé. Nous l’avons vu dans la note précédente cette tendance est aujourd’hui en train de s’accélérer.

 

Depuis les années 70 et surtout 80, le système éducatif français s’est donc considérablement transformé, de nombreuses politiques éducatives se succédant jusqu’à aujourd’hui. Certains spécialistes parlent même de « révolution invisible ». C’est dire comme on y a vu que du feu. Pourtant rarement elles ont été évaluées. Seuls des procès en politique éducative ont eu lieu, la droite démontant la logique de la gauche et vis versa.

 

La logique d’évaluation du gouvernement poursuit cette tendance irresponsable : évaluer les hommes et non le système et les politiques qui l’animent. Au bout du compte, ils nous laissent en héritage un millefeuille dont on croit qu’il produit plus d’échec scolaire que de réussite ce qui est, reconnaissons le, une aberration. 

 

Avec la décentralisation, les compétences en matière de politique éducative sont devenues diverses et rarement concentrées entre les mains des mêmes acteurs (l’Etat gère les personnels, les collectivités gèrent les investissements matériels, les établissements la répartition de leur dotation horaire). L’évaluation des politiques éducatives est donc aujourd’hui indispensable. Les anglos-saxons l’ont largement développée. Elle permet à tous les acteurs, même les plus petits de continuer à exercer un pouvoir de contrôle démocratique de ces politiques.

 

Vouloir, comme le fait le gouvernement, évaluer les personnes et non les propres politiques qu’il met en œuvre est une spécialité française. Cela permet, en tout cas, à l’homme politique médiocre, d’amuser le parterre et d’intenter sans beaucoup d’efforts, d’inutiles procès en immobilisme.

 

 

Max.

 

Pour approfondir :

 

ROMERO Nestor, La tendance à tout évaluer, signe d'une marchandisation de l'école, Rue 89, 12 février 2009

LEMIEUX Cyril, Enseignants-chercheurs : Nicolas Sarkozy a-t-il commis une erreur ?, Médiapart, 15 février 2009

ROLLOT Catherine, Enseignants-chercheurs : les raisons d'une révolte, Le Monde, 18 février 2009

DUTERCQ Yves, Politiques éducatives et évaluation, querelle de territoires, PUF, 2000

 

Et puis, si vous avez loupé les épisodes précédents:

 

Education, Hôpital, Université: A saisir ! #1

Education, Hôpital, Université: A saisir ! #2

 

15/02/2009

Masterisation: la réforme la plus bête d'un ministre à bout de souffle

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Bête. Aucun autre mot ne vient à l'esprit. La réforme dite de masterisation proposée par Xavier Darcos est probablement la réforme la plus bête que notre ministre et les belles personnes de son cabinet ont pu pondre depuis bientôt deux ans qu’ils sont au pouvoir.

 

La réforme la plus bête, en effet, car elle consiste à supprimer l’année de formation supervisée par l’IUFM. Contrairement à ce que l’on entend par ci par là, ce n’est pas une année à l’IUFM (dont la réforme s’impose, il est vrai). Je le répète : ce n’est pas une année à l’IUFM mais une année en responsabilité face à 1 ou 2 classes. Les jeunes professeurs ayant réussi leur concours théorique (CAPES ou Agrégation) sont admis à suivre une année où ils vont essuyer les plâtres en ayant une ou deux classes en totale responsabilité en collège ou lycée. Cela représente 8 heures de cours par semaine toute l’année scolaire, seul face aux élèves. Le reste du temps est consacré à des cours de pédagogie à l’IUFM et un travail de préparation réalisé sous le tutorat d’un enseignant expérimenté travaillant dans le même établissement. A l’issue de cette année, le jeune novice est titularisé et se voit affecté dans un établissement à temps plein comme tous ses collègues.

 

La réforme chapeautée par Xavier Darcos et Valérie Pécresse fait tout le contraire. Les futurs enseignants doivent, à l’université, suivre des cours censés les former à l’enseignement. Des cours sans doute réalisés par des praticiens mais des cours tout de même, c'est-à-dire de la théorie. Pendant cette formation, les novices suivent des stages, certes, mais des stages épisodiques d’observation dans la classe d’un collègue. Le futur enseignant n’a plus de classes en responsabilité pour lesquelles il élabore, met en œuvre, corrige tout au long de l’année un programme de cours. Le futur enseignant n’apprend plus, de lui-même, à gérer des classes de 30 élèves en collège ou 37 à 40 élèves en lycée. A certains moments de l’année, il sera en observation, au fond de la classe en train de voir faire un autre, qui pourra, certes, parfois, lui laisser les rênes. Mais jamais plus, pendant sa formation, il n’aura à gérer, le temps d’une année scolaire, une classe de la rentrée de septembre jusqu’à la fin des cours en juin. Jamais plus, pendant sa formation, il ne participera, en tant que professeur à part entière, aux conseils de classe de SES classes.

 

On touche là à ce qui fait l’essentiel de la formation d’un professeur. Non pas des cours dispensés dans un IUFM ou une université (qu’importe le lieu d’ailleurs). Mais la pratique. Pour être un bon professeur, il faut plus d’une fois, se planter, échouer à transmettre des notions. Ce métier n’est pas inné. L’année dite «  en responsabilité » (8 heures face à élève plutôt que 18) est une année de calibrage. Reprendre sans cesse sa leçon et la remettre sur l’établi pour mieux mesurer ce que l’on doit, ce que l’on peut transmettre. Cette maturation demande du temps, beaucoup de temps. L’étudiant doit devenir professeur. Changer de planète en somme. Certains jeunes professeurs sortent d’études ultra poussées dans leur domaine de compétence et  doivent du jour au lendemain enseigner le BA Ba  à des élèves de 11 ans. On croit que c’est simple mais c’est tout le contraire. Nous savons tous écrire des pages entières mais qui aujourd’hui peut expliquer une règle grammaticale à un enfant qui ne sait pas encore rédiger et argumenter. Pourtant sans grammaire, nos textes seraient tout simplement illisibles. Nous ne nous posons plus la question de l’équilibre lorsque nous marchons. Pourtant, il a bien fallu que nous l’apprenions. Ce n’est pas parce qu’un professeur masterisé dira à son élève : « Lève toi et marche » que celui-ci voudra et saura le faire.

 

Une bonne formation des maîtres est une des conditions essentielles de la lutte contre l’échec scolaire. Oui, aujourd’hui, cette formation n’est pas suffisante. Mais, oui aussi, le secret d’une bonne formation c’est de donner du temps. La réforme en cours et contre laquelle il nous faut lutter de toutes nos forces est une aberration. Elle consiste à plonger directement dans le bain un jeune professeur sans qu’il n’ait jamais pratiqué le métier à petite échelle. C’est tout bonnement suicidaire.

 

Mais, on comprend bien la manœuvre : une belle économie tout d’abord puisque le ministère paiera le même salaire (plus une petite prime de début de carrière) un jeune titulaire qui fera 18 heures contre 8 aujourd’hui. Une manière de combler les vides crées par les suppressions massives de postes depuis 2 ans déjà et qui vont se poursuivre (13500 à la rentrée 2009). Un jeune titulaire corvéable à merci qui pourra aller boucher les trous dans plusieurs établissements la même année (6 heures par ci, 6 heures par là et encore 6 heures par là). Mais à quel prix !

 

Non, vraiment. Nous avons beau tourner cette réforme dans tous les sens, une seule question demeure : Comment peut on réformer aussi bêtement ? (1) Cette question devient un abîme de perplexité quand on sait que cette réforme est le fruit de la réflexion d'un ministre réputé intelligent et fin connaisseur de notre système éducatif.

 

Désormais, c’est une certitude : il y a bien au moins un poste à supprimer dans l’Education nationale : celui du ministre.

 

Max.

 

 


podcast
 Jacques Higelin, Crocodaïl

 

  

(1) Xavier Darcos a même osé prétendre, comble de la mauvaise foi, jeudi dernier sur RMC que "Aujourd'hui (...) les professeurs passent un concours, ils sont mis dans l'Institut de formation des maîtres, où on leur apprend des théories générales sur l'éducation et de temps à autre, ils vont remplacer un professeur absent. C'est pas comme ça qu'on forme des gens. Autrement dit, ils sont sans arrêt devant un simulateur de vol. Alors que dans le système que je propose, ils ne seront pas dans un simulateur de vol". Toute la démonstration faite ici vise à démontrer que c’est, bien sûr, le contraire qui va se passer.

09/02/2009

Education, Hôpital, Université: A saisir ! #1

commissaire priseur.jpg« Adjugé. Vendu. » C’est peut-être bien par ces mots que se clôtureront bientôt rituellement les con-seils des ministres.

Education, hôpital, université. Le gouvernement est à la manœuvre depuis plusieurs mois pour changer radicalement le visage des services publics qui sont l’une des grandes spécificités de notre modèle républicain. Conformément aux règles européennes imposées par la Commission européenne et le traité de Lisbonne, les missions de services publics remplacent les services publics. La différence ? Une mission peut être réalisée par une entreprise privée. Problème ? Au lieu de répondre de principes comme ceux de l’égalité, de la continuité et de l’adaptabilité, une entreprise privée dans son sacro-saint monde de la concurrence libre et non faussée impose ceux de rentabilité, de performance, de compétitivité.

Partout, le saucissonnage des services publics est à l’œuvre. Partout la loi sépare ce qui est rentable de ce qui ne l’est pas. A l’Etat la charge des urgences, de l’échec scolaire, des filières universitaires non industrielles. Au privé le bénéfice de la chirurgie, de la formation des élites, de la recherche expériementale. Pourtant l’un ne peut pas vivre sans l’autre. Car le service public est avant tout un équilibre.

Je démarre ici une série de billets sur cette transformation qui est à l’œuvre, aujourd’hui à l’université et à l’hôpital et demain dans l’éducation. Mais, pour commencer étudions, selon quelle logique et quel processus la progressive privatisation de l’énergie s’est faite en France et dans le monde, au cours de la décennie qui s’achève. Un modèle du genre dont nous tenterons de démontrer qu’il est, aujourd’hui, à l’oeuvre pour le démantèlement de nos autres services publics.

EDF, LES APPRENTIS SORCIERS
Un film de Gilles BALBASTRE, 2006, 52 min

04/02/2009

Aurait-on perdu l'étoffe des héros?

arrivée_course.jpg

 

Les temps sont durs. On nous le rabache à longueur de journée : les Français ne sont pas assez battants, pas assez entrepreneurs, pas assez aventuriers, pas assez chômeur-créant-sa-propre-entreprise.

 

Il y a quelques jours une étude du Ministère de l’Education nationale pointait la baisse du niveau scolaire depuis 20 ans. Morceaux choisis:

 

« La même dictée a été proposée aux élèves de 1987 et de 2007, à partir d’un texte d’une dizaine de lignes (85 mots et signes de ponctuation). Le nombre d’erreurs (nombre de mots mal orthographiés ou de ponctuations erronées) a augmenté en moyenne : de 10,7 en 1987 à 14,7 en 2007. Le pourcentage d’élèves qui faisaient plus de quinze erreurs était de 26 % en 1987, il est aujourd’hui de 46 %. Ce sont principalement les erreurs grammaticales qui ont augmenté : de sept en moyenne en 1987 à onze en 2007. Par exemple, 87%des élèves conjuguaient correctement le verbe "tombait" dans la phrase "Le soir tombait." ; ils ne sont plus aujourd’hui que 63%des élèves. En revanche, sur des conjugaisons difficiles pour les élèves de CM2, comme l’accord avec l’auxiliaire "avoir", le pourcentage de réussite n’évolue pas : environ 30 % des élèves, que ce soit en 1987 ou en 2007, écrivent correctement le verbe « vus » dans la phrase "Elle les a peut-être vus !".

(…)

L’évolution des performances est la même chez les garçons et chez les filles. En lecture et en calcul, les différences sont ténues aujourd’hui comme il y a vingt ans, même si les garçons ont légèrement l’avantage en calcul, et les filles l’avantage en lecture. C’est surtout en orthographe que les filles se distinguent: elles font en moyenne deux erreurs de moins que les garçons.(…) Ces résultats sont cohérents avec ceux des récentes évaluations internationales PIRLS et PISA et doivent alerter sur l’augmentation du nombre d’élèves en difficulté dans le système éducatif français. Ainsi, l’enquête PISA fait ressortir une augmentation de la proportion de jeunes de quinze ans en difficulté de lecture. Si l’enquête PIRLS ne décèle pas de tendance significative en France ; les résultats des élèves de CM1 en lecture apparaissent médiocres par rapport aux résultats moyens des élèves européens.»

 

Ainsi, de la SNCF jusqu’à l’élève de CM2 face à sa dictée, plus personne n’est performant.

 

Mais quel sens donner à ces chiffres sortis de leur contexte. En 20 ans, nos élèves ont peut-être perdu en grammaire mais n’ont-ils pas gagné en langues étrangères, en informatique, en sciences ?

 

En fait, peut-être ne faisons nous que constater le non sens et donc l’échec d’une de ses mythologies occidentales après laquelle nous ne cessons de courir (c’est le cas de le dire) depuis les années 50 : celui du culte de la performance.

 

« L’un des théorèmes était : il n’y a ni accidents ni imperfections fatales dans les machines, il n’y a que des pilotes qui n’ont pas l’étoffe. (Autrement dit, le destin aveugle ne peut pas me tuer.) Lorsque Budd Jennings s’écrasa aux commandes de son avion en flammes dans les marais de Jacksonville, les autres pilotes de l’escadrille de Pete Conrad dirent : "Comment peut-on être aussi bête ?" […] Une fois qu’on avait compris le théorème et son corollaire, les statistiques de la Marine selon lesquelles un pilote sur quatre, dans l’aéronavale, mourrait, n’avaient aucun sens. Les chiffres étaient des moyennes et les moyennes s’appliquaient aux pilotes d’étoffe moyenne. »

 

T. Wolfe

L’Etoffe des héros

A méditer…

 

Max.

01/02/2009

DGH mon amour ! *

engrenages.jpgLes banderoles du 29 janvier sont à peine revenues dans les salles des professeurs que les collèges et lycées prennent connaissance des milliers de suppres-sions de postes de la rentrée 2009. 

 

Epreuve redoutée des chefs d’établissement, l’annonce des Dotations Globales Horaires (DGH) des collèges et lycées qui a lieu ces jours-ci ne l’est pas moins pour les personnels qui vont savoir sur qui le couperet des 13500 suppressions de postes va tomber à la rentrée prochaine. Depuis près de 20 ans déjà, les chefs d’établissement scolaire ont, en effet, une certaine autonomie dans la répartition des heures au sein de leur structure, dans l'organisation de l'établissement en classes et en groupes d'élèves ainsi que pour les modalités de répartition des élèves. Les arbitrages, délicats compte tenu du contexte, qui se font à ce moment là déterminent pour beaucoup les relations entre professeurs et équipe de direction.

 

DGH, mode d'emploi

 

Chaque année, les Inspections Académiques départementales (pour les collèges) ou les Rectorats (pour les lycées) dotent chaque établissement d’un contingent global d’heures d’enseignement : c’est la DGH (Dotation Globale Horaire). Cette DGH se compose d’heures postes (HP), correspondant aux postes fixes implantés dans les établissements (1), et d’heures supplémentaires années (HSA). Elle est, enfin, modulée en fonction des caractéristiques de l’établissement : le nombre d’heures par élève (H /E) est d’autant plus élevé que l’établissement scolarise un public plus socialement défavorisé.

 

La DGH n’est pas répartie par l’administration académique entre les disciplines ; cette répartition doit être faite par le chef d’établissement, éventuellement après avis de son conseil d’administration. Le chef d’établissement doit en prévoir la répartition. Il va alors élaborer la future « structure » de l’établissement. En fonction des options assurées ou en projet, il doit définir le nombre de divisions par niveau. Il calcule ensuite le nombre d’heures de chaque discipline qui lui est nécessaire et compare avec les heures dont il dispose. Il en déduit des demandes de création ou de fermeture de postes.

 

Cette « structure » est ensuite présentée à l’administration académique et des ajustements peuvent alors intervenir ; si le chef d’établissement estime que la DGH ne lui permet pas d’assurer les enseignements, il argumente pour avoir une « rallonge ». La DGH peut enfin être ajustée à la rentrée en fonction des effectifs réels d’élèves.

 

Ambiance

 

Hélas, hélas, ces dernières années ce système s’est grippé. Les administrations académiques sont chargées de mettre en œuvre la politique gouvernementale de suppression de postes. Au prix de fermeture d’options, d’augmentation des effectifs par classe, les DGH se réduisent et ne permettent plus d’ouvrir autant de classes que les années précédentes. Au collège Lamartine de Houilles (78), la rentrée 2009 verra ainsi la fermeture d’une nouvelle classe de 3ème (après avoir déjà vécu, à la rentrée 2008, la fermeture de trois classes). Economie pour l’année 2009 / 2010 : 3 demi postes de professeurs.

 

C’est là qu’intervient l’arbitrage du chef d’établissement. Qui devra partir ou se voir affecter deux établissements au lieu d’un ? C’est là aussi qu’interviennent les heures supplémentaires (HSA) attribuées à l’établissement. Affectées aux études dirigées ou à la remédiation (soutien en français ou en mathématiques par exemple), elles s’ajoutent aux services des professeurs titulaires qui arrondissent ainsi leurs fins de mois. Dilemme : ne serait-il pas plus juste d’affecter ces heures de soutien aux professeurs touchés par la suppression d’une partie de leur poste… Ils ne seraient plus obligés de se partager entre différents établissements.

 

Disons le : dans ce contexte de suppression massive de postes, les heures supplémentaires sont une plaie. Dans certains établissements, certains postes sont supprimés, une partie de leurs horaires transformés en heures supplémentaires octroyées aux professeurs qui restent. Les accepter revient à entériner le départ de son propre collègue. Les accepter revient aussi à entériner une logique qui vise à augmenter le temps de travail de l’ensemble des personnels : un jour, travailler trois ou quatre heures de plus deviendra la norme pour tous.

 

 

Max.

 

Petite précision (02/02 à 17h45) : Au collège Lamartine de Houilles (78), la rentrée 2008 a vu la suppression de 3 classes et de l’équivalent de 5 postes d’enseignants. La nouvelle DGH promise amènerait le total de classes supprimées à 4 et le nombre de postes à 6,5. En 2 ans, la saignée est donc particulièrement rude. Parallèlement, le nombre d’élèves par classe a fortement augmenté…

 

 

 

 

(1) Parmi les heures postes il existe aussi des heures affectées à des postes à durée déterminée (l'année scolaire en principe). Ce sont des heures non pourvues par des titulaires mais par des remplaçants à l'année.

 

* Pour sa 100ème note, ce blog revient à ses origines.

24/01/2009

Quand le gouvernement redécouvre la proximité

escalier1-thumb.jpg

Rapprochez vous. Là. Rapprochez-vous encore un peu. Encore un petit peu. A droite. Oui, un chouilla à gauche maintenant. Voilà. C’est parfait. Merci beaucoup.

 

On se souvient de Nicolas Sarkozy décla-rant de manière définitive, en 2005, lorsqu’il officiait, place Beauvau comme mini-stre de la police, que « pour la mission [de prévention], il y a des éducateurs, la police est là pour arrêter les coupables ». On se souvient aussi, du candidat à son ultime élection déclarant qu’il voulait rétablir l’autorité contre l’assistanat. Car « l’assistanat c’est le contraire de la responsabilité parce qu’avec l’assistanat l’homme subit au lieu de vouloir ».

 

Or, nous assistons. Nous assistons actuellement à un retour des politiques de la proximité chères aux anciens gouvernements de gauche des années Jospin. Il suffit simplement de regarder de près deux récentes mesures pour s’en convaincre.

 

Michelle Alliot-Marie (MAM) a décidé d’essaimer, nous dit-on dans 20 minutes, les Unités territoriales de quartiers, les Uteq, partout en France. Ces unités, créées en 2008, regroupent des policiers pérennes qui, grâce à une formation spécifique auprès d’acteurs politiques et associatifs locaux, ont une meilleure connaissance du terrain et développent une proximité avec les habitants.

 

Xavier Darcos, quant à lui, a inventé cette semaine sa police de proximité éducative. Il appelle cela les « médiateurs de la réussite scolaire ». Mission : ramener dans les salles de classe les élèves absentéistes plus prompts à aller faire des économies et réussir les soldes qu’à aller faire de l’Economie et solder ainsi leurs études par un bel échec scolaire. Contrairement aux policiers de MAM qui devraient être, on l’imagine de jeunes fonctionnaires sortis de l’école de police, on ne sait pas exactement qui seront ces bleus qui iront frapper aux portes des élèves absentéistes. Des contrats aidés nous dit-on. Des précaires donc et jeunes. Seront-ils bien plus âgés que ceux qu’ils auront pour tâche de ramener vers la saine éducation de nos écoles de la République ? Peut-être eux aussi auront-ils droit à une formation spécifique auprès d’acteurs politiques et associatifs locaux. Avec un peu de chance auront-ils le loisir de croiser la nouvelle police de proximité et faire des échanges de fichiers et d’expérience ?

 

Ce soudain besoin de proximité éclaire deux conséquences des politiques menées depuis plusieurs années : à ne voir dans les services publics que des guichets multi fonctions on perd le contact avec les populations que l’on est censé servir et la qualité des services rendus s’est considérablement et très rapidement dégradée (Combien d’ « usagers » des transports parisiens savent-ils que les grèves paralysant la gare Saint-Lazare ont pour origine la réduction du nombre de postes et donc de trains ?)

 

13_tuiles.jpgToujours est-il que tout ceci est bien dommage. Depuis deux ans, le ministère de l’Education natio-nale s’emploie à supprimer des dizaines de milliers de postes dans nos éta-blissements scolaires. 33000 postes en moins auxquelles s’ajouterons les 13500 de la rentrée 2009. Autant d’adultes en moins dans nos écoles, collèges et lycées pour s’apercevoir au final qu’on a perdu le contact avec nos élèves les plus en difficultés. Il suffirait pourtant de recruter davantage de conseillers principaux d’éducation (CPE) dont le rôle est justement de s’occuper de la vie scolaire de nos établissements, des fonctionnaires expérimentés indispensables interfaces entre l’intérieur et l’extérieur. Ils feraient le travail, à eux seuls de dizaines de ces jolis médiateurs.

 

Le combat que mènent de nombreux professeurs des écoles refusant de suppléer à la suppression des professeurs spécialisés dans la difficulté scolaire, les fameux RASED, est exemplaire : supprimer des postes conduit à réduire le nombre d’adultes auprès des élèves, à uniformiser les missions de ceux qui restent. La qualité de l’enseignement dispenser ne pourra qu’en être réduite à son tour.

 

Mais, il est vrai que d’ici là, on aura démarré une nouvelle campagne électorale et le candidat à sa propre réélection pourra de nouveau avoir le verbe facile et déclamer

 

« Il est temps de dire non à ce formidable mouvement d'inversion des valeurs.

D'ailleurs, on voit où cela nous a menés.

Quand tout se vaut, plus rien ne vaut rien.

Quand il n’y a plus d’interdit, quand il n’y a plus de tabou, quand il n’y a plus de hiérarchie des valeurs, quand il n’y a plus de limite, quand il n’y a plus rien de sacré, alors il n’y a plus de liberté.
Parce que trop de liberté pour tous tue la liberté de chacun.

Parce que personne n’est libre quand personne ne sait plus ce qu’il peut raisonnablement attendre des autres.
Parce que lorsque tout est permis, plus rien ne l’est.

Parce que lorsqu’il n’y a plus de règle, plus de loi commune, plus de norme, plus de valeur partagée, il n’y a plus rien pour endiguer le mal qui est dans l’homme, pour canaliser la violence, les instincts, les pulsions, la loi de la force, la loi des bandes, la loi des voyous. » (1)

 

La grève générale du 29 janvier a trouvé ces derniers jours une nouvelle raison d’être.

 

Max.

 

(1) Discours de Nicolas Sarkozy à Perpignan, 23 février 2007

 

 

 

18/01/2009

Xavier Darcos contre les syndicats : veillée d’armes en attendant le 29 janvier

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Nous le savons déjà, le gouvernement n’aime guère les syndicats qui s’opposent à sa politique. Xavier Darcos ne déclarait-il pas, en novembre dernier, quelques jours avant la grande manifestation qui allait le convaincre deux semaines plus tard de renoncer à sa « réforme » incompréhensible du lycée : les syndicats de l'Education nationale "dont la fonction principale est la résistance au changement", estimant qu'"organiser de manière systématique" des grèves comme "réponse aux problèmes de l'école" était "démodé". Il ajoutait : "J'ai envie de dire à ceux qui font la grève qu'il faut qu'ils fassent attention parce que le monde, la France avancent plus vite que les cortèges". Pour lui, "organiser de manière aussi systématique et si répétitive comme réponse aux problèmes de l'école des protestations, des refus (...) est une (façon) démodée d'aborder les problèmes".

 

Les syndicats, donc, ne seraient pas représentatifs : "Par définition, depuis que nous organisons le travail à l'éducation nationale, il y a une résistance des appareils qui n'est pas celle des professeurs. Les professeurs méritent mieux que d'avoir des syndicats dont la fonction principale est d'organiser la résistance au changement comme si le monde ne changeait pas autour de nous". (Source: Le Figaro)

 

 

Problème : début décembre, ces mêmes syndicats, organisateurs des grèves, remportaient près de 90% des voix aux élections professionnelles avec un taux de 64% de participation. Camouflet. Les syndicats sont bien représentatifs et même massivement représentatifs. Nous avions donc appris à ignorer le ministre sur ce point...

 

Irresponsables et coupables

 

A l’approche de la prochaine mobilisation du 29 janvier, Xavier Darcos doit changer de stratégie : les syndicats ne sont plus peu représentatifs, ils sont irresponsables (1).

 

Les « évènements » de la gare Saint Lazare lui en donnent l’occasion rêvée. Nicolas Sarkozy a lancé le premier, en milieu de semaine dernière, l’offensive :

 

"J'ai du respect (pour les syndicats), ils jouent un rôle irremplaçable et nous devons les encourager à développer leur représentativité. Mais, en tant que président de la République, je ne peux pas accepter qu'une organisation syndicale irresponsable casse le service public et bafoue l'intérêt des usagers du service public en fermant la deuxième gare de France, sans prévenir personne, en se moquant des intérêts des usagers".

 

Xavier Darcos lui a donc emboîté le pas aujourd’hui sur Europe 1 : "Evitons que les écoles soient des petites gares Saint-Lazare partout" a-t-il déclaré.

 

Le message est clair : une école fermée du fait de la grève sera le fruit de l’irresponsabilité des syndicats et des enseignants grévistes.

 

Olivier Besancenot a bien raison d’affirmer que "Nicolas Sarkozy est mal placé pour parler [du service public, ndlr]. Lui et son gouvernement passent leur temps à démanteler le service public, que cela soit les transports ferroviaires, la santé, la Poste… Partout il y a des suppressions d'emplois. Les vraies raisons du conflit à Saint-Lazare sont là." (…) "Les grévistes ne sont pas responsables de la situation ! Pendant trois semaines, la direction a refusé de négocier. Je comprends la colère des usagers. Mais ça ne retire rien à ma solidarité avec les grévistes. Les cheminots ne luttent pas pour des droits corporatistes mais pour que les services publics fonctionnent bien."

Et de conclure : "Nicolas Sarkozy a une volonté : taper fort sur tous ceux qui contestent (...) Le gouvernement veut faire des exemples car il a peur de l'extension des conflits, de la jonction entre grévistes (...) Nicolas Sarkozy essaie de criminaliser le mouvement social."

 

Tout a été dit ce week-end.

 

Max.

 

(1) Le post.fr dont sont issues les citations suivantes se fait l'écho des dernières déclarations en la matière.

 

PS: l'illustration du début est une improvisation à partir d'une affiche de la SNCF sur ses tarifs dégressifs ("difficile de passer à coté")

16/01/2009

Xavier Darcos veut sauver la filière textile

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Pauvre Xavier Darcos. Rien. Il n’a rien eu. Xavier Bertrand. Promu. Brice Hortefeux. Promu. Eric Besson. Rendez vous compte : Eric Besson. Promu.

 

Et Xavier Darcos ? Rien. Pas promu.

 

Alors, notre ministre a ressorti son petit calepin à idées géniales. Il y avait déjà puisé le code de vie scolaire et les médailles. Sur une vieille page jaunie, il vient de remettre la main sur l’uniforme. Que tout cela fleure bon l’école à papa.

 

Bon. Me voilà bien méchant. Après tout, certains s’exclameront :

 

« Enfin des Ministres dignes de ce nom (oui à l'uniforme) qui essaient de reprendre le terrain perdu par les nostalgiques et irresponsables soixante-huitards attardés qui on amenés cette jeunesse là où elle est. Il est interdit d'interdire qu’ils disaient même les couteaux arrivent en classe à quand les fusils et je ne parle pas des petits menteurs qui poussent les enseignants au suicide. Bravo messieurs les Ministres continuez à mettre de l'ordre. »

 

Ou encore :

 

« Totalement pour l'uniforme à l'école et ce jusqu'au lycée! Plus de railleries parce qu'on n'a pas les dernières Nike ou autres Lévis 501 !! Les petits caïds perdront de leur "pouvoir" dans les cours d'écoles, car on ne les remarquera plus avec leurs fringues tombées du camion flambant neuves, et les jeunes dont les parents ne peuvent pas se permettre d'acheter une paire de grole à 100 euros (!), ne se sentiront plus lésés. Je ne suis pas "copain" avec l'armée, mais je pense que le principe de l'uniforme peut être un bonne direction pour rappeler à certains ce à quoi sert l'école! Evidemment, les fabricants des marques, vont crier au scandale ! mdr je vois ça venir gros comme une maison. » (1)

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C'est les soldes. Courez achetez votre uniforme !

 

Mais au-delà de ce débat vieux comme la République, il semblerait bien que, voulant bien faire, Xavier Darcos ait commis une petite bourde.

 

Ce n’est pas moi qui le dis. C’est Nicolas Sarkozy. Le 16 décembre dernier, dans son discours sur l’égalité des chances à l’Ecole polytechnique. Si si. L’Ecole polytechnique.

 

« Depuis trop longtemps nous trahissons l’idéal républicain en proclamant notre attachement à une République formelle sans nous soucier de construire la République réelle.

 

Il n’y a pas de République réelle sans volontarisme républicain.

 

Il n’y a pas de République réelle sans la volonté de corriger les inégalités, en traitant inégalement les situations inégales.

 

On ne peut progresser vers l’égalité réelle qu’en s’attaquant à la fois aux causes et aux conséquences des inégalités, des injustices, des discriminations. »

 

Ainsi (pour redevenir un peu sérieux) nous voilà face à un gouvernement qui prône tout et son contraire, qui déclame son amour de la diversité et mais invite à l’uniformité, qui discoure sur la république réelle mais court après une république formelle. Comment s’y retrouver.

 

Effectivement, la République doit avoir la volonté de corriger les inégalités, s’attaquer aux causes et conséquences des inégalités à condition … de ne pas en être la cause. Les premières études commencent à tomber : l’assouplissement de la carte scolaire aurait un « effet inverse » à l’objectif de mixité.

 

Uniforme ! Cachez ces inégalités que je ne saurai corriger…

 

 

 

Max.

12/01/2009

Voeux 2009: Sur l'Education, Nicolas Sarkozy fait diversion

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Nicolas Sarkozy a présenté, ce lundi 12 janvier, à 12h20, ses vœux aux personnels de l’Education nationale. Certes, certes, ce genre d’exercice ne se prête pas aux réflexions de fond. Mais tout de même, aide-t-il à deviner la philosophie et la nature des grands chantiers à venir.

 

Or, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on est loin du compte.

 

Des questions, le monde enseignant, et le monde tout court d’ailleurs, en ont :

 

La marchandisation qui atteint toute les activités contournera-t-elle l’école ? Le sanctuaire scolaire peut-il espérer ignorer impunément la modification des comportements sociaux dans un monde que dominent les valeurs et les résultats de la société du « tout et libre marché » ?

Le vieillissement de la population ne promet-il qu’une agréable baisse des effectifs dans nos classes (Le ministère estime à 20 000 le nombre d’élèves en moins l’an prochain dans le secondaire) ?

La massification, tout compte fait, réussie de l’accès à l’école satisfait-elle la démocratisation que nous voulions ?

Quid du supplice du collège unique ? (Après l’école primaire, nous réformerons le lycée, dit Nicolas Sarkozy. Mais que fait-il de ce qui les relie, à savoir le collège ?) Quid des modèles pédagogiques uniques ? Quid du brise reins que constitue le premier cycle universitaire ? Quid de la misère sociale de tant de jeunes en formation ?

 

Il semble, hélas, que, pour nos gouvernants, tout cela ne soit qu’inconvénients mineurs. En témoignent les extraits de l'intervention du Président de la République repris par 20 minutes:

 

 

 

En témoignent aussi les deux nominations annoncées :

 

Richard Descoings, tout d’abord. Médiatique directeur de l'Institut d'études politiques de Paris, il sera chargé de conduire la mission de concertation ("d'analyse, de compréhension, d'écoute et de proposition") sur la réforme du lycée, sous la direction de Xavier Darcos. Il est connu pour avoir créé en 2001, pour accéder à son établissement, une filière dérogatoire au concours à l'intention d'élèves des zones d'éducation prioritaire (ZEP).

 

Martin Hirsch, ensuite. Déjà commissaire aux Solidarités actives, il prendra la tête d’un nouveau haut commissariat à la Jeunesse. Bernard Laporte se verra ainsi privé d'une partie de son secrétariat d'Etat (aux Sports et à la Jeunesse). « Le Président entend ainsi montrer qu'il accorde une importance particulière au désarroi de la jeunesse, qui a conduit selon lui à la contestation lycéenne de la fin 2008 », résume 20 minutes.

 

A eux deux, ils résument la philosophie de Nicolas Sarkozy en matière d’éducation :

D’une part (et c’est peut-être bien le sens à donner à la nomination de Richard Descoings), faire en sorte que les restrictions budgétaires n’empêchent pas le système de produire la bonne proportion des jeunes parvenant aux mêmes grandes écoles que leurs parents. Mais est-ce la seule élite dont notre société a réellement besoin ?

D’autre part, calmer la jeunesse, qui pourrait bien venir en appui à la mobilisation, parfois un peu faiblarde, des personnels de l’Education face à la « réformite » aiguë  de Xavier Darcos.

 

Voilà de quoi transformer les meilleures idées en gadgets et donner le tournis aux acteurs de terrain.

 

Voilà à quoi se résume la volonté politique essoufflée de Nicolas Sarkozy : amuser le parterre… et faire diversion.

 

Max.

 

 

 

Du vent, des pets des poums, dirait Gainsbourg.

 

01/01/2009

Xavier Darcos vous souhaite une joyeuse année 2009

Un petit mot de notre cher ministre pour cette année deuxmilleNEUF qui commence :

Darcos_voeux.JPG
Pour voir l’animation cliquez sur PLAY

 

Je souhaite une bonne et heureuse année à tous les lecteurs de ce blog.

Max.

30/12/2008

Read before burning

orcival3.JPG
Face à la montée des tensions en France, nous poursuivons notre tour d’horizon de la presse étrangère. Après avoir ouvert nos colonnes à un quotidien de Bogota, nous accueillons aujourd’hui l’article poignant de vérité d’un journaliste irakien qui découvre à la lecture du magazine Valeurs actuelles une réalité proche de la sienne.

Voici son reportage :

"Attention ! Un groupe de lycéens, juste derrière vous. Quatre types. Ils approchent. - ­ OK, bien reçu. Pierre-Marie, tu ralentis, laisse passer."

Nous sommes en plein cœur de Paris, 9ème arrondissement. Le chauffeur de notre taxi obéit. Amis ou ennemis ? Bref silence tendu dans l’habitacle. La radio de bord a cessé de crachoter. Sur le siège passager avant, les puissantes mains  de Jean-Marie se crispent sur la batte de base-ball posée en travers des genoux.

A Paris, aujourd’hui, plus personne ne fait confiance à personne. La méfiance est à la mesure de l’insécurité : générale. Dans les embouteillages, vite titanesques lorsque des hordes d’enseignants décident soudainement de faire grève pour bloquer une avenue ou un pont, chacun observe attentivement chacun. Les quatre types devant sont-ils flics en civil, bandits, enseignants, ou membres de la guérilla lycéenne ? Le jeune tout seul sur son vieux scooter amoché, sur notre flanc gauche : innocent étudiant ou kamikaze fanatisé qui va, dans une seconde, actionner sa charge explosive et perpétrer un carnage ?

Pour François d’Orcival, journaliste courageux et téméraire à Valeurs Actuelles, dans le 9ème arrondissement, « il ne s’agit que de mouvements ultraminoritaires, la plupart des enseignants se défendent d’entrer dans leur jeu et font même de la résistance active contre cette dérive. Mais que peut faire un chef d’établissement, aidé par quatre surveillants, lorsqu’un groupe cagoulé surgit dans les classes pour y briser les ordinateurs à coups de battes de base-ball ? Il appelle au secours. Mais autour de lui, la société elle-même est gangrenée. Les ligues minoritaires ont pris le contrôle de certains syndicats, ainsi que de ces associations de parents d’élèves auxquelles on tend les micros – de sorte que du haut en bas de la hiérarchie, le langage obéit aux mêmes slogans, répandant, par le truchement de la classe et d’Internet, les rumeurs les plus mensongères sur l’avenir de l’école, celui du lycée et même de la maternelle… » Et de rajouter : « L’idée générale est d’affoler les vrais parents en jouant sur l’indignation des enfants si naturellement embrigadés. Une fois dans la rue, ceux-ci se laissent emporter par l’exaltation de la destruction.»

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La"zone verte", là où tente de travailler François.

Rester soi-même dans le chaos croissant qui s’installe à Paris est devenu l’obsession. Il n’y a pas de solution miracle. Pour passer au travers des barricades quotidiennes, de jour comme de nuit, éviter les injures, les détournements des associations de parents d’élèves, les enlèvements idéologiques, sans parler des coups de battes de base-ball et des incendies de poubelles qui se poursuivent au jour le jour, chacun espère avoir sa panacée. Deux millions d’habitants, presque autant d’idées. Aucune n’est absolument sûre.

Il y a bien eu quelques tentatives, nous dit François : «  les jours de grève ne sont plus payés ; l’instauration d’un service minimum à l’école qui, malgré tant d’obs­tacles, fait apparaître que le déclenchement d’une grève entraîne une contrepartie, un début de sanction. Il en faudra d’autres pour que certains professeurs comprennent que leur métier ne consiste pas à faire défiler leurs élèves dans la rue. »

Depuis qu’une batte de base-ball rebelle s’est abattue la semaine dernière sur l’école de son quartier, François n’envoie plus ses deux fils en classe. "Au début de l’occupation, je travaillais pour la Présidence de la République, comme journaliste au Figaro. Un polycopié signé d’une ’brigade de la résistance’ a été glissé sous ma porte en octobre 2004. Il comportait 39 noms, le mien était surligné de bleu. ’Dernière chance pour sauver votre vie’, disait le texte. ’Cessez immédiatement de collaborer avec les croisés.’ Depuis, je ne mets plus le nez au delà de la « zone verte » (centre de Paris)

François connaît sur le bout du doigt les quarante et quelque rues et avenues interdites à toute personne démunie de permis ad hoc. Il connaît les "zones sensibles". " Mais ça paye bien ici [à Valeurs Actuelles]. Et puis on a de l’électricité vingt-quatre heures sur vingt-quatre." Contre deux ou trois heures seulement en "zone rouge". Depuis mai 2007, François n’a pas mis un pied hors de la zone protégée. "Trop dangereux dehors, dit-il. Et puis, si l’on sort, il faut revenir. Et là, n’importe quel enseignant ou lycéen peut, sur un mouvement d’humeur, confisquer votre pass Navigo et vous interdire de rentrer. J’ai pas mal d’amis à qui c’est arrivé."

Dehors, sur l’avenue, un concert de sirènes caractéristique a figé la circulation. Un groupe d’individus (enseignants ou lycéens, qui sait ?), foncent vers leur base dans la "zone rouge". Le dernier porte la pancarte habituelle, en lettres rouge sang: "Non à Darcos ! Des postes pour nos lycées !" Où vont-ils ? Quelle barricade vont-ils encore monter? Mystère.

Rue de Grenelle, au Ministère de l’Education, Xavier Darcos, vient d’affirmer que la réforme du lycée était reportée, que tout allait être remis à plat. Dix huit mois après son arrivée à la tête du ministère, cet avis n’est partagé par personne en France.

François conclut notre entretien : « C’est l’hésitation nationale qui a conduit à Mai 68 ; elle qui a fait de l’École la base électorale de la gauche et créé ce “mammouth”, où rien ne devait bouger. Il est inutile et téméraire de l’attaquer de front, mais nécessaire de le circonscrire, patiemment, résolument, et sans hésitation. »

En attendant, pour survivre à Paris, mieux vaut compter sur sa bonne étoile.

De notre envoyé spécial dans le 9ème arrondissement de Paris.

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Le siège de Valeurs actuelles, rue Saint Georges à Paris

21/12/2008

changement d'épok ?!

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Ces vacances de fin d’année seront pour nous l’occasion de prendre un peu de recul par rapport aux emballements de ces deux dernières semaines. Dans la lutte, il faut savoir de temps en temps lever la tête pour, disons, garder la tête haute.

Jean-Michel Dumay dans sa chronique du Monde, aujourd’hui, nous y aide. Car, cette dernière semaine est très contradictoire. Le gouvernement montrait une évidente volonté d’apaisement. Xavier Darcos n’a t-il pas déclaré vouloir « reprendre le dossier à zéro », ou encore, sans rire, devenir le « ministre de l'Explication nationale» après avoir refusé d'être celui de «l'hésitation nationale »). Dans le même temps, les lycéens amplifiaient leurs manifestations.

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Changer d'époque. Est-ce forcément pour aller vers le pire?

Ce qui domine donc c’est une incompréhension des uns envers les autres. Incompréhension qui pourrait bien être due à une transformation profonde de la société devenue plus transversale, fonctionnant en réseaux alors que l’Etat, le gouvernement et même l’état d’esprit d’une majorité d’entre nous restent encore basés sur la hiérarchie, la verticalité des relations sociales.

Une incompréhension qui pourrait aussi tenir à notre système de transmission des savoirs : « Les jeunes adultes zappent d'un cours à l'autre, cherchant moins la magistralité que le partage d'expériences. On prend ou on ne prend pas ».

L’homme politique n’est plus le seul maître de son discours :

Car le discours politique enferme, cadenasse les mouvements de la société jusqu’à la caricature :

A méditer…

Max. 

10/12/2008

Deux Point, deux mesures

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« A New York on se trouve atrocement dépourvu de piment vital, bien mesquin et vivant, irréfutable, sans lequel l’esprit étouffe et se condamne à ne plus médire que vaguement, et bafouiller de pâles calomnies. Rien qui morde, vulnère, incise, tracasse, obsède, sans concierge, et vienne ajouter certainement à la haine universelle, l’allume de ses milles détails. » (1)

 

Le Point (le hors-série) tente de dénicher, ce mois-ci, l’esprit français. Voltaire, Céline, Montaigne et bien d’autres sont ainsi convoqués pour notre plus grand plaisir.

 

Mais, hélas…

 

Le Point (l’hebdo) fait, cette semaine, sa Une (ou sa haine, c’est selon) sur « les profs, tout ce que l’on n’ose pas dire ». Deux pâles concierges, Emilie Lanez et Marie-Sandrine Sghierri, nous promettent chiffres qui dérangent et autre scandale de l’inégalité scolaire. L’article est une accumulation de mesquineries, de médisances et de calomnie. Mais d’enquête journalistique, rien.

 

Elles nous font traîner trois pages tout de même pour nous avouer que leur papier n’apportera rien: « la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), le service statistique du ministère, dénonce dans une lettre ouverte le sort réservé à une quinzaine de notes d’information. Destinées à la publication, elles s’entassent depuis des mois sur le bureau de Xavier Darcos, en attente de son approbation. Ces chiffres dérangeraient-ils ? Une autre publication, « L’état de l’école » qui sort traditionnellement en octobre, est elle aussi coincée dans un tiroir. »

 

Que font alors nos deux Pointures ? Rien. Il semble plus facile de trahir le secret de l’instruction quand on veut percer un dossier judiciaire que de trouver un chemin d’accès vers les rapports de la direction de la statistique du Ministère de l’Education. Nous n’aurons rien.

 

C’est alors qu’un esprit français surgit : Xavier Darcos.

 

Elles nous dressent alors la chronique du combat chevaleresque que celui-ci mène contre des syndicats « arc-boutés sur leurs maigres avantages et ressemblant (du moins dans leur version militante et défilante) davantage à des cheminots ou à des postiers qu’à des intellectuels ». Un combat qui vise à « sortir les professeurs de la plainte pour leur donner goût à la productivité ».

 

Elles nous écrivent l’hagiographie d’un saint homme dont les miracles soigneront, à l’image de cet ancien instituteur reconverti en manager, des enseignants « malades de solitude, souffrant de cette indifférence terrible de leur administration ». Une situation qui « amène une réaction épidermique face à tout changement. Ils sont frappés d’immobilité. Ils ont peur », nous avertit-il.

 

Elles nous narrent l’histoire d’une « révolution culturelle » dont le nouveau Mao, promet de « tout changer : la formation [des professeurs], leur recrutement, leur rémunération, leurs affectations, leur temps de travail… Finies les gentillesses, place à la révolution culturelle », s’emportent-elle.

 

L’article est méprisant. Les arguments sont des poncifs déjà bien éculés. On se demande pourquoi faut-il que ces belles personnes qui se prennent sans doute pour des journalistes se sentent obliger de mépriser autant toute une profession. Elisabeth Lévy et Philippe Cohen dans un ouvrage récent (2) expliquent comment le journalisme est devenu, avec la complicité souvent involontaire de ceux qui l’exercent, une idéologie diffuse qui prend la forme « d’un conformisme pâteux constitué d’idées trop simples et d’icônes vénérées ». On est en plein dedans.

 

Mais cela ne suffit pas. Au-delà de la détestation de notre école, de ses enseignants, des syndicats, des grèves et des manifestations, on s’interroge. N’est-ce pas finalement la France que ces deux concierges détestent sans se l’avouer ?

 

Le Point (le hors-série) cherche toujours l’esprit français. Tout à la fin, Michel Serres nous éclaire : « C’est l’aspect négatif de l’esprit français, une certaine dimension que j’appellerai « collabo ». Tout se passe comme si les Français ne supportaient pas leur culture. Cela fait de la France un pays très ouvert, mais qui le paie par la détestation de ses propres productions. C’est un phénomène très ancien ! C’est une forme de soupçon, de « haine-propre » très particulière à l’esprit français. »

 

Points de suspension.

 

 

Max.

 

(1) Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, Gallimard, 1932

(2) Elisabeth Lévy, Philippe Cohen, Notre métier a mal tourné, Mille et une nuits, 2008

 

08/12/2008

L'art d'apprendre à ignorer

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L’art d’apprendre à ignorer. C’est le titre d’un ouvrage, paru en 2000, de notre ministre du mépris.

 

Bien sûr le sujet portait sur cette « fabrique de crétins » que serait devenue l’école pour tous les milieux conservateurs.

 

Toutefois, on ne peut s’empêcher de sourire à l’idée qu’en matière d’ignorance, Xavier Darcos est lui aussi un bel artiste.

 

Que disait ce temple du savoir qu’est Xavier Darcos au moment où les syndicats mobilisaient contre sa politique, le 20 novembre dernier ?

Qu’ils n’étaient plus en phase avec les enseignants. Que la France et le monde avancent plus vite que les cortèges.

Ce genre de sornettes.

 

Et bien, la semaine qui vient de s’achever témoigne du contraire. Un exemple : les résultats des élections professionnelles qui se sont déroulées la semaine dernière :

 

Certes, certes. Les élections professionnelles dans le secteur privé ont nettement moins mobilisées : 25,5 % de participation, une bonne partie des abstentionnistes estimant sans doute que  Nicolas Sarkozy ou Xavier Bertrand sont de meilleurs représentants syndicaux…

 

Mais à y regarder de près, ce chiffre global n’a pas beaucoup de sens et relève donc de l’art d’apprendre à ignorer la réalité.

 

Prenons le milieu enseignant du secondaire, puisqu’il nous concerne :

 

64,4 % de participation aux élections professionnelles du 5 décembre. En hausse de plus de 3 % par rapport à 2005 (source Ministère de l’Education nationale). Autant que l’élection américaine jugée historique du point de vue de la participation précisément, émerveillant comme jamais tous nos beaux journalistes de salon.

 

Quelles leçons tirer de ces élections ?

 

  1. Même si le taux de syndicalisation est en baisse, il ne signifie pas une remise en cause de leur représentativité. Le problème qui est posé est donc davantage leur financement dont dépendent leurs moyens d’action.
  2. La volonté de tous les syndicats de s’opposer aux mesures du ministre est validée par une grande majorité des personnels. N’en déplaise à Xavier Darcos, les grèves et manifestations de ces derniers temps sont bien le signe du ras le bol enseignant face à sa politique de démontage en règle de l’Education nationale.
  3. Là où les personnels sont organisés, représentés, la mobilisation est forte.

Et pourtant il reste du travail pour faire entendre ces vérités-là.

 

Comme l’ont repéré certains observateurs aguerris (1) : « La presse de service public radio et télévision s’est comportée de façon à banaliser le vote et à encourager l’abstention. Un vrai tam-tam pro abstention ! Ce fut le cas pour France inter, qui le matin même n’informe pas sur le vote mais sur le “probable taux d’abstention”. Toute la communication des plus grands médias était orientée sur l’abstention y compris les rares spots télévisés. Sans omettre Le Figaro qui, la veille, explique que le scrutin coûte 90 millions et qu’il vaut mieux le supprimer vu qu’il n’y a pas de participants ce qui est le point de vue explicite du Medef et de la droite. »

 

La première leçon de ces élections est peut-être bien que nous apprenons peu à peu à ignorer... Xavier Darcos et ses acolytes.

 

Max.

 

(1)   Gérard Filoche, « Nette progression des syndicats combatifs en dépit de l’abstention organisée par le pouvoir », in Démocratie et socialisme, décembre 2008

 

 

 

 

Ajout du 8 janvier: Vu sur Rue89

Photo: dans la manifestation parisienne des lycéens (Jacky Naegelen/Reuters)

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26/11/2008

Big Brother ou Big Bluffer ?

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Xavier Darcos veut-il "fliquer" les blogs de profs ? C'est ce que pensent certains enseignants, après la publication d'un appel d'offres du ministère de l'Education nationale, portant sur un service de veille de l'opinion sur Internet. Le ministère récuse les accusations et assure qu'il s'agit simplement de mieux écouter les profs…

... ou peut-être s'agit-il d'un bon coup de bluff histoire qu'on se méfie, qu'on ne bouge pas trop avant les annonces des nouvelles dotations horaires des établissements qui officialiseront très prochainement les "heureux" nominés dans la catégorie "suppressions de postes".

 Le site Arrêt sur images consacre une émission à ce thème. En voici un extrait. Si vous en voulez davantage pour vous en convaincre, allez voir par ici.

19/11/2008

Le 20 novembre: Yes we can !

Comme dirait ce cher Barack Obama : « Yes we can ! »

 

Ce 20 novembre, retour aux fondamentaux donc: la grève et la manifestation.

 

Certes, il m’est arrivé souvent, ici même, de brocarder les journées d’action et nous savons qu’en soi elles sont insuffisantes pour faire plier un gouvernement qui n’infléchit pas sa politique.

 

Mais quand même. Il y a des limites.

 

Pouvons nous rester les bras croisés face à la suppression de 13500 nouveaux postes l’an prochain (dont 6000 dans le second degré). Cela fera 33000 en 3 ans. Pouvons nous accepter sans rien dire la suppression des réseaux d’aide (les rased) dans le primaire pour les élèves en difficulté (qui s’occupe de ces élèves en difficulté une fois l’école primaire terminée ?)

 

Quelles sont les conséquences du gonflement des effectifs dans nos classes ? Pensez vous que le niveau va s’améliorer grâce à l’accompagnement éducatif ? Il est étonnant de voir aujourd’hui certains chefs d’établissement et inspecteurs pédagogiques s’émerveiller devant les groupes de niveau. La belle solution miracle que voilà. Y adhérez-vous ? Accepterez vous les heures et les heures de concertation, d’harmonisation ou que sais-je encore, non rémunérées bien sûr, qui iront avec ?

 

J’en ai assez dit. On ne doit pas se cacher derrière de fausses illusions (cette année ce seront d’autres, j’attend d’avoir 30 élèves et je me bouge). Les restrictions budgétaires qui président aux suppressions de postes conduisent à des restrictions pédagogiques beaucoup plus graves pour nos élèves et à des réorganisations de nos emplois du temps inacceptables. Que voyez vous de mieux dans ces pseudo réformes depuis la rentrée à Lamartine ? Existe-t-il des projets dans vos établissements pour prévenir la baisse de niveau ? RIEN

 

La grève est importante. Il ne nous reste pas grand-chose pour nous faire entendre aujourd’hui. Nous devons montrer que nous sommes encore là, vigilants et actifs.

 

Vivants quoi.

 

 

Lamartine sera du cortège :

 

Rendez-vous à la sortie de la gare RER – Luxembourg

à 14h30

jeudi 20 novembre.

 

Pour terminer, je reprend une affiche des syndicats Sud Education et Solidaires qui me paraît bien résumer la situation.

 

A jeudi.

 

Max.

 

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podcast
Bertrand Betsch, Les vents contraires
 
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