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04/11/2008

De la confusion entre histoire et mémoire (1)

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En cette période de crise en thème, il est des sujets qui passeraient presque inaperçus.

 

Par exemple, Brice Hortefeux. Et bien, et si c’était ce type là qui, avec d’autres de ses copains, écrivait les programmes d’histoire ? La question pourrait paraître saugrenue, mais, hélas, elle ne l’est pas.

Mardi dernier, Xavier Darcos s’était demandé devant la mission d'information sur les questions mémorielles si le Parlement ne pourrait pas prescrire «ce qui doit être enseigné» aux élèves dans des matières sensibles comme l'Histoire.».

Interrogé par 20 minutes, un conseiller du ministre de l’Education nationale confirmait que même si le ministre « considère que c'est aux historiens et eux seuls d'écrire l'Histoire qui est ensuite déclinée, traduite, dans les programmes (…)  Nonobstant, Xavier Darcos, considère que le Parlement peut être consulté sur les programmes, comme ce fut le cas pour les programmes du primaire».

Face à ce nouvel écran de fumée d’un ministre coutumier du sort, on peut se demander si, cette fois-ci, on ne joue pas avec le feu. C’est le sens du propos de Jacques Portes, représentant de l'Association des professeurs d'histoire géographie (APHG), interviewé par le JDD.fr :

"Il y a une confusion totale entre histoire et mémoire", a-t-il attaqué. La mémoire est une question d'émotions, individuelles ou collectives, l'histoire a une vocation scientifique et neutre, démarquée des revendications mémorielles. Sur les questions d'histoire, le Parlement a toujours imposé des mesures sous la pression de lobbies mémoriels. Dire qu'il définirait les sujets à traiter est totalement aberrant. Sous prétexte d'éteindre les débats politiques, on va les exacerber”. Et il alerte en s’appuyant sur les exemples étrangers “ On risque la cacophonie ou une dérive vers des dangers extrêmes, parmi lesquels les revendications communautaristes ou politiciennes. Aux Etats-Unis, les autorités fédérales décident des programmes: certains y défendent que le créationnisme est une science. C'est gravissime."

Le Monde rappelle utilement comment les programmes sont construits aujourd’hui. Ce sont des experts, à la fois universitaires et enseignants du second degré qui les réalisent en s’appuyant sur l’état des savoirs. La proposition de X. Darcos remet en cause cet équilibre.

Bon voilà pour les faits et déclarations. Pour se faire peur et voir ce que cela pourrait donner. Il suffit d’aller voir parmi les brillants collègues de Xavier Darcos au sein du gouvernement.

Il s’appelle Brice Hortefeux, ci-devant Ministre des 3I (Immigration, Intégration et Identité nationale). Il organise hier et aujourd’hui, une conférence européenne sur l’intégration à Vichy. Face aux critiques (le fait que l’organisateur des rafles d’étrangers d’aujourd’hui organise une conférence là où ont été décidées les rafles de juifs hier n’est pas un symbole des plus adroits), le collègue de Xavier Darcos avait répliqué, en juin dernier :

« La conférence, on va la faire à Vichy. (…) Il y a un avantage : c’est qu’il y a l’infrastructure, mais aussi, il y a tout le passé et honnêtement, on en a raz le bol de cette histoire du passé [de Vichy]. On ne va pas condamner une ville sous prétexte qu’il y a 60 ans, il y a eu… »

 

Voilà. Les écrans de fumée de Darcos cachent de vrais incendiaires.

 

Et ça fait peur.

 

 

Max.

 

 

PS : La suite dans le prochain billet ou comment on nous prépare le terrain depuis quelques temps déjà…

07/09/2008

Que faire contre le vide ?

84716307.jpgMarcel Duchamp, autoportrait de profil, 1958

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bien sûr la République des Indignés s’est indignée. Ministre en tête, tous ont condamné. Même le Président du Conseil Régional de Languedoc-Roussillon (1). Tous vos journaux ou presque s’en sont fait l’écho. L’Express par exemple. Un recteur d’Académie nous y explique que "cela n'a pas été fait à la sauvette, les gens ont pris soin du graphisme, on a vraisemblablement pris son temps ". Un procureur nous révèle la présence de "deux calligraphies différentes". Une ministre assure que la justice sera "des plus fermes".

 

Et puis, entre deux lignes, un aveu : "Jeudi matin, un accueil a été organisé dans le collège de manière à éviter que les enfants se trouvent dans les lieux tagués. Les cours ont été annulés mais devaient reprendre ce vendredi, après nettoyage des locaux en fin de journée et même dans la nuit s'il le faut". 

 

La honte. Ne pas voir. Cachez moi vite ça. La rentrée doit bien se passer. D’ailleurs, précise l’article de l’Express, "C'est un établissement sans problème. La rentrée a eu lieu mercredi matin et tout s'est très bien passé, sans tension particulière, rien ne permettait d'imaginer une chose pareille".

 

Alors, si rien ne permettait d’imaginer une chose pareille. N’imaginons surtout pas. N’imaginons rien. Ne réfléchissons surtout pas à la raison qui veut que ce soit un établissement scolaire qui soit touché. Pas moins de 40 graffitis, "croix gammées et injures telles que "Mort aux arabes", "Fuck islam", "W.P." pour "White power" et "White front" - ont été peints à la bombe dans la cour du collège René-Cassin d’Agde, dans les escaliers, sur des portes et sur des murs, certains font plus d’un mètre de hauteur", relate l’Humanité.

 

Et bien si. Réfléchissons.

 

L’enseignement de l’histoire de la Shoah, au collège, c’est 1 heure, en classe de troisième. 1 heure. A peine plus au lycée. 1 heure pour une question immense : pourquoi. Iannis Roder, professeur d’histoire, dans un livre qui vient de paraître (2), s’interroge : "Question légitime s’il en est. Question incontournable face à l’incompré-hensible. (…) Quel élève peut appréhender aujourd’hui une telle question alors que la Shoah lui apparaît comme un ovni parmi les autres ovnis et que les adultes, bien souvent, peinent à apporter des réponses satisfaisantes".

 

1 heure.

 

Il ne reste alors que le temps de simplifier.

 

Ou de faire le vide, comme en témoigne ce radiozapping du Monde.fr du 5 septembre.

 

Jean-Marie Le Pen nous explique, sur RTL, devant un Jean-Michel Apathie qui fait de l'humour, que cet « incident », selon ses termes, est un détail, comme les chambres à gaz. Mais aujourd'hui plus personne ne relève.

 

 

Max.

 

 

 

(1) Georges Frêche, PS, qui n'avait pas hésité, il y a quelques mois, à traiter les harkis de sous-hommes...

(2) Iannis Roder, Tableau noir: la défaite de l'école, Editions Denoël

 

Tableau noir : La défaite de l'école
 
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