Avertir le modérateur

14/01/2009

Usure de l'usager

greve.jpgJe ne sais pas vous, mais moi, je n’aime pas les mots, les phrases, les paroles qui tournent dans nos medias à propos de la grève d’hier en gare Saint Lazare suite à l’agression d’un conducteur de train et suite à un conflit qui dure depuis plusieurs semaines (1). Dans 20 minutes, ce matin, que pouvait-on lire ? Un « usager » s’exclamer : « J'espère que le conducteur agressé a bien mal, c'est bien fait pour lui, surenchérit un voyageur, venu de Bréval (Yvelines). Faut couper votre poil dans la main ! ». Dans ce qui ressemble à un forum notre hôte donne la possibilité à tous ces « usagers » de verser leur frustration et cela vaut le détour. Même chose sur Agoravox où un « usager » excéder à déverser un article furibond.

Aussi bas qu’imbécile, dira-t-on immédiatement à la lecture de toute cette prose haineuse et véhémente.

Le Président de la République a pris soin de rajouter de l’huile sur le feu en exigeant des excuses publiques de la SNCF. Quant aux voyageurs, ils sont rentrés dans leur joli rôle d’ « usagers ». Mais qu’est-ce qu’un « usager » au fait ?

J’avais gardé, suite au mouvement de grève des cheminots de la fin d’année 2007, l’article d’un internaute qui tentait de répondre à cette question, s’étonnant lui aussi de la place considérable que le personnage de l’ « usager » avait pris dans nos medias et donc dans nos consciences. Je reproduis ici un extrait de cet article éloquent et qui, de mon point de vue, décortique bien ce que l’on peut bien appelé une mystification.

---------

Démystifier l’usager (de Gilles d’Elia, sur relectures.org, 14 novembre 2007)

Dans ses Mythologies, publiées en 1957, Roland Barthes consacre un article à l’usager de la grève. Au sein de cet ensemble critique, l’usager est pris en otage, une fois n’est pas coutume, entre les romains aux cinéma et les martiens, l’Abbé Pierre et Greta Garbo, le strip-tease et la nouvelle Citroën. Si l’usager de la grève a pourtant toute sa place dans ce recueil, c’est qu’il est, lui aussi, un mythe. Un mythe assez bruyant et aux contours désormais suffisamment nets pour paraître réel - mais un mythe tout de même. C’est-à-dire une construction de l’esprit, une affabulation, une invention pure et simple. Il n’y a pas plus d’usager de la grève que de beurre en broche.

Une telle assertion passera pour de la provocation le jour même où ces fameux usagers subissent un mercredi noir, une journée de galères, tandis que Président, ministres et journalistes semblent prêts à ressusciter (à leur intention et pour quelques jours seulement) le concept pourtant prohibé de lutte des classes. Et cet individu X ou Y, qui « grogne » devant la caméra d’être ainsi pris en otage, qui est-il, sinon un usager ? Mais Barthes dit pourtant que « l’usager, l’homme de la rue, le contribuable sont à la lettre des personnages, c’est-à-dire des acteurs promus selon les besoins de la cause à des rôles de surface, et dont la mission est de préserver la séparation essentialiste des cellules sociales. »

Pour qu’un usager de la grève puisse exister, il faudrait vivre dans un monde très irréaliste. Un monde dans lequel il y aurait, d’un côté, une population bien particulière : les cheminots, ou encore les fonctionnaires, les enseignants, etc. Et ces cheminots n’auraient pas besoin de voyageurs pour exister, ces enseignants n’auraient pas besoin d’élèves pour enseigner. Ils seraient cheminots, fonctionnaires, enseignants, en soi. Hors de tout contexte social. De même pour les collégiens, les lycéens : ils seraient élèves en soi, sans avoir besoin de la présence de professeurs ou d’enseignants pour leur conférer ce statut d’élèves. Ibidem pour les voyageurs, qui n’auraient pas besoin d’être conduits par des cheminots, des chauffeurs de taxi ou de bus : ils seraient des voyageurs en soi, monades fonctionnelles pures d’un monde dans lequel aucun rapport d’interdépendance n’existerait. Monde prodigieux des essences, dans lequel Nicolas Sarkozy lui-même serait président en soi sans avoir besoin d’électeurs, et dans lequel les électeurs n’auraient pas besoin du politique pour exister sous forme d’atomes d’électeurs !

Ce que dit Roland Barthes est simple : ce monde prodigieux n’existe pas, pas plus que l’usager de la grève, qui est une figure de fiction, une pure traduction dramaturgique d’un conflit social : « opposer le gréviste et l’usager, c’est constituer le monde en théâtre, tirer de l’homme total un acteur particulier, et confronter ces acteurs arbitraires dans le mensonge d’une symbolique qui feint de croire que la partie n’est qu’une réduction parfaite du tout. » Ce monde de théâtre supposerait qu’il puisse exister un Don Juan et une Elvire qui seraient durant toute leur vie un éternel séducteur, et une éternelle femme trompée. Cela fonctionne au théâtre, mais dans la vie réelle, nous sommes tour à tour séduits et séducteurs, trompeurs et trompés. Le dramaturge utilise ces fonctions dramatiques : il a besoin d’une femme, d’un amant et d’un cocu, pour raconter son histoire, servir le propos de sa pièce. La Fontaine a besoin du Renard et du Corbeau, du Chien et du Loup, du Chêne et du Roseau : ils servent la morale de la fable.

(…)

Et pourtant depuis quelques jours, les fourmis et les cigales existent pour de bon ! Les fourmis sont empêchées d’aller travailler, de circuler et sont plongées dans une sombre galère par des cigales privilégiées, égoïstes et réactionnaires. A la différence que ce n’est pas une fable : les cheminots sont vraiment en grève, et ceux qui utilisent les transports en commun doivent vraiment se débrouiller autrement. Mais alors, puisque tout cela n’a rien d’une fable, pourquoi raconter cette situation, ce conflit social, avec les méthodes du fabuliste, comme le font le pouvoir et les principaux médias ? Pourquoi élever de simples fonctions précises très partielles au rang de véritables individus autonomes ? « Ceci participe d’une technique générale de mystification qui consiste à formaliser autant qu’on peut le désordre social », répond Roland Barthes. « En découpant dans la condition générale du travailleur un statut particulier, la raison bourgeoise coupe le circuit social et revendique à son profit une solitude à laquelle la grève a précisément pour charge d’apporter un démenti : elle proteste contre ce qui lui expressément adressé. »

-----------

Voilà. Plus modestement (et parce qu'il faut bien rire aussi) pensons juste de temps en temps à inverser les rôles...


The job
envoyé par trescourt

 

Max.

19/11/2008

Le 20 novembre: Yes we can !

Comme dirait ce cher Barack Obama : « Yes we can ! »

 

Ce 20 novembre, retour aux fondamentaux donc: la grève et la manifestation.

 

Certes, il m’est arrivé souvent, ici même, de brocarder les journées d’action et nous savons qu’en soi elles sont insuffisantes pour faire plier un gouvernement qui n’infléchit pas sa politique.

 

Mais quand même. Il y a des limites.

 

Pouvons nous rester les bras croisés face à la suppression de 13500 nouveaux postes l’an prochain (dont 6000 dans le second degré). Cela fera 33000 en 3 ans. Pouvons nous accepter sans rien dire la suppression des réseaux d’aide (les rased) dans le primaire pour les élèves en difficulté (qui s’occupe de ces élèves en difficulté une fois l’école primaire terminée ?)

 

Quelles sont les conséquences du gonflement des effectifs dans nos classes ? Pensez vous que le niveau va s’améliorer grâce à l’accompagnement éducatif ? Il est étonnant de voir aujourd’hui certains chefs d’établissement et inspecteurs pédagogiques s’émerveiller devant les groupes de niveau. La belle solution miracle que voilà. Y adhérez-vous ? Accepterez vous les heures et les heures de concertation, d’harmonisation ou que sais-je encore, non rémunérées bien sûr, qui iront avec ?

 

J’en ai assez dit. On ne doit pas se cacher derrière de fausses illusions (cette année ce seront d’autres, j’attend d’avoir 30 élèves et je me bouge). Les restrictions budgétaires qui président aux suppressions de postes conduisent à des restrictions pédagogiques beaucoup plus graves pour nos élèves et à des réorganisations de nos emplois du temps inacceptables. Que voyez vous de mieux dans ces pseudo réformes depuis la rentrée à Lamartine ? Existe-t-il des projets dans vos établissements pour prévenir la baisse de niveau ? RIEN

 

La grève est importante. Il ne nous reste pas grand-chose pour nous faire entendre aujourd’hui. Nous devons montrer que nous sommes encore là, vigilants et actifs.

 

Vivants quoi.

 

 

Lamartine sera du cortège :

 

Rendez-vous à la sortie de la gare RER – Luxembourg

à 14h30

jeudi 20 novembre.

 

Pour terminer, je reprend une affiche des syndicats Sud Education et Solidaires qui me paraît bien résumer la situation.

 

A jeudi.

 

Max.

 

affiche_SUD.JPG

podcast
Bertrand Betsch, Les vents contraires

08/06/2008

Petit manuel de mobilisation

 

 

... à usage de tous ceux qui veulent dire NON aux mesures Darcos


podcast
Noir désir, Le vent nous portera

 

Depuis quelques jours la mobilisation reprend fortement notamment dans le primaire. En témoignent plusieurs articles de presse qui nous permettent de recenser comme nous l’avions fait au début du mouvement (ici) les différentes initiatives qui bourgeonnent avec le printemps.

 

2072533878.JPGLa nuit des écoles organisée le 13 juin dans toute la France. L’objectif : avoir une retombée médiatique nationale pour informer le maximum de personnes des DANGERS (et vices cachés!) des mesures Darcos. Cette soirée, les organisateurs la souhaitent conviviale et citoyenne, entre enseignants, élus, parents d'élèves du public et du privé. Parti, à la base, sans mot d'ordre syndical, un mouvement d'occupation d'écoles s'est installé dans la capitale. Les protestataires dénoncent, pêle-mêle, le "démantèlement de l'école", la "casse du service public", les suppressions de postes, les nouveaux programmes, les stages de remise à niveau pour les élèves en difficulté, ou le nouveau fichier central "Base élèves". Depuis plusieurs semaines, des occupations d’écoles par les parents d’élèves germent un peu partout à l’image de l’école Marcadet dans le XVIIIe arrondissement à Paris. Depuis une semaine, des parents se relaient dans le bureau du directeur. L’occupation ne perturbe pas la classe : les parents se contentent d’être là, de filtrer les communications et de bombarder de fax le rectorat. La méthode vise à lutter contre les réformes Darcos sans en passer par une grève enseignante «trop pénalisante pour les familles et les instits», relaie Libération.

1270726246.JPGLa grève tournante, en appui aux occupations d’écoles. Depuis la mi mai, dans le dans le XVIIIe arrondissement à Paris encore. A l’image de l’école Pajol, des enseignants observent une grève tournante reconductible, suivie chaque jour par un quart à un tiers d'entre eux. La situation est similaire dans la plupart des écoles voisines, relate Le Monde.

Appel à la création de coordinations départementales des enseignants et des parents d’élèves avec en point de mire d’éventuels blocages de centres de correction des examens. Il s’agit là de protester contre les suppressions de postes massives dans le secondaire et des dotation horaires qui pour la rentrée prochaine auront pour conséquence d’alourdir le nombre d’élèves dans les classes (jusqu’à 30 en collège, 40 en lycée). D’ores et déjà, le syndicat SUD Education de l’Académie de Créteil appelle dans le 2nd degré, à la grève dès le 16 juin, date de début du Bac, ainsi que le blocage d’un centre de retrait des copies, rappelant par ailleurs qu’il est indispensable, « à l'occasion des dernières AG et des conseils d'enseignement de fin d'année, amplifier le refus collectif des heures supplémentaires dans les collèges et les lycées pour ne pas entériner les suppressions de postes ». Le forum unitaire recense les initiatives appelant à une grève des examens.

Estimant que l’heure n’en était plus aux tergiversations et aux seules promenades entre Nation et République, au collège Lamartine nous avons pris l’initiative cette semaine de voter massivement un texte allant dans ce sens.

785087553.JPG

cliquez pour agrandir le texte

15/05/2008

Service maximum entre Place d’Italie et République

 

Grève et manifestation pour Lamartine aujourd’hui.

Face aux petites phrases et aux petites provocations de ministres mal dans leurs mocassins, le but de la grève était de mettre en avant la force du nombre.

Voilà qui est fait.

Face aux réducteurs de têtes qui veulent nous imposer des programmes abêtissants et à bas coûts, il faut mesurer notre responsabilité, réfléchir à ce que nous faisons, à ce que nous laissons faire, au plan social, humain, culturel, au plan de la démocratie, au niveau de l’éducation. Il faut cesser de se contenter des pensées grossières destinées à nos pâles éditorialistes (la loi sur le service minimum, c’est tout ce qu’à compris de cette journée cette pauvre Arlette Chabot, ce soir sur France 2). Il faut cesser de céder aux sirènes du populisme, du tout répressif et de la crétinisation générale.

Voilà qui est dit.

Il faudrait aujourd’hui être aveugle et sourd (et gravement amnésique) pour s’obstiner à refuser de comprendre que la question fondamentale est celle de l’éducation.

Quelques photos pour s’en convaincre.

28/02/2008

Espérons qu'on n'en arrive pas là !

Quand on sait que nos gouvernants aiment à s’inspirer des autres pays pour réformer le notre, espérons qu’ils n’iront pas voir de l’autre côté de la Méditerranée… En revanche, nous, on devrait s’en inspirer : 85,21 % de grévistes, ce n’est pas aussi bien qu’au collège Lamartine de Houilles le 15 février mais c’est quand même impressionnant.

Le quotidien algérien El Watan, édition du 28 février 2008:

 

Le gouvernement réprime la grève de la fonction publique

Les premières sanctions tombent

Les enseignants contractuels ayant pris part au débrayage ont été licenciés et des ponctions, de six jours, sur les salaires des protestataires ont été appliquées par le ministère de l’Education. Vu le comportement du gouvernement, la coordination opte pour la radicalisation du mouvement.

Le gouvernement algérien a opté, contre toute attente, pour le pourrissement de la situation. Ce constat est établi par les membres de la coordination nationale des syndicats autonomes de la Fonction publique. Révolté, scandalisé, indigné, M. Mériane, porte-parole de la coordination, a exprimé hier sa rage contre un gouvernement qui ne cesse de mépriser ses fonctionnaires. Après le communiqué incendiaire rendu public à la veille du déclenchement du mouvement de protestation de trois jours, qualifiant les représentants des fonctionnaires d’« agitateurs », le chef de l’Exécutif passe une vitesse supérieure en ordonnant des sanctions sévères contre certains grévistes. Emboîtant le pas au ministre de la Santé, M. Benbouzid, ministre de l’Education, a décidé par l’intermédiaire des représentants de l’académie d’Alger de licencier les enseignants contractuels et d’opérer des ponctions de six jours sur les salaires des protestataires.

Lire la suite

 

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu