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15/04/2009

René Monory est mort. Vive René Monory !

Qui se souvient de René Monory ? Pas grand monde. Cet homme va pourtant être inhumé ce jeudi en présence de Nicolas Sarkozy.

 

C’est que, apparemment, il est des héritages dont certains aimeraient bien se passer. C’est un peut l’impression que donnent les sobres, très sobres messages de condoléance que Xavier Darcos et Valérie Pécresse ont livré à l’occasion de la mort, le 11 avril, de René Monory, ancien ministre de l’Education nationale de Jacques Chirac (1986-1988).

 

Xavier Darcos, dans un style empathique voire ampoulé, « tient à rendre hommage au parcours et à l’œuvre d’un inlassable visionnaire qui, du garage de Loudun à la Présidence du Sénat, avait fait de l’avenir sa plus belle circonscription. Ancien ministre de l’Éducation nationale, René Monory n’avait cessé d’œuvrer en faveur de l’introduction et du développement à l’école des technologies de l’information et de la communication, domaine dont il était l’incontestable précurseur en politique. Avec la disparition de René Monory, la France perd une figure politique unanimement respectée et appréciée, dont les combats ont largement contribué à sa modernisation au cours des dernières décennies. »

 

Valérie Pécresse à défaut de pouvoir présenter des condoléances joyeuses, « présente ses condoléances attristées » à la famille et aux proches de René Monory. Sans doute un peu stressée en ce moment, « elle tient à rendre hommage à la mémoire de l’ancien ministre de l’éducation nationale, très attaché tout au long de son parcours politique aux questions d’éducation et de formation des jeunes. Il  fut un des artisans de la première tentative de  réforme  des universités en 1986. ». Vient enfin un court hommage à l’initiateur du Futuroscope.

 

Certes, certes, René Monory n’est pas Maurice Druon, décédé le 14 avril et pour lequel Xavier Darcos s’est fendu d’un véritable éloge funèbre. Rien, en René Monory ne « laisse incrédule ». Difficile de croire « à l’éternité académique face à son énergie inlassable et à son destin altier, quasi tiré d’une chanson de geste. » Il a sans doute mis beaucoup de « grandeur et de passion » dans son grand œuvre, le Futuroscope, qui lui survivra. Mais nul souvenir de « son maintien superbe, sa voix d’orateur attique, sa stature de héros légendaire, son impatience face aux médiocrités, son courage physique et moral, sa culture éblouissante, sa fidélité en amitié. »

 

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A défaut de transformer le présent, René Monory aura essayé de dessiner le futur. Ici devant le chantier du Futuroscope en 1987.

 

Non vraiment Rien en René Monory ne semble immortel. A part, peut-être ses réformes avortées. Car, en effet, cet éminent mécanicien de la 5ème République, a été un remarqué (à défaut d’être remarquable) ministre de l’Education nationale. Avec son ministre délégué, tristement célèbre, Alain Devaquet, ils ont tenté une réforme du lycée et des universités.

 

Jacques Chirac, Premier ministre de l’époque avait fixé la ligne : « Dans l'enseignement supérieur, le principe d'autonomie doit être définitivement concrétisé tant à l'entrée - au moment de la sélection des étudiants - qu'à la sortie - au moment de la délivrance des diplômes. L'autonomie doit aller de pair avec un allègement des structures universitaires […] Cette rénovation de l'Université suppose l'engagement sans réticences de tous les enseignants et chercheurs de l'enseignement supérieur ; elle passe par une abrogation rapide de la loi sur l'enseignement supérieur de 1984 [dite loi Savary]. »

 

La réforme  prévoyait de donner une large autonomie aux universités du point de vue financier, du point de vue de la sélection des étudiants (afin de s’adapter au besoins du marché du travail) ainsi que du point de vue des diplômes qu’elles veulent délivrer. Grande différence toutefois avec la réforme Pécresse, la loi Devaquet prévoyait de renforcer le pouvoir des enseignants-chercheurs dans les organes dirigeant l’université. Devaquet était chercheur. Aujourd’hui, ils font les frais de la réforme. Pécresse est énarque.

 

La suite on s’en souvient mieux : immenses mobilisations étudiantes, mort de Malik Oussekine, démission de Devaquet, retrait de sa réforme des universités. Dans la foulée, René Monory retirait sa réforme des lycées.

 

Vingt plus tard, la droite au pouvoir, tente de faire passer les mêmes couleuvres. Quel bel hommage rendu à René Monory.

 

René Monory est mort. Vive René Monory !

 

 

Max.

30/12/2008

Read before burning

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Face à la montée des tensions en France, nous poursuivons notre tour d’horizon de la presse étrangère. Après avoir ouvert nos colonnes à un quotidien de Bogota, nous accueillons aujourd’hui l’article poignant de vérité d’un journaliste irakien qui découvre à la lecture du magazine Valeurs actuelles une réalité proche de la sienne.

Voici son reportage :

"Attention ! Un groupe de lycéens, juste derrière vous. Quatre types. Ils approchent. - ­ OK, bien reçu. Pierre-Marie, tu ralentis, laisse passer."

Nous sommes en plein cœur de Paris, 9ème arrondissement. Le chauffeur de notre taxi obéit. Amis ou ennemis ? Bref silence tendu dans l’habitacle. La radio de bord a cessé de crachoter. Sur le siège passager avant, les puissantes mains  de Jean-Marie se crispent sur la batte de base-ball posée en travers des genoux.

A Paris, aujourd’hui, plus personne ne fait confiance à personne. La méfiance est à la mesure de l’insécurité : générale. Dans les embouteillages, vite titanesques lorsque des hordes d’enseignants décident soudainement de faire grève pour bloquer une avenue ou un pont, chacun observe attentivement chacun. Les quatre types devant sont-ils flics en civil, bandits, enseignants, ou membres de la guérilla lycéenne ? Le jeune tout seul sur son vieux scooter amoché, sur notre flanc gauche : innocent étudiant ou kamikaze fanatisé qui va, dans une seconde, actionner sa charge explosive et perpétrer un carnage ?

Pour François d’Orcival, journaliste courageux et téméraire à Valeurs Actuelles, dans le 9ème arrondissement, « il ne s’agit que de mouvements ultraminoritaires, la plupart des enseignants se défendent d’entrer dans leur jeu et font même de la résistance active contre cette dérive. Mais que peut faire un chef d’établissement, aidé par quatre surveillants, lorsqu’un groupe cagoulé surgit dans les classes pour y briser les ordinateurs à coups de battes de base-ball ? Il appelle au secours. Mais autour de lui, la société elle-même est gangrenée. Les ligues minoritaires ont pris le contrôle de certains syndicats, ainsi que de ces associations de parents d’élèves auxquelles on tend les micros – de sorte que du haut en bas de la hiérarchie, le langage obéit aux mêmes slogans, répandant, par le truchement de la classe et d’Internet, les rumeurs les plus mensongères sur l’avenir de l’école, celui du lycée et même de la maternelle… » Et de rajouter : « L’idée générale est d’affoler les vrais parents en jouant sur l’indignation des enfants si naturellement embrigadés. Une fois dans la rue, ceux-ci se laissent emporter par l’exaltation de la destruction.»

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La"zone verte", là où tente de travailler François.

Rester soi-même dans le chaos croissant qui s’installe à Paris est devenu l’obsession. Il n’y a pas de solution miracle. Pour passer au travers des barricades quotidiennes, de jour comme de nuit, éviter les injures, les détournements des associations de parents d’élèves, les enlèvements idéologiques, sans parler des coups de battes de base-ball et des incendies de poubelles qui se poursuivent au jour le jour, chacun espère avoir sa panacée. Deux millions d’habitants, presque autant d’idées. Aucune n’est absolument sûre.

Il y a bien eu quelques tentatives, nous dit François : «  les jours de grève ne sont plus payés ; l’instauration d’un service minimum à l’école qui, malgré tant d’obs­tacles, fait apparaître que le déclenchement d’une grève entraîne une contrepartie, un début de sanction. Il en faudra d’autres pour que certains professeurs comprennent que leur métier ne consiste pas à faire défiler leurs élèves dans la rue. »

Depuis qu’une batte de base-ball rebelle s’est abattue la semaine dernière sur l’école de son quartier, François n’envoie plus ses deux fils en classe. "Au début de l’occupation, je travaillais pour la Présidence de la République, comme journaliste au Figaro. Un polycopié signé d’une ’brigade de la résistance’ a été glissé sous ma porte en octobre 2004. Il comportait 39 noms, le mien était surligné de bleu. ’Dernière chance pour sauver votre vie’, disait le texte. ’Cessez immédiatement de collaborer avec les croisés.’ Depuis, je ne mets plus le nez au delà de la « zone verte » (centre de Paris)

François connaît sur le bout du doigt les quarante et quelque rues et avenues interdites à toute personne démunie de permis ad hoc. Il connaît les "zones sensibles". " Mais ça paye bien ici [à Valeurs Actuelles]. Et puis on a de l’électricité vingt-quatre heures sur vingt-quatre." Contre deux ou trois heures seulement en "zone rouge". Depuis mai 2007, François n’a pas mis un pied hors de la zone protégée. "Trop dangereux dehors, dit-il. Et puis, si l’on sort, il faut revenir. Et là, n’importe quel enseignant ou lycéen peut, sur un mouvement d’humeur, confisquer votre pass Navigo et vous interdire de rentrer. J’ai pas mal d’amis à qui c’est arrivé."

Dehors, sur l’avenue, un concert de sirènes caractéristique a figé la circulation. Un groupe d’individus (enseignants ou lycéens, qui sait ?), foncent vers leur base dans la "zone rouge". Le dernier porte la pancarte habituelle, en lettres rouge sang: "Non à Darcos ! Des postes pour nos lycées !" Où vont-ils ? Quelle barricade vont-ils encore monter? Mystère.

Rue de Grenelle, au Ministère de l’Education, Xavier Darcos, vient d’affirmer que la réforme du lycée était reportée, que tout allait être remis à plat. Dix huit mois après son arrivée à la tête du ministère, cet avis n’est partagé par personne en France.

François conclut notre entretien : « C’est l’hésitation nationale qui a conduit à Mai 68 ; elle qui a fait de l’École la base électorale de la gauche et créé ce “mammouth”, où rien ne devait bouger. Il est inutile et téméraire de l’attaquer de front, mais nécessaire de le circonscrire, patiemment, résolument, et sans hésitation. »

En attendant, pour survivre à Paris, mieux vaut compter sur sa bonne étoile.

De notre envoyé spécial dans le 9ème arrondissement de Paris.

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Le siège de Valeurs actuelles, rue Saint Georges à Paris

21/12/2008

changement d'épok ?!

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Ces vacances de fin d’année seront pour nous l’occasion de prendre un peu de recul par rapport aux emballements de ces deux dernières semaines. Dans la lutte, il faut savoir de temps en temps lever la tête pour, disons, garder la tête haute.

Jean-Michel Dumay dans sa chronique du Monde, aujourd’hui, nous y aide. Car, cette dernière semaine est très contradictoire. Le gouvernement montrait une évidente volonté d’apaisement. Xavier Darcos n’a t-il pas déclaré vouloir « reprendre le dossier à zéro », ou encore, sans rire, devenir le « ministre de l'Explication nationale» après avoir refusé d'être celui de «l'hésitation nationale »). Dans le même temps, les lycéens amplifiaient leurs manifestations.

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Changer d'époque. Est-ce forcément pour aller vers le pire?

Ce qui domine donc c’est une incompréhension des uns envers les autres. Incompréhension qui pourrait bien être due à une transformation profonde de la société devenue plus transversale, fonctionnant en réseaux alors que l’Etat, le gouvernement et même l’état d’esprit d’une majorité d’entre nous restent encore basés sur la hiérarchie, la verticalité des relations sociales.

Une incompréhension qui pourrait aussi tenir à notre système de transmission des savoirs : « Les jeunes adultes zappent d'un cours à l'autre, cherchant moins la magistralité que le partage d'expériences. On prend ou on ne prend pas ».

L’homme politique n’est plus le seul maître de son discours :

Car le discours politique enferme, cadenasse les mouvements de la société jusqu’à la caricature :

A méditer…

Max. 

15/12/2008

Xavier Darcos est en Israël mais le mur des Lamentations serait en France

darcos_murdeslamentations.JPGXavier Darcos est au pied du mur. Mais de quel mur s'agit-il ?

Hier, en visite à Jérusalem, Xavier Darcos s’interrogeait. Aujourd’hui à Ramallah, il a tranché : la réforme du lycée est reportée.

Sont-ce les souvenirs des intifada palestiniennes ou bien les déboires monumentaux des gouvernements qu’il visite qui l’ont inspirés ? Est-ce la crainte de voir ne rester du temple qu’est l’Education nationale en France qu’un mur des Lamentations où parents, élèves et enseignants viendraient rituellement pleurer leur école publique perdue ? On s’interroge. Mais de toute évidence un déclic s’est produit.

Le Parisien de ce matin, bien informé apparemment, semblait annoncer ce qui s’est finalement produit : « Dans l’entourage du ministre, on se demande même si cette réforme n’est pas allée trop vite et on s’interroge sur l’opportunité d’un report ». C’est donc fait depuis ce matin.

Tous nos médias se préoccupent des raisons de ce recul. Peur des lycéens dont les manifestations et blocus se sont multipliés cette dernière semaine laissant craindre des débordements à la grecque ?

Nous allons sans doute entendre et lire que la droite a toujours eu peur de l’Ecole depuis 68, Devaquet, le CPE.

Mais il existe peut-être une autre raison qui tient en Xavier Darcos lui-même : cet homme qui confiait pourtant au printemps dernier, dixit Le Parisien, « je vais tout faire pour concentrer le tir sur moi, je vais offrir mon corps à la science », ne peut plus être crucifié aujourd’hui.

Un trésor pareil, il faut le ménager.

Le Parisien fait un de ses titres là-dessus : « Xavier Darcos, le ministre sécurisant ». le portrait qui nous est dressé pourrait presque nous en convaincre. « Bon soldat » du gouvernement, « Premier ministrable », éteignant des incendies qui menaçaient de s’allumer, « jouant l’apaisement », « s’excusant » même. On lui promet un petit Matignon avec l’Education, la Culture, l’Enseignement supérieur et la Formation professionnelle »

Michelle Alliot Marie usée, Dati bunkerisée, Rama Yade atomisée, Hortefeux ultra-droitisé, Bertrand remisé (à l’UMP pour préparer l’après Fillon et 2012), il ne reste bien que Xavier Darcos pour faire bonne figure dans ce gouvernement.

Il ne faut pas perdre de vue le contexte: la crise économique et sociale qui se profile et un Nicolas Sarkozy qui redevient simple petit président français le 1er janvier. Fini le grand leader européen au secours de la finance mondiale et des géorgiens opprimés. Retour à la case France. La leçon grecque est sans doute en train d’être tirée : à ne pas savoir arrêter les incendies quand ils démarrent, un gouvernement fini par se faire immoler.

Les coupes sombres dans le budget de l’Education nationale, le vent de colère qui monte depuis nos écoles primaires font craindre le pire. La grève massive (70% dans le primaire) du 20 novembre a non seulement rendue inapplicables la loi sur le service minimum mais reçu un écho très favorable au sein de la population et des parents d’élèves notamment. Rajoutez les lycéens à cette grogne qui monte et c’est une révolte qui pourrait poindre.

Xavier Darcos est la roue de secours du gouvernement. Son assurance-vie. En cas de malheur (une crise par exemple avec un fort taux de chômage à l’horizon 2010-1012), le travail de Xavier Darcos pourrait permettre, grâce à une bonne campagne de communication, de façonner l’image d’un président qui a su, malgré les circonstances, réformer la France.

Nous avons raison de ne pas baisser la garde : l’école est un enjeu énorme.

 

Max.

13/12/2008

Mais qu'a donc (dé)fait Xavier Darcos ?

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Il y a quelques jours, notre hôte, 20 minutes s’essayait courageusement à l’exercice complexe de décryptage des griefs qui s’accumulent en direction de Xavier Darcos, encore ministre de l’Education nationale. « Mais qu’a donc fait Xavier Darcos ? » s’interrogeait Catherine Fournier dans son article. C’est qu’effectivement, il y a péril en la demeure. Chez les profs et leurs élèves, bien sûr (nous y reviendrons) mais aussi dans les médias (les hordes grecques vont-elles déteindre sur nos jeunes têtes blondes hexagonales ?) et chez nos gouvernants qui font preuve d’une certaine nervosité ces temps-ci (l’ultra gauche française n’est-elle pas devenue notre Hezbollah ?)

 

Bref, ça bougeotte un peu partout et quand on sait que l’année 2009 sera pire que le dernier trimestre 2008 (C’est Carlos Ghosn, PDG de Renault-Nissan, qui le disait jeudi soir à Arlette Chabot), tout-ce-qui pense-et-ce-qui-décrète dans le pays à de quoi se faire quelques soucis.

 

Alors, bien sûr, en ce moment, être ministre ce n’est pas simple. Bilan en perspective car remaniement en vue. Et s’il y en a bien un qui joue gros, c’est Xavier Darcos. Le ministre « une idée par jour », parfait sarkoziste dans le fond comme dans la forme se verrait bien Premier ministre. Mais pour y parvenir, il lui faut gagner ses galons de maréchal : ressembler au Maître. De ce point de vue, Xavier Darcos fait presque un sans faute. Reste l’opinion : tolérera-t-elle d’avoir deux Sarkozy en même temps ? Rien n’est moins sûr.

 

A notre tour, essayons nous au décryptage de la feuille de route de Xavier Darcos.

 

Postulat n°1 : en tout bon sarkoziste sommeille un réducteur de tête

 

Catherine Fournier nous le dit dans son article de 20 minutes : en deux ans, 25000 postes supprimés (11200 à la rentrée 2008, 13500 prévus à la rentrée 2009). Mais ceci n’est que la face émergée de l’iceberg. En effet, un certain nombre d’autres mesures mise en œuvre dès cette année conduiront à réduire considérablement le budget du Ministère de l’Education nationale : la fin de l’aide spécialisée dans le primaire, l’étranglement des associations d’aides aux devoirs, la fin de l’école le samedi matin, une année en moins pour le bac pro (il fallait 4 ans pour le décrocher, 3 suffiront), le relookage de la seconde qui conduira à la suppression de 2 à 3 heures de cours hebdomadaire, l’allègement de la formation des futurs professeurs des écoles (la formation en alternance est remplacée par un simple stage). A cela s’ajoute, l’idée, pour l’heure retoquée, de remplacer la petite section de maternelle par de simples jardins d’éveil.

On le voit, en 2008/2009, c’est l’école primaire qui a été l’objet de toutes les attentions du ministre. De nouveaux programmes, plus lourds, recentrés sur le français et les mathématiques sont venus parfaire ce tableau… noir. En 2009/2010, ce sera au tour du lycée. Dans quelques jours le projet définitif de réforme sera dévoilé.

 

Postulat n°2 : en tout bon sarkozyste sommeille un juge anti-terroriste.

 

C’est bien connu : le ministère de l’Education nationale est un repère de vieux crypto-trostko-marxistes. Xavier Darcos a ainsi développé une allergie aux syndicats. Pour éradiquer ces germes d’ultra-gauchistes, il est des mesures très simples que notre ministre s’est empressé de mettre en œuvre : la surveillance de l’opinion pour identifier les dangereux opposants, les projets (qui devraient finalement avorter) de faire éclater les Sciences Economiques et Sociales au lycée dont les professeurs sont suspecter d’être les propagandistes de l’antilibéralisme et de mettre sous contrôle politique les programmes d’histoire.

 

Postulat n°3 : en tout bon sarkoziste sommeille un Homme nouveau

 

Car combattre n’est pas suffisant, il faut inventer un Nouveau Professeur bien sous tout rapport. Certains l’appellent le flexiprof. Peu à peu, il nous apparaît plus nettement. En cours d’élaboration, un nouveau système de mutation des enseignants. Mais déjà il semble que quelques expérimentations aient lieu : le rectorat de Bretagne affecte des professeurs à des postes de conseillers d'orientation-psychologues. Ou dans l’académie de Lille, des profs de génie électrique en lycée professionnel qui se retrouvent à enseigner la technologie en sixième et ceux de lettres modernes contraints de « garder » les enfants dans les centres de documentation et d'information (CDI). A Marseille, on recrute les profs par… petites annonces.

 

Le flexiprof fonctionne aussi au mérite. Là aussi un avant goût avec cet accord rendu public mi octobre et prévoyant des hausses de primes pour les personnels du ministère de l'Education nationale en contrepartie de 1.700 suppressions d'emplois en trois ans.

 

Postulat n°4 : en tout bon sarkoziste sommeille un ministre … de l’Intérieur

 

L’expérimental (et pour cause) département des Hauts de Seine expérimente depuis quelques années les policiers dans les établissements scolaires. Xavier Darcos prend soin tout doucement de généraliser cette brillante invention britannique. Extérioriser la gestion de la vie scolaire. Mais pour cela, il faut changer les règles : voilà le code de la vie scolaire qui prépare si bien le travail de Rachida Dati au ministère de la Justice.

 

Voilà. Les raisons de la colère existent. Elles ne sont pas mineures. Nous sommes loin des revendications classiques sur les salaires ou sur les retraites. Difficile de dire si nous allons vers une marchandisation de l’Education comme certains l’avancent déjà. L’interrogation est en tout cas légitime : la suppression progressive de la carte scolaire semble creuser davantage les inégalités entre établissements et le projet d’évaluation des élèves de CE1 et CM2 laisse craindre une mise en concurrence des écoles, ce qui serait un facteur aggravant.

Ce qui est sûr, c’est que l’école des années 2010, si rien ne change, sera une école à bas coûts, sur contrôlée, aux personnels flexibles et à multiples vitesses.

 

Il y a de quoi manifester non ?

 

Sinon que faire ? Il y a bien une solution mais…

 

« Ayant mûrement réfléchi ayant pris votre courage à eux mains vous vous décidez à aller trouver votre chef de service pour lui demander une augmentation vous allez donc trouver votre chef disons pour simplifier car il faut toujours simplifier qu’il s’appelle monsieur xavier c’est-à-dire monsieur ou plutôt mr x donc vous allez trouver mr x là de deux choses l’une ou bien mr x est dans son bureau ou bien mr x n’est pas dans son bureau si mr x était dans son bureau il n’y aurait apparemment pas de problème mais évidemment mr x n’est pas dans son bureau vous n’avez donc guère qu’une chose à faire guetter dans le couloir son retour ou son arrivée mais supposons non pas qu’il n’arrive pas en ce cas il finirait par n’y avoir plus qu’une seule solution retourner dans votre bureau et attendre l’après-midi ou le lendemain pour recommencer votre tentative mais chose qui se voit tous les jours qu’il tarde à revenir en ce cas le mieux que vous ayez à faire plutôt que de continuer à faire les cent pas dans le couloir c’est d’aller voir votre collègue mlle y que pour donner plus d’humanité à notre sèche démonstration nous appellerons désormais mlle yolande mais de deux choses l’une ou bien mlle yolande est de bonne humeur ou bien mlle yolande n’est pas de bonne humeur supposons pour commencer que mlle yolande… » (Georges Perec, l’art et la manière d’aborder son chef de service pour lui demander une augmentation,

 

Combien de temps allons nous reculer pour ne jamais sauter ?

 

 

Max.

 

 

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P.S.:C'est essentiellement grâce aux formidables revues de presse quotidiennes de Philippe Watrelot, sur son site Chronique Education, que j'ai pu rassembler les nombreux articles de presse en lien dans ce billet.

07/05/2008

Le collectif du 18 mai est né !

 

257060920.jpgHier, à Houilles, le collectif parents-enseignants du 18 mai s’est constitué et réuni pour la 1ère fois.

 

Parents des trois fédérations (Fcpe, Peep et Unaape) ou / et enseignants des collèges Lamartine, Maupassant, des écoles primaires Guesdes, Toussaint, Buisson, Destraves et Réveil Matin, des écoles maternelles Allende, Kergomard, Julliand, Schoelcher et Piagé étaient là.

 

 

L’occasion de préparer ensemble la manifestation nationale du dimanche 18 mai à Houilles et à Paris. L’occasion aussi d’échanger sur l’ensemble des changements en cours à tous les niveaux. Remise en cause de l’école maternelle, refonte inquiétante des programmes de l’école primaire, suppressions de postes dans les collèges. L’occasion, enfin de constater l’énorme besoin d’information, de compréhension sur la situation de nos écoles et leur avenir.

 

Au total, le constat qui se dégage est que l’ensemble des mesures éparses prises par le gouvernement ses derniers mois a bien une cohérence : celle de réaliser coûte que coûte des économies budgétaires drastiques (moins d’exigences en maternelle, moins d’heures en primaire, moins de postes dans le secondaire) au prix de la remise en cause de notre enseignement public.

 

Voici plus en détail le compte rendu de cette réunion qui en appelle d’autres…

 

Informations sur les points de « réforme » abordés le 6 mai 2008

Réseaux d’aide maternelle & primaire

  • Sur Houilles suppression d’un poste

Décision « incohérente », au vu de la désignation cette année d’un intervenant supplémentaire

Objectif : le soutien doit être fait par les instituteurs non spécialisés.

  • Mise en place de stages de soutien par des enseignants volontaires pendant les vacances scolaires  (des stages de ce type ont été proposés sur les vacances d’avril )

Décision « incohérente » : aucune organisation pédagogique effectuée

Objectif : s'inscrire dans le très tendance "travailler plus pour gagner plus".

Conclusion : Le soutien devient l’affaire d’instituteurs non spécialisés en dehors des temps scolaires

 Primaire

  • Pour tous les enfants, suppression de 2H d’enseignements : l’horaire hebdomadaire du temps scolaire passe de 26H à 24H
  • Répartition modifiée des différentes matières: les heures de maths et français sont exclusivement réservé à l’enseignement des mathématiques et français (l’histoire ne peut pas être assimilés à de l’enseignement de français). Le nombre d’heures pour les matières d’enseignements généraux devient « peau de chagrin »
  • Enseigner exclusivement des automatismes: cela signifie en maths par exemple,  enseigner uniquement les techniques opératoires (ne plus enseigner par l’expérimentation, la réflexion…)

Incohérence : le nouveau programme ne mentionne plus le socle commun des compétences

  • Pour les élèves en difficultés, mise en place de 2H de soutien hebdomadaire en dehors donc du temps dit scolaire. Contenu de ces 2 heures : Il s’agit donc de 72H annuelles qui se décomposent en 12H de concertation, 15 à 20H de préparation et donc 40à 45H de soutien « direct » à l’élève par an...

Conditions : ces heures de soutien peuvent être données par un enseignant extérieur à l’école de l’élève et dans une école différente de celle de l’élève ; ce qui pose de nombreux problèmes de sécurité/responsabilité qui rende cette disposition inapplicable

Incohérence : volonté d’externaliser ces élèves en difficultés alors que toute la « politique » du soutien actuelle est celle du soutien dans l’école.

Conclusion : La diminution du temps scolaire, l’uniformisation des enseignements (matières & méthodologies) ne peut que conduire à une augmentation du nombre des élèves en difficultés.  Pour le soutien de ces élèves en difficultés, l’externalisation conduira naturellement à une privatisation du soutien.

 Maternelle

  • Diminution des exigences de programmes

Objectifs : disparition progressive des petites et moyennes sections.

Conclusion : La disparition des maternelles conduira naturellement à une privatisation des structures de gardes de la petite enfance.

 

Conclusion générale: SAUVONS L’ENSEIGNEMENT PUBLIC

 

Et" les mots ont leur importance":


podcast
 
Bertrand Betsch, Les mots ont leur importance.

15/04/2008

Revue de stress

 

3a7447611ef2c115fb6994d1769bde99.jpgMobilisation, grève et manifestations aujourd’hui en France. Quelques articles glanés de ci de là pour se faire une petite idée.

Un reportage de Libération sur la manifestation parisienne qui a réuni entre 20000 et 40000 personnes  (disons 40000 pour faire simple) entre République et Nation.

Pendant ce temps, Le Monde interrogeait un enseignant de collège sur les raisons de la colère dans le second degré…

... et une institutrice de maternelle sur les nouveaux programmes. Où l’on constate que la suppression du samedi matin en primaire (et des heures de cours qui vont avec bien sûr, économies obligent) contraint nos chers penseurs du ministère à saborder l’école maternelle.

De bons coups de stress qui avaient bien besoin d’une bonne manifestation pour être évacués.

Pendant qu’on y est, en voici un autre. C’est dans le Figaro. Il  a pour sujet la délinquance des mineurs. On sait que le gouvernement veut réformer la fameuse ordonnance de 1945 et pourrait ainsi abaisser l’âge de la majorité pénale ou, au moins, revoir le statut spécifique des 16-18 ans.

Et par quoi, il se conclut l’article ? Je vous le donne en mille : « Le tournant générationnel est toutefois amorcé. Dès la rentrée, les programmes de l'école vont être remaniés. Les activités spor­tives, longtemps regardées comme suspectes elles rappelaient le patronage vont notamment être revalorisées pour leurs vertus éducatives. La pyramide des âges vient également au secours du gouvernement : d'ici à 2012, 50 % des effectifs seront renouvelés. »

Notre prof d’EPS de Lamartine qui pourrait faire les frais à la rentrée des suppressions de postes peut se rassurer : il a de l’avenir devant lui.

Et puis, cette déclaration de Xavier Darcos qui nous concerne directement. A la question « Y aura-t-il des ajustements dans les suppressions de postes ? »,

il répond : « Il y aura, comme chaque année, des ajustements dans la répartition des postes, notamment dans les académies de Créteil et de Versailles, qui sont particulièrement concernées par les suppressions de postes ».

Pour terminer, la petite provocation du jour, signée Xavier Darcos: « Depuis cinq semaines, on ne cesse de dire: "vous allez dans le grand soir, la manifestation s'annonce, ça monte, ça monte". Aujourd'hui, 82% des professeurs ne sont pas en grève. Je veux rendre hommage aux professeurs qui ne sont pas en grève: ils ont compris que les enjeux étaient ailleurs.»

Mais qu'est-ce qu'on va faire de lui ?

Allez. On se détend. On se fait un spa. Et on continue.

14/04/2008

Parce que...

 

 

Parce qu’ils deviennent un carburant essentiel de notre mouvement de protestation,

 

Parce qu’ils sont les premiers touchés par les projets du gouvernement,

 

Parce qu’ils osent contredire un ministre qui les accuse d'être des ignorants,

 

Parce que quand ils se battent pour l’Education, ils se battent pour nous tous (parents, élèves, enseignants ou simples citoyens),

 

Parce que si cela continue comme cela les lycées professionnels et les autres aussi ne formeront plus qu’à la précarité,

 

Parce que, c’est l’avenir de nos collégiens qui est en jeu,

 

Parce que, autour de nous, dans les Yvelines (et ailleurs biensûr), on a des lycées formidablement mobilisés,

 

Parce que le 10 avril, à Paris, leur nombre, leurs slogans, leur maturité nous ont fait chaud au cœur,

 

Parce qu’ils remettent ça demain, 15 avril, avec, dans une manifestation qui espérons-le sera ENORME, des cortèges bigarrés où toute l’Education sera là du primaire au supérieur,

Parce que, depuis hier, nous savons comment mettre un diaporama sur un blog. D'ailleurs (grand jeu concours), un intrus s'est glissé dans le diaporama et il n'est pas facile à faire bouger... Saurez vous le retrouver?

Avec un peu de musique, c'est mieux...
podcast

 

Parce qu’ils sont les filles et les « fils de France »,

 

Parce qu’ils imaginent des vidéos qui savent frapper les esprits,

 

Film des élèves du Lycée Bellevue à Albi

Parce que pour nous aussi, à Lamartine, le soutien des nombreux habitants de Houilles venus participer, ce samedi, 12 avril, au grand rassemblement que nous organisions devant la mairie, nous donne envie de continuer,

 

Parce que, ce samedi, nous avons pris date pour célébrer les 40 ans d’un collège né en 1968,

 

Parce que le mois de mai s’y prête si bien,

Parce que, depuis ce week-end, un nouveau défi est à relever.

 

06/03/2008

C'est la rentrée !

8f3f8fbf9c66f84c680514c7c6efa17f.jpgSonnerie du clairon.

La rentrée des vacances de février approche. Nous allons dans de nombreux établissements reprendre la mobilisation. Nombreux ont été les échanges de mail ces derniers jours. L’augure est donc on ne peut plus bonne. Un petit état des lieux s’impose. Il est, en effet, indispensable de resituer nos actions dans l’ensemble de celles qui s’engagent partout ailleurs.

1er constat : Nous sommes nombreux.
Dans le département des Yvelines, au 21 février (veille des vacances), 55 établissements avaient débuté une mobilisation en vue d’obtenir une autre DHG. La liste est consultable ici.
Dans certains établissements comme au collège Lamartine de Houilles, le taux de grévistes, le 15 février, a été historique (89%).

2ème constat : Les actions sont multiples.
Dans une note précédente, nous avions recensé les différentes actions menées. Cela va de la simple pétition à la « journée morte ». Elle est toujours consultable .

3ème constat : Les parents sont extrêmement mobilisés.
C’est là la preuve que nos revendications sont légitimes et plus que jamais indispensables au fonctionnement d’un bon service public d’éducation. Les deux principales fédérations de parents d’élèves (Fcpe et Peep) ainsi que les associations autonomes demandent des audiences au Recteur, s’impliquent dans des actions du type « journée morte » dans leur établissement, interpellent les habitants de leur ville, créent des blogs pour diffuser leurs points de vue.

4ème constat : L’Inspection académique des Yvelines est restée sourde pour l’instant à nos demandes.
Son argumentaire n'est pas vraiment convaincant. Il est donc nécessaire de poursuivre nos actions et, sans doute, serait-il opportun de construire une coordination des établissements mobilisés. Comme dirait l’autre : ensemble, tout devient possible…

5ème constat : Il y a des raisons d’espérer.
En effet, ailleurs, dans l’académie de Paris notamment, certains établissements ont déjà obtenu gain de cause après une semaine de mobilisation. Ainsi, le collège Bernard Palissy a obtenu, comme d’autres établissements, une augmentation de leur DHG (le rectorat a octroyé un bloc de 24 heures supplémentaires). Même si c’est encore insuffisant (le collège Bernard Palissy a besoin de 70 heures), c’est la preuve qu’il est possible de changer la situation.

Et attention: la fanfare du collège Lamartine est en pétard...

 


podcast
 

Goran Bregovic, Daj Mi Drugie Zycie (quelqu'un s'y connaît en serbo croate ?...)

27/02/2008

La fable de l’Inspecteur d’académie à l’enseignant

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« Arrêtons cette blague », dit le Ministre. "Les établissements fonctionneront normalement l'année prochaine, je ne dis pas que (la baisse des moyens alloués) ne créent pas de contraintes mais nous faisons des réformes et nous définissons nos priorités".

Cela fait des années que l’on nous en parle. Souvenez-vous. C’était à 7 sur 7. L’émission d’Anne Sinclair. Il s’appelait Claude Allègre. Il était Ministre de l’Education nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche. La phrase qui tue : « Il faut dégraisser le mammouth ». Et d’annoncer, en guise d’argumentation, des chiffres sur l’absentéisme des enseignants. Des chiffres bien supérieurs à la réalité et en contradiction avec ceux de ses propres services.

C’était le 24 juin 1997.

Dix ans plus tard, le dégraissage est à l’œuvre. Et cela ne date pas de cette année.  Entre les rentrées 2003 et 2006, les collèges et lycées ont perdu quelques 13000 postes d’enseignants (source : Ministère de l’Education nationale). Cette année, sur les 11200 prévus, 8000 devraient l’être dans l’enseignement secondaire.

Pourquoi, comment ? C’est là que la fable commence…

Vent debout, l’enseignant manifeste :

 « Dîtes moi d'où vient ce phénomène qui mène tout droit à l'impasse
Qu'est-ce qui se passe, je vois plus les traces, je reconnais plus mon espace
Espacez-vous, écartez-vous, dîtes moi où est la lumière
J'ai besoin d'aide encore une fois et ce sera pas la dernière
Je ne vois plus où je mets les pieds, ne me dîtes pas que c'est normal
Tout ce que je respire est inquiet, je sais plus ce qu'est bien et ce qu'est mal
C'est la pénombre qui règne comme si le soleil était mort-né
Messieurs Dames aujourd'hui, il a fait nuit toute la journée. » (1)

Alors, l’Inspecteur-d’académie-qui-a-réponse-à-tout sort son bel argumentaire en trois parties:

 1.

« Il y a moins d’élèves. Il y a un creux démographique », dit il. L’enseignant (qui a l’habitude de préparer ses séquences) lui rétorque que dans le même temps les effectifs augmentent en primaire et que dans 4 ou 5 ans, ils intégreront le collège. Il interroge : « Y aura-t-il assez de professeurs pour les accueillir ? Quand on sait que d’autres charrettes sont prévues, que d’ici à 2010, ce sont 40 000 postes qui doivent être supprimés. Et puis, s’il manque tant d’élèves pourquoi nous retrouverons nous, au collège Lamartine de Houilles, à 30 élèves par classe au lieu de 26 actuellement ? ».« On a le droit de s’inquiéter », conclut-il. 

2.

« Certes, certes, dit l’Inspecteur d’académie, mais vous comprenez, l’Etat n’en peut plus, les caisses sont vides, c’est la faillite, 2000 milliards de dettes. On ne peut pas vivre au dessus de nos moyens. Il nous faut être raisonnable ». L’enseignant (qui avec son salaire non revalorisé depuis 6 bonnes années sait ce que c’est que de se serrer la ceinture) n’a cure de cet argument. « Ce n’est pas sur nos enfants que nous devons faire peser le poids de la dette. L’éducation, n’est-ce pas elle qui formera le citoyen responsable, qualifié, novateur qui comblera un jour la dette ? L’élève n’est pas un coût pour la société, un élément comptable, c’est un investissement ».

3.

L’Inspecteur d’académie, piqué au vif, fier de son BTS comptabilité, lui rétorque : «  Monsieur, vous vous méprenez. Ce qui gouverne nos dotations horaires, c’est, avant tout, un esprit d’équité. S’il y a bien un point sur lequel nous serons d’accord, c’est notre souci de vouloir garantir des dotations équitables entre tous les établissements. C’est la raison pour laquelle le Ministre a créé le dispositif Ambition réussite ». L’enseignant (qui déjà aime à faire vivre le commerce équitable et pratique le tourisme équitable pendant ses loooongues vacances) ne peut s’empêcher de faire son spécialiste : « Monsieur l’Inspecteur, à Aubervilliers, à la cité scolaire Henri Wallon, que Notre Ministre a «élevé au titre de « site d’excellence », comment expliquez-vous que 7 classes ferment et que 15 postes d’enseignants soit supprimés à la rentrée 2008 ? »

Il y a bien une morale à cette fable.

Trois arbres, aussi soigneusement entretenus soient-ils par nos plus brillants jardiniers ne sauraient cacher une forêt, surtout quand elle est immense.

La suite vendredi.

Max.

 

(1) Grand Corps Malade, Il fait nuit toute la journée, 2005

Nota bene: l'illustration du début de la note est librement inspirée d'une des affiches de la dernière campagne de publicité d'une célèbre compagnie ferroviaire.

16/02/2008

Se mobiliser, c'est d'abord s'informer

"Arrêtons cette blague !" a déclaré Xavier Darcos, ministre de l'Education nationale, le 15 février 2008, journée d'action des enseignants des collèges et lycées d'Ile-de-France. Depuis le début du mois de février, les collèges et lycées reçoivent leur Dotation Horaire Globale (DHG) c'est-à-dire le nombre d'heures par matière dont ils disposeront à la rentrée 2008.

Pour des raisons budgétaires, le gouvernement a décidé de supprimer 11 200 postes d'enseignants cette année. Les conséquences sont lourdes: augmentation du nombre d'élèves par classe, fermetures d'options, suppressions de dispositifs de tutorat pour prévenir l'échec scolaire, de soutien pour y remédier, non dédoublement de classes en sciences expérimentales, en langues.

La situation est grave. Des luttes s'engagent partout en France, au niveau local car chaque établissement est touché à un degré différent. A Houilles dans les Yvelines, par exemple, le collège Maupassant perd 6 heures hebdomadaires mais le collège Lamartine perd 101 heures hebdomadaires (soit 14 % de sa DGH actuelle). Le collège Henri Wallon d'Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) perd 7 classes. Le collège Bernard Palissy de Paris Xème perd 70 heures hebdomadaires (et un quart de ses moyens en personnel).

A son modeste niveau, ce blog se propose de rassembler des informations éparses sur les luttes pour que le ministre ne puisse plus dire que "les établissements fonctionneront normalement l'année prochaine" ou que son objectif est de rendre équitable l'offre scolaire faite à nos adolescents.

Se mobiliser, c'est d'abord s'informer !

Enseignants, Parents, Elèves, Citoyens, on compte sur tout ceux qui pourront ici transmettre les coordonnées des nombreux établissements touchés, le nombre de classes supprimées, le nombre de postes concernés. N'hésitez pas à nous décrire vos luttes, nous faire parvenir vos communiqués et diffuser les informations de ce blog.

Comme dirait l'autre, ensemble, tout devient possible ...

 
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