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15/04/2009

René Monory est mort. Vive René Monory !

Qui se souvient de René Monory ? Pas grand monde. Cet homme va pourtant être inhumé ce jeudi en présence de Nicolas Sarkozy.

 

C’est que, apparemment, il est des héritages dont certains aimeraient bien se passer. C’est un peut l’impression que donnent les sobres, très sobres messages de condoléance que Xavier Darcos et Valérie Pécresse ont livré à l’occasion de la mort, le 11 avril, de René Monory, ancien ministre de l’Education nationale de Jacques Chirac (1986-1988).

 

Xavier Darcos, dans un style empathique voire ampoulé, « tient à rendre hommage au parcours et à l’œuvre d’un inlassable visionnaire qui, du garage de Loudun à la Présidence du Sénat, avait fait de l’avenir sa plus belle circonscription. Ancien ministre de l’Éducation nationale, René Monory n’avait cessé d’œuvrer en faveur de l’introduction et du développement à l’école des technologies de l’information et de la communication, domaine dont il était l’incontestable précurseur en politique. Avec la disparition de René Monory, la France perd une figure politique unanimement respectée et appréciée, dont les combats ont largement contribué à sa modernisation au cours des dernières décennies. »

 

Valérie Pécresse à défaut de pouvoir présenter des condoléances joyeuses, « présente ses condoléances attristées » à la famille et aux proches de René Monory. Sans doute un peu stressée en ce moment, « elle tient à rendre hommage à la mémoire de l’ancien ministre de l’éducation nationale, très attaché tout au long de son parcours politique aux questions d’éducation et de formation des jeunes. Il  fut un des artisans de la première tentative de  réforme  des universités en 1986. ». Vient enfin un court hommage à l’initiateur du Futuroscope.

 

Certes, certes, René Monory n’est pas Maurice Druon, décédé le 14 avril et pour lequel Xavier Darcos s’est fendu d’un véritable éloge funèbre. Rien, en René Monory ne « laisse incrédule ». Difficile de croire « à l’éternité académique face à son énergie inlassable et à son destin altier, quasi tiré d’une chanson de geste. » Il a sans doute mis beaucoup de « grandeur et de passion » dans son grand œuvre, le Futuroscope, qui lui survivra. Mais nul souvenir de « son maintien superbe, sa voix d’orateur attique, sa stature de héros légendaire, son impatience face aux médiocrités, son courage physique et moral, sa culture éblouissante, sa fidélité en amitié. »

 

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A défaut de transformer le présent, René Monory aura essayé de dessiner le futur. Ici devant le chantier du Futuroscope en 1987.

 

Non vraiment Rien en René Monory ne semble immortel. A part, peut-être ses réformes avortées. Car, en effet, cet éminent mécanicien de la 5ème République, a été un remarqué (à défaut d’être remarquable) ministre de l’Education nationale. Avec son ministre délégué, tristement célèbre, Alain Devaquet, ils ont tenté une réforme du lycée et des universités.

 

Jacques Chirac, Premier ministre de l’époque avait fixé la ligne : « Dans l'enseignement supérieur, le principe d'autonomie doit être définitivement concrétisé tant à l'entrée - au moment de la sélection des étudiants - qu'à la sortie - au moment de la délivrance des diplômes. L'autonomie doit aller de pair avec un allègement des structures universitaires […] Cette rénovation de l'Université suppose l'engagement sans réticences de tous les enseignants et chercheurs de l'enseignement supérieur ; elle passe par une abrogation rapide de la loi sur l'enseignement supérieur de 1984 [dite loi Savary]. »

 

La réforme  prévoyait de donner une large autonomie aux universités du point de vue financier, du point de vue de la sélection des étudiants (afin de s’adapter au besoins du marché du travail) ainsi que du point de vue des diplômes qu’elles veulent délivrer. Grande différence toutefois avec la réforme Pécresse, la loi Devaquet prévoyait de renforcer le pouvoir des enseignants-chercheurs dans les organes dirigeant l’université. Devaquet était chercheur. Aujourd’hui, ils font les frais de la réforme. Pécresse est énarque.

 

La suite on s’en souvient mieux : immenses mobilisations étudiantes, mort de Malik Oussekine, démission de Devaquet, retrait de sa réforme des universités. Dans la foulée, René Monory retirait sa réforme des lycées.

 

Vingt plus tard, la droite au pouvoir, tente de faire passer les mêmes couleuvres. Quel bel hommage rendu à René Monory.

 

René Monory est mort. Vive René Monory !

 

 

Max.

25/03/2009

Xavier Darcos poussé dans un corner sur France Inter

Un Demorand offensif, un Darcos défensif. Pour constater que les différents reculs sont en train de se faire. Le flou domine encore. Pour reprendre la formule d’un auditeur : pourquoi attendre que des établissements soient bloqués, des enseignants en grève, que des parents occupent pour démarrer une négociation. Que de temps perdu pour constater finalement que l’essentiel (les missions de l’école) n’est pas réformé. Que de confiance perdue pour rendre toute réforme aléatoire ? Comment croire que toute cette agitation provoquée par le ministère n’a pas pour seul et unique but de faire des économies comme nous y invitent les traités et les directives européennes ? Du beau gâchis.


Xavier Darcos - France Inter - Interview de Nicolas Demorand
envoyé par franceinter

Xavier Darcos - France Inter - Réponses aux auditeurs
envoyé par franceinter

21/01/2009

Darcos sur le départ ! Début d'inventaire.

Difficile de dire si c’est l’annonce à peine masquée de son prochain départ de l’Education nationale qui me fait avoir cette faiblesse, mais, j’ai tout à coup envie de penser du bien de Xavier Darcos. Tenez, par exemple, cette idée de recruter 5000 agents pour lutter contre l’absentéisme scolaire dont le Parisien se fait l’écho et qu’il annoncera dans une interview au Figaro, ce jeudi. Le constat du ministre est juste : "De plus en plus d'élèves sont absents de manière régulière. Or, tout est lié. L'absentéisme mène au décrochage, qui conduit à l'échec scolaire, lequel mine l'insertion professionnelle et sociale des jeunes", "Et c'est lorsqu'un jeune n'est plus encadré, qu'il n'a plus de projet, qu'il peut être conduit à tous les échecs. L'absentéisme est un fléau, et les solutions actuelles pour y remédier ne fonctionnent pas",

 

Bien sûr on rétorquera que ces emplois sont des emplois précaires, que leur nom, probablement inventé par un de ces inutiles disciple de Jacques Séguéla, est ridicule (on les nommera les « médiateurs de la réussite scolaire »), que cette politique de la droite rappelle étrangement celle, vilipendée par le candidat Sarkozy, de la gauche (les célèbres grands frères, ces médiateurs de quartiers des années 80-90), que cette « interface entre l’école et les parents » entre en contradiction avec la haine de l’assistanat développée par le fringant self made man qu’est Nicolas Sarkozy, que ces emplois aidés ressemblent étrangement aux emplois jeunes de l’époque Jospin-Allègre.

 

Mais bon. Reconnaissons à Xavier Darcos, cette volonté de prendre de front chaque problème qui se pose et de lui apposer, en face, une solution, même fragile, même approximative. On ne peut pas dire qu’il n’essaie pas.

 

Alors pourquoi cette fracture entre le ministre et les personnels de l’Education nationale ? Ces maudites suppressions de postes bien sûr (13 500 encore pour la rentrée 2009). On ne peut pas vouloir réformer et en même temps « dégraisser ». Xavier Darcos s’est pris les pieds dans cette nasse qu’est le « terrorisme de la dette » tant exploité pendant l’élection présidentielle (souvenez-vous de ces émissions avec en image de fond le compteur de la dette qui défilait). Comment négocier de manière constructive une réforme avec des organisations syndicales auxquelles vous annoncez en même temps qu’elles vont voir les personnels qu’elles défendent se réduire de manière drastique ?

 

Et le mépris à l’égard des personnels l’emporta trop souvent sur le dialogue. En somme, il nous a manqué un « médiateur de la réussite [de la réforme] scolaire ».

 

Max.

13/12/2008

Mais qu'a donc (dé)fait Xavier Darcos ?

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Il y a quelques jours, notre hôte, 20 minutes s’essayait courageusement à l’exercice complexe de décryptage des griefs qui s’accumulent en direction de Xavier Darcos, encore ministre de l’Education nationale. « Mais qu’a donc fait Xavier Darcos ? » s’interrogeait Catherine Fournier dans son article. C’est qu’effectivement, il y a péril en la demeure. Chez les profs et leurs élèves, bien sûr (nous y reviendrons) mais aussi dans les médias (les hordes grecques vont-elles déteindre sur nos jeunes têtes blondes hexagonales ?) et chez nos gouvernants qui font preuve d’une certaine nervosité ces temps-ci (l’ultra gauche française n’est-elle pas devenue notre Hezbollah ?)

 

Bref, ça bougeotte un peu partout et quand on sait que l’année 2009 sera pire que le dernier trimestre 2008 (C’est Carlos Ghosn, PDG de Renault-Nissan, qui le disait jeudi soir à Arlette Chabot), tout-ce-qui pense-et-ce-qui-décrète dans le pays à de quoi se faire quelques soucis.

 

Alors, bien sûr, en ce moment, être ministre ce n’est pas simple. Bilan en perspective car remaniement en vue. Et s’il y en a bien un qui joue gros, c’est Xavier Darcos. Le ministre « une idée par jour », parfait sarkoziste dans le fond comme dans la forme se verrait bien Premier ministre. Mais pour y parvenir, il lui faut gagner ses galons de maréchal : ressembler au Maître. De ce point de vue, Xavier Darcos fait presque un sans faute. Reste l’opinion : tolérera-t-elle d’avoir deux Sarkozy en même temps ? Rien n’est moins sûr.

 

A notre tour, essayons nous au décryptage de la feuille de route de Xavier Darcos.

 

Postulat n°1 : en tout bon sarkoziste sommeille un réducteur de tête

 

Catherine Fournier nous le dit dans son article de 20 minutes : en deux ans, 25000 postes supprimés (11200 à la rentrée 2008, 13500 prévus à la rentrée 2009). Mais ceci n’est que la face émergée de l’iceberg. En effet, un certain nombre d’autres mesures mise en œuvre dès cette année conduiront à réduire considérablement le budget du Ministère de l’Education nationale : la fin de l’aide spécialisée dans le primaire, l’étranglement des associations d’aides aux devoirs, la fin de l’école le samedi matin, une année en moins pour le bac pro (il fallait 4 ans pour le décrocher, 3 suffiront), le relookage de la seconde qui conduira à la suppression de 2 à 3 heures de cours hebdomadaire, l’allègement de la formation des futurs professeurs des écoles (la formation en alternance est remplacée par un simple stage). A cela s’ajoute, l’idée, pour l’heure retoquée, de remplacer la petite section de maternelle par de simples jardins d’éveil.

On le voit, en 2008/2009, c’est l’école primaire qui a été l’objet de toutes les attentions du ministre. De nouveaux programmes, plus lourds, recentrés sur le français et les mathématiques sont venus parfaire ce tableau… noir. En 2009/2010, ce sera au tour du lycée. Dans quelques jours le projet définitif de réforme sera dévoilé.

 

Postulat n°2 : en tout bon sarkozyste sommeille un juge anti-terroriste.

 

C’est bien connu : le ministère de l’Education nationale est un repère de vieux crypto-trostko-marxistes. Xavier Darcos a ainsi développé une allergie aux syndicats. Pour éradiquer ces germes d’ultra-gauchistes, il est des mesures très simples que notre ministre s’est empressé de mettre en œuvre : la surveillance de l’opinion pour identifier les dangereux opposants, les projets (qui devraient finalement avorter) de faire éclater les Sciences Economiques et Sociales au lycée dont les professeurs sont suspecter d’être les propagandistes de l’antilibéralisme et de mettre sous contrôle politique les programmes d’histoire.

 

Postulat n°3 : en tout bon sarkoziste sommeille un Homme nouveau

 

Car combattre n’est pas suffisant, il faut inventer un Nouveau Professeur bien sous tout rapport. Certains l’appellent le flexiprof. Peu à peu, il nous apparaît plus nettement. En cours d’élaboration, un nouveau système de mutation des enseignants. Mais déjà il semble que quelques expérimentations aient lieu : le rectorat de Bretagne affecte des professeurs à des postes de conseillers d'orientation-psychologues. Ou dans l’académie de Lille, des profs de génie électrique en lycée professionnel qui se retrouvent à enseigner la technologie en sixième et ceux de lettres modernes contraints de « garder » les enfants dans les centres de documentation et d'information (CDI). A Marseille, on recrute les profs par… petites annonces.

 

Le flexiprof fonctionne aussi au mérite. Là aussi un avant goût avec cet accord rendu public mi octobre et prévoyant des hausses de primes pour les personnels du ministère de l'Education nationale en contrepartie de 1.700 suppressions d'emplois en trois ans.

 

Postulat n°4 : en tout bon sarkoziste sommeille un ministre … de l’Intérieur

 

L’expérimental (et pour cause) département des Hauts de Seine expérimente depuis quelques années les policiers dans les établissements scolaires. Xavier Darcos prend soin tout doucement de généraliser cette brillante invention britannique. Extérioriser la gestion de la vie scolaire. Mais pour cela, il faut changer les règles : voilà le code de la vie scolaire qui prépare si bien le travail de Rachida Dati au ministère de la Justice.

 

Voilà. Les raisons de la colère existent. Elles ne sont pas mineures. Nous sommes loin des revendications classiques sur les salaires ou sur les retraites. Difficile de dire si nous allons vers une marchandisation de l’Education comme certains l’avancent déjà. L’interrogation est en tout cas légitime : la suppression progressive de la carte scolaire semble creuser davantage les inégalités entre établissements et le projet d’évaluation des élèves de CE1 et CM2 laisse craindre une mise en concurrence des écoles, ce qui serait un facteur aggravant.

Ce qui est sûr, c’est que l’école des années 2010, si rien ne change, sera une école à bas coûts, sur contrôlée, aux personnels flexibles et à multiples vitesses.

 

Il y a de quoi manifester non ?

 

Sinon que faire ? Il y a bien une solution mais…

 

« Ayant mûrement réfléchi ayant pris votre courage à eux mains vous vous décidez à aller trouver votre chef de service pour lui demander une augmentation vous allez donc trouver votre chef disons pour simplifier car il faut toujours simplifier qu’il s’appelle monsieur xavier c’est-à-dire monsieur ou plutôt mr x donc vous allez trouver mr x là de deux choses l’une ou bien mr x est dans son bureau ou bien mr x n’est pas dans son bureau si mr x était dans son bureau il n’y aurait apparemment pas de problème mais évidemment mr x n’est pas dans son bureau vous n’avez donc guère qu’une chose à faire guetter dans le couloir son retour ou son arrivée mais supposons non pas qu’il n’arrive pas en ce cas il finirait par n’y avoir plus qu’une seule solution retourner dans votre bureau et attendre l’après-midi ou le lendemain pour recommencer votre tentative mais chose qui se voit tous les jours qu’il tarde à revenir en ce cas le mieux que vous ayez à faire plutôt que de continuer à faire les cent pas dans le couloir c’est d’aller voir votre collègue mlle y que pour donner plus d’humanité à notre sèche démonstration nous appellerons désormais mlle yolande mais de deux choses l’une ou bien mlle yolande est de bonne humeur ou bien mlle yolande n’est pas de bonne humeur supposons pour commencer que mlle yolande… » (Georges Perec, l’art et la manière d’aborder son chef de service pour lui demander une augmentation,

 

Combien de temps allons nous reculer pour ne jamais sauter ?

 

 

Max.

 

 

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P.S.:C'est essentiellement grâce aux formidables revues de presse quotidiennes de Philippe Watrelot, sur son site Chronique Education, que j'ai pu rassembler les nombreux articles de presse en lien dans ce billet.

04/05/2008

Marcel, mais qu'ont-ils fait de toi ?

 

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Imaginez. 

Un éminent monsieur, énarque, conseiller d’Etat, ancien conseiller de plusieurs ministres. Un Saugeais, né aux Maitrets en 1946, dans le canton de Montbenoit (Doubs). Un pur produit de l'école laïque de la république rurale, monté dans un ascenseur social qui fonctionnait encore correctement au milieu du 20e siècle. Un passé paysan, une expérience de la préfectorale, un passage à la direction de la fonction publique. Un gars solide, bien dans ses bottes. Un homme de confiance et de ressources se dit le ministre.

Le ministre charge donc Son Eminence de produire un rapport. Un rapport sur l’évolution du métier d’enseignant.

Imaginons.

Prémonitions. Auditions (quand même). Cogitations. Préconisations. 271 pages (1).

Et, qu’en ressort-il ?

3 axes.

1.

Constatation n°1 : p. 73. « Les enseignants sont au total plus attachés à leur classe et à leur discipline qu’à leur établissement. Cette tendance ne facilite pas la coordination pédagogique ni le travail d’équipe. Elle induit des formes d’isolement et de solitude face au traitement de la difficulté scolaire et, plus généralement, explique une insuffisante mise en commun des pratiques d’enseignement et des expériences ».

Préconisation n°1 : p. 239. Réaliser de toute urgence l’autonomie des établissements : « La commission propose d’élargir les marges d’autonomie et de responsabilité : dans l’organisation des enseignements, dans l’organisation de l’activité enseignante, dans les pouvoirs confiés aux équipes de direction des établissements ».

Petit oubli n°1 : Les suppressions de postes (ah non, pas ça, s’il vous plait, pas ça, encore ! non). Bah oui ! Les suppressions de postes vont avoir pour conséquences l’alourdissement des effectifs des classes, le non dédoublement de ces mêmes effectifs dans les cours de certaines matières où c’est pourtant indispensable. Est-ce cela traiter de la difficulté scolaire ? Est-ce pour rompre l’isolement et la solitude de l’enseignant que vous lui rajoutez 4 ou 5 élèves dans chacune de ses classes ?

2.

Constatation n°2 : p. 95. « Il manque à la gestion [des enseignants] une dimension qualitative. (…) Cette insuffisance se vérifie dans quatre domaines : l’affectation des enseignants se fait année après année (…) par le jeu des barèmes qui conduit à faire occuper les postes vacants les plus difficiles (…) par les enseignants les plus inexpérimentés ; la notation des enseignants (…) est réalisée selon des règles si complexes que personne ne peut les expliquer simplement ; la formation continue déjà très insuffisante quantitativement (2,7% de la masse salariale), (…) est  souvent pratiquée comme une récompense ; le suivi et la gestion personnalisée des carrières sont très peu pratiqués. Les enseignants se sentent souvent abandonnés à eux-mêmes. »

Préconisation n°2 : Rénover la gestion des ressources humaines : p. 240. « Il s’agirait de distinguer l’Etat formateur qui préparerait les enseignants à leur métier et leur délivrerait un master d’enseignement, et l’Etat employeur, qui recruterait, de façon simplifiée, qui recruterait de façon simplifiée, voire déconcentrée, les enseignants, dont il a besoin. » Concernant l’évaluation des enseignants, la commission « préconise que soient explorées des pratiques d’évaluation qui reposent sur les regards croisés des inspecteurs et des chefs d’établissements ». Pour le reste : la gestion des affectations doit être considérée (interdit de rire) comme une « cause nationale », la formation continue deviendrait une obligation.

Petit oubli n°2 : La gestion (très rénovée actuellement) des ressources humaines conduit également les rectorats à remplacer les postes supprimés par des heures supplémentaires. Autrement dit, le nombre d’enseignants changeant d’affectation chaque année va augmenter de manière exponentielle car ceux-ci ne seront plus nommés sur des postes mais sur des heures… Par ailleurs, le recrutement en forte augmentation depuis quelques années de vacataires  (2) et de contractuels (3), est-ce cela un recrutement simplifié, voire déconcentré des enseignants ?

3.

Constatation n°3 : p.239. « Les obligations de service sont aujourd’hui exclusivement définies en temps d’heures hebdomadaires devant les élèves. Ceci paraît regrettable à la commission : enseigner constitue certes le noyau du métier, mais ce n’en est pas la seule composante. Or, les autres dimensions du métier dont aujourd’hui fort peu explicitées et fort peu reconnues, notamment le travail collectif et les activités autres que d’enseignement et qui le confortent. »

Préconisation n°3 : L’élargissement des missions des enseignants, p. 239. « La commission présente différentes hypothèses de prise en charge explicite de ces missions : statu qui aménagé ; une obligation de service d’enseignement définie annuellement ; ou encore l’instauration, en substitution ou en complément du temps d’enseignement, d’un temps de présence obligatoire dans l’établissement, comme dans certains pays étrangers ».

Petit oubli n°3 : La réforme actuelle des missions de l’enseignant (suppression d’options, non dédoublement des effectifs en langues, allègement des programmes de l’école primaire, suppression d’une année d’étude en lycée professionnel, abaissement des exigences pour l’obtention du baccalauréat, entre autres beautés) conduit à un recentrage des missions de l’enseignant sur un contenu disciplinaire appauvri et un temps accru consacré à la gestion (elle aussi mais dans un autre sens) disciplinaire des élèves. En échange, il est vrai, a été crée de l’accompagnement pédagogique pour ceux qu’un président a nommé les « orphelins de 16 heures ». C’est tout. Le but d’une réforme n’est-elle pas d’améliorer la qualité des services proposés ?

Voilà. Alors, bien sûr, on va dire : caricature !

Pourtant, ce qui est préconisé ici est déjà en route.

Ah bon ?

Bah oui :

LibéOrléans, le 29 avril 2008 : « Le premier collège « public-privé » retoqué par la Justice ». « Le tribunal administratif d’Orléans saisi par un groupement local d’artisans du BTP vient d’annuler la délibération qui permettait la construction et la gestion privées de cet établissement sous un mode unique en France. En échange de la prise en charge de la construction du collège (13,5 millions d’euros), une filiale du groupe Vinci recevait la concession de l’établissement (fonctionnement, entretien…) pendant une durée de dix ans. (…) Le conseil général du Loiret, à l’origine de ce montage partenarial sensé répondre à une notion « d’urgence », regrette amèrement la décision du tribunal administratif ».

Encore ?

Pas de problème :

AFP, 29 avril 2008 : « Le Sénat a adopté en première lecture mardi le projet de loi sur la mobilité des fonctionnaires, qui vise à faciliter le passage d’une fonction publique à une autre, voire du public au privé. » Outre un « droit au départ » pour les 5,2 millions de fonctionnaires ainsi que de nouveaux dispositifs d’accompagnement pour les emplois « supprimés » ou « modifiés », le projet de loi « autorise aussi le remplacement d’un fonctionnaire par un « agent contractuel » ou par un « recours à l’intérim et élargit les possibilités de cumul d’emplois à temps partiel ».

Et de rajouter : « Pour Eric Woerth, ministre du Budget, ce texte constitue « la première étape de la modernisation de la fonction publique » et vise à fournir « un service public de qualité au meilleur coût possible ».

Nous rions 1 fois.

Nous rions 2 fois.

Nous rions 3 fois.

Voilà. Alors, bien sûr, on va dire : « Vous les fonctionnaires, c’est toujours pareil, vous êtes contre toute idée de réforme, vous êtes accrochés à vos acquis comme une moule à son rocher ».

Et bien non. Nous sommes favorables aux réformes. Et pour tout dire, nous en voulons. Mais des vraies. Pas de celles qui nous promettent un enseignement de qualité en commençant par l’alourdissement des effectifs de classes et l’allègement des programmes. Pas de celles qui prennent comme modèle les établissements privés sous contrat et bientôt les boîtes à fric du genre Acadomia ou qui nous invitent à n’apprendre que le Wall Street english. Pas de celles qui consistent à remplacer un enseignant formé, stable sur son poste par un intérimaire à temps partiel imposé et corvéable à merci.

On voudrait bien prendre un train de réformes qui puissent nous permettre d’aller vers une nouvelle étape dans la démocratisation de l’éducation engagée depuis les années 60.

Mais là, très franchement, on ne sait plus quel train prendre et pour aller où.

Bientôt, en gare de Houilles-Carrières :


The train, de Takahiro Hirata
Enervant au bout d'un moment, non ?

 

(1) Le livre vert de la Commission Pochard.
(2) Bac + 3, payés sur des vacations de 200 heures, sans avoir les mêmes droits à la retraite ou aux congés ou à la protection sociale que les professeurs titulaires.
(3) Professeurs en CDI recrutés par les rectorats, donc par l’administration déconcentrée.
 
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