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18/03/2009

Xavier Darcos a perdu l’esprit … français.

Je l’avoue, je l’avoue, le titre est racoleur. Pourtant, comment résister à cette boutade quand on lit avec tout l’intérêt que nous lui devons la prose de Xavier Darcos dans Le Monde de jeudi 19 mars. « Esprit français, es-tu là ? » s’interroge-t-il en page 20. Qu’est-il arrivé à celui qui se présente à nous d’abord comme Membre de l’Institut et ensuite comme Ministre de l’éducation nationale ? C’est que, dans ce qui ressemble à une séance de spiritisme, Xavier Darcos est venu retrouver une élite perdue, celle des intellectuels et avec eux l’esprit français qui les définissaient tant par le passé. Il a beau convoquer Voltaire et Montaigne, leur attacher la compagnie tutélaire de Nicolas Sarkozy (si, si), rien n’y fait.

 

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Je n'y peux rien, moi, si Xavier Darcos en

philosophe des Lumières ressemble davantage

à du Warhol...

 

 

Selon lui, l’indépendance de pensée, la hauteur de vue, l’enthousiasme mêlé à la courtoisie dans le débat d’idées, qui caractérisaient tant cet esprit français, semblent autant de qualités perdues aujourd’hui. La République, née de l’alliance entre intellectuels et politiques, réussissant ainsi à canaliser le désir parfois violent de démocratie, serait aujourd’hui à la dérive.

 

Jugez en vous-même :

 

« Le rationnel semble exilé du débat public, tandis que la rumeur, l’outrance, la théorie du complot ou le déni de vérité s’instille jusque dans les sphères les plus éclairées du monde intellectuel ? »

« Cette tendance imprécatrice blesse l’intelligence. Elle me choque (…) Elle encourage le monde du savoir dans une défiance explicite, voire obligée, à l’égard du politique »

« Personne n’a intérêt à encourager cette dérive. Personne ne peut en justifier les vrais ressorts, qui sont le dévoiement de la fonction critique de l’intellectuel au profit d’intérêts partisans ou caricaturaux. »

« L’affaire ne se clive pas entre les bons (la gauche) et les méchants (la droite). Cette supputation est inféconde. Elle donne un exemple désastreux de notre jeunesse en privilégiant la querelle ou le préjugé plutôt que la controverse argumentée. »

 

Et puis il y a ce passage amusant : «  Il suffit pour s’en convaincre de fréquenter certains blogs ou certains forums dans lesquels les exposés les plus brillants sont parfois consacrés aux arguties de thèses les plus insensées, assorties de procès en sorcellerie ad hominem. »

 

L’intellectuel a démissionné, quitté la cité. Ou alors il s’est laissé corrompre. Ne résonnent (raisonnent ?) plus aujourd’hui que les mégaphones syndicaux dans des cortèges agressifs. Le politique est bien seul. Sans l’arbitrage certes critique, sans la hauteur de vue, sans la courtoisie de l’intellectuel, que peut l’homme politique livré à la vindicte populaire ?

 

Et cette vindicte, Xavier Darcos va encore la voir défiler depuis ses fenêtres, ce 19 mars au départ, à Paris, d’une place qui s’appelle précisément République.

 

L’intellectuel a quitté la cité, le politique est seul dans l’hémicycle et le jeune forcément ultra gauchiste a envahi la rue. Esprit français éclairé de toute sa hauteur de vue, courtois, Xavier Darcos n’a eu de cesse au cours de son ministère de dénoncer des syndicats "dont la fonction principale est la résistance au changement", répétant à l’envi « à ceux qui font grève qu'il faut qu'ils fassent attention parce que le monde, la France avancent plus vite que les cortèges".

 

Plus qu’un héritier de l’esprit français, Xavier Darcos se pose en héritier de cette République des propriétaires que Boissy d’Anglas défendait à la tribune de l’Assemblée nationale en 1795 : « Nous devons être gouvernés par les meilleurs : les meilleurs sont les plus instruits et les plus intéressés au maintien des lois ; or, à bien peu d’exception près, vous ne trouverez de pareils hommes que parmi ceux qui, possédant une propriété, sont attachés au pays qui la contient, aux lois qui la protègent, à la tranquillité qui la conserve (…). Si vous donnez à des hommes sans propriété les droits politiques sans réserve (…) ils nous précipiteront enfin sans ces convulsions violentes dont nous sortons à peine. »

 

Classes laborieuses, classes dangereuses. Certes, avec plus de courtoisie et sans doute beaucoup d’esprit, la prose de Xavier Darcos, dans Le Monde du 19 mars, ne dit pas autre chose…

 

 

Max.

08/12/2008

L'art d'apprendre à ignorer

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L’art d’apprendre à ignorer. C’est le titre d’un ouvrage, paru en 2000, de notre ministre du mépris.

 

Bien sûr le sujet portait sur cette « fabrique de crétins » que serait devenue l’école pour tous les milieux conservateurs.

 

Toutefois, on ne peut s’empêcher de sourire à l’idée qu’en matière d’ignorance, Xavier Darcos est lui aussi un bel artiste.

 

Que disait ce temple du savoir qu’est Xavier Darcos au moment où les syndicats mobilisaient contre sa politique, le 20 novembre dernier ?

Qu’ils n’étaient plus en phase avec les enseignants. Que la France et le monde avancent plus vite que les cortèges.

Ce genre de sornettes.

 

Et bien, la semaine qui vient de s’achever témoigne du contraire. Un exemple : les résultats des élections professionnelles qui se sont déroulées la semaine dernière :

 

Certes, certes. Les élections professionnelles dans le secteur privé ont nettement moins mobilisées : 25,5 % de participation, une bonne partie des abstentionnistes estimant sans doute que  Nicolas Sarkozy ou Xavier Bertrand sont de meilleurs représentants syndicaux…

 

Mais à y regarder de près, ce chiffre global n’a pas beaucoup de sens et relève donc de l’art d’apprendre à ignorer la réalité.

 

Prenons le milieu enseignant du secondaire, puisqu’il nous concerne :

 

64,4 % de participation aux élections professionnelles du 5 décembre. En hausse de plus de 3 % par rapport à 2005 (source Ministère de l’Education nationale). Autant que l’élection américaine jugée historique du point de vue de la participation précisément, émerveillant comme jamais tous nos beaux journalistes de salon.

 

Quelles leçons tirer de ces élections ?

 

  1. Même si le taux de syndicalisation est en baisse, il ne signifie pas une remise en cause de leur représentativité. Le problème qui est posé est donc davantage leur financement dont dépendent leurs moyens d’action.
  2. La volonté de tous les syndicats de s’opposer aux mesures du ministre est validée par une grande majorité des personnels. N’en déplaise à Xavier Darcos, les grèves et manifestations de ces derniers temps sont bien le signe du ras le bol enseignant face à sa politique de démontage en règle de l’Education nationale.
  3. Là où les personnels sont organisés, représentés, la mobilisation est forte.

Et pourtant il reste du travail pour faire entendre ces vérités-là.

 

Comme l’ont repéré certains observateurs aguerris (1) : « La presse de service public radio et télévision s’est comportée de façon à banaliser le vote et à encourager l’abstention. Un vrai tam-tam pro abstention ! Ce fut le cas pour France inter, qui le matin même n’informe pas sur le vote mais sur le “probable taux d’abstention”. Toute la communication des plus grands médias était orientée sur l’abstention y compris les rares spots télévisés. Sans omettre Le Figaro qui, la veille, explique que le scrutin coûte 90 millions et qu’il vaut mieux le supprimer vu qu’il n’y a pas de participants ce qui est le point de vue explicite du Medef et de la droite. »

 

La première leçon de ces élections est peut-être bien que nous apprenons peu à peu à ignorer... Xavier Darcos et ses acolytes.

 

Max.

 

(1)   Gérard Filoche, « Nette progression des syndicats combatifs en dépit de l’abstention organisée par le pouvoir », in Démocratie et socialisme, décembre 2008

 

 

 

 

Ajout du 8 janvier: Vu sur Rue89

Photo: dans la manifestation parisienne des lycéens (Jacky Naegelen/Reuters)

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