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07/09/2008

Que faire contre le vide ?

84716307.jpgMarcel Duchamp, autoportrait de profil, 1958

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bien sûr la République des Indignés s’est indignée. Ministre en tête, tous ont condamné. Même le Président du Conseil Régional de Languedoc-Roussillon (1). Tous vos journaux ou presque s’en sont fait l’écho. L’Express par exemple. Un recteur d’Académie nous y explique que "cela n'a pas été fait à la sauvette, les gens ont pris soin du graphisme, on a vraisemblablement pris son temps ". Un procureur nous révèle la présence de "deux calligraphies différentes". Une ministre assure que la justice sera "des plus fermes".

 

Et puis, entre deux lignes, un aveu : "Jeudi matin, un accueil a été organisé dans le collège de manière à éviter que les enfants se trouvent dans les lieux tagués. Les cours ont été annulés mais devaient reprendre ce vendredi, après nettoyage des locaux en fin de journée et même dans la nuit s'il le faut". 

 

La honte. Ne pas voir. Cachez moi vite ça. La rentrée doit bien se passer. D’ailleurs, précise l’article de l’Express, "C'est un établissement sans problème. La rentrée a eu lieu mercredi matin et tout s'est très bien passé, sans tension particulière, rien ne permettait d'imaginer une chose pareille".

 

Alors, si rien ne permettait d’imaginer une chose pareille. N’imaginons surtout pas. N’imaginons rien. Ne réfléchissons surtout pas à la raison qui veut que ce soit un établissement scolaire qui soit touché. Pas moins de 40 graffitis, "croix gammées et injures telles que "Mort aux arabes", "Fuck islam", "W.P." pour "White power" et "White front" - ont été peints à la bombe dans la cour du collège René-Cassin d’Agde, dans les escaliers, sur des portes et sur des murs, certains font plus d’un mètre de hauteur", relate l’Humanité.

 

Et bien si. Réfléchissons.

 

L’enseignement de l’histoire de la Shoah, au collège, c’est 1 heure, en classe de troisième. 1 heure. A peine plus au lycée. 1 heure pour une question immense : pourquoi. Iannis Roder, professeur d’histoire, dans un livre qui vient de paraître (2), s’interroge : "Question légitime s’il en est. Question incontournable face à l’incompré-hensible. (…) Quel élève peut appréhender aujourd’hui une telle question alors que la Shoah lui apparaît comme un ovni parmi les autres ovnis et que les adultes, bien souvent, peinent à apporter des réponses satisfaisantes".

 

1 heure.

 

Il ne reste alors que le temps de simplifier.

 

Ou de faire le vide, comme en témoigne ce radiozapping du Monde.fr du 5 septembre.

 

Jean-Marie Le Pen nous explique, sur RTL, devant un Jean-Michel Apathie qui fait de l'humour, que cet « incident », selon ses termes, est un détail, comme les chambres à gaz. Mais aujourd'hui plus personne ne relève.

 

 

Max.

 

 

 

(1) Georges Frêche, PS, qui n'avait pas hésité, il y a quelques mois, à traiter les harkis de sous-hommes...

(2) Iannis Roder, Tableau noir: la défaite de l'école, Editions Denoël

 

Tableau noir : La défaite de l'école

28/08/2008

Y a-t-il une vie sur la Terre ?!...

1959157155.JPG

Mais qu’est-il donc arrivé à ce blog ?

 

Deviendrait-il mystique ? Néo-environnementaliste ?

 

Non, non. Rien de tout cela.

 

Le blog change de titre et de forme. Sauvons nos DGH ! disparaît. Besoin de se renouveler, constat que notre combat ne peut pas se limiter à la défense de notre seule Dotation Horaire qui quoique dite Globale n’en est pas moins Particulière. Il y a bien de tout cela, en effet.

 

Mais pas que.

 

Sauvons nos DGH sonnait trop « communautarisme » d’enseignants, «  repli identitaire » lamartinien (1) et prenait le risque de virer au « groupisme » et autre « associationnisme », contraint de débattre en vase clos avec d’autres « nous » du même groupe. Et Xavier Darcos d’en rire ostensiblement dans les colonnes du Monde, pas plus tard que cet été :

 

« De pétition en cortège, de défilé rituel en occupation d'école, les détracteurs de la politique gouvernementale ont désespérément tenté d'apporter une réponse négative à cette question, avec des arguments qui m'ont souvent laissé perplexe. Veut-on apprendre aux élèves du primaire à lire, à écrire et à compter ? C'est pour les empêcher de penser, entonnent en choeur les pédagogistes, qui réclament d'urgence le statu quo. Propose-t-on, pour lutter contre les déterminismes sociaux, d'offrir aux élèves en difficulté des stages gratuits de remise à niveau pendant les vacances scolaires, autrefois réservés aux enfants des milieux les plus aisés ? C'est pour mieux les stigmatiser, affirment sans rire les élus socialistes, certains n'hésitant même pas à s'y opposer. Recueille-t-on l'adhésion massive des familles sur les réformes engagées ? Une infamie ! lit-on, dans ces pages mêmes, sous la plume de ceux qui invoquent sans modération l'esprit de Munich ou la Saint-Barthélémy. Et pourquoi pas Gilles de Rais ?
Une fois passées la protestation systématique, l'indignation de circonstance et l'outrance rituelle, quel bilan peut-on faire de cette année scolaire ? Celui d'un système éducatif bien moins monolithique et rétif au changement que ne voudraient nous le faire croire les sempiternels pétitionnaires qui prétendent l'incarner. » (2)

 

Le chemin dans lequel nous entraîne le ministre est celui de la lutte de la minorité pour la minorité, de la concurrence entre la minorité et la minorité. L’accompagnement éducatif concurrence le soutien scolaire, la méthode globale concurrence la méthode syllabique, le professeur titulaire sur poste fixe concurrence le professeur titulaire sur zone de remplacement, la filière S concurrence la filière ES, le cours préparatoire de l’école primaire concurrence la grande section de l’école maternelle.

 

Bientôt les éducateurs seront en concurrence avec les professeurs, les apprenants avec les élèves, les ballons avec les référentiels bondissants.

 

Et tout cela à des années lumières de la vie de notre société bientôt éclatée en une multitude de nous, de communautés sans lien les unes aux autres, d’infimes particules mêmes plus élémentaires, habituées à leur propre mort. (3)

 

A ce moment là, les Martiens tiendront enfin la réponse à la question qui les tourmente depuis des milliers d’années : oui, ils sont seuls dans l’univers.

 
podcast
Dying is fine, Ra Ra Riot

 

 

 

(1) Référence faite au collège et non à Alphonse.

(2) « Le sarkosysme est l’allié de l’école », tribune de Xavier Darcos , Ministre de l’Education nationale, publiée dans Le Monde du 18 juillet 2008

(3) Ainsi une nouvelle journée « d’action » est-elle envisagée pour le 11 septembre à l’appel de la FSU, du SGEN-CFDT et de l’UNSA éducation pour protester contre la suppression de 13500 postes programmée pour la rentrée 2009. Comme chaque année, on nous promet une « rentrée houleuse », un « automne chaud » alors que deux des organisations signataires de l’appel ont abandonné en rase campagne en juin dernier un même mouvement visant à combattre la suppression de 11200 postes pour la rentrée 2008. Chaque année, on se réveille avec la même sensation de déjà vu. On s'est adapté à notre propre mort. Cela rappelle un film…

22:30 Publié dans tribune libre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : blog

22/04/2008

Ecole buissonnière *

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Le mouvement prend de l’ampleur dans les lycées. L’Administration s’inquiète et menace les parents d’élèves de collèges.

 

Courrier de l’Inspecteur d’académie des Yvelines, Joël-René Dupont, la semaine dernière à plusieurs centaines de parents d'élèves du collège des Plaisances à Mantes-la-Ville :

 

« Votre enfant manque la classe sans motif légitime ni excuse valable. (...) J'attire votre attention sur les sanctions prévues en cas de manquement à l'obligation scolaire : suspension ou suppression du versement de la bourse, amende (...) d'un montant maximum de 750 € prononcé dans le cadre du tribunal de police... » (Source : Le Parisien)

Déjà en 2003, lors du précédent mouvement d’ampleur dans l’éducation nationale, l’Inspecteur d’académie de Seine-Saint-Denis, Jean-Charles Ringard, formulait dans une note rendue publique des recommandations aux chefs d’établissement pour casser les mouvements de protestation (1).

Les petites intimidations de notre hiérarchie sont donc de la monnaie courante. L’intéressant est ailleurs. Jusque là, ils menaçaient les enseignants via leur chefs d’établissement. Désormais, ce sont les parents d’élèves. Doit-on y voir la preuve de mouvements qui changent de nature moins marqués par la geste syndicale ?

A Lamartine, nous l’avons vécu comme jamais auparavant. L’implication des parents est un paramètre essentiel de la durée du mouvement et de sa profondeur.

 

Les Conseils d’Administration des établissements sont de simples chambres d’enregistrement de décisions irrévocables avant même d’avoir été discutées. Les établissements s'autonomisent, certes, même de ceux qu'ils sont censés servir...

Mais, aujourd’hui, quelque chose est peut-être bien en train de changer.

L’offensive tous azimuts que lance le nouveau pouvoir en place ne touche pas que les moyens. Elle est aussi (osons le mot) idéologique. La refonte en cours des programmes du primaire, la promotion d’une école exclusivement méritocratique, basée sur la performance, l’ingérence du politique dans les programmes d’histoire en sont quelques témoignages. Ainsi, les questions majeures qui vont se poser ne sont plus seulement des questions de statuts et de moyens mais des questions politiques. Elles ne touchent plus les enseignants seuls dans l’exercice de leur métier mais la société toute entière dans la raison d’être de son école.

Ces mutations brutales devraient nous obliger, nous enseignants, à ne plus séparer, comme toujours, les enjeux des luttes que nous menons (et qui sont perpétuellement ramenées au stade de défense de nos acquis que nous n’avons plus depuis longtemps, pourtant) et le sens que nous continuons tant bien que mal à vouloir donner à notre métier, le rôle et la place de ce que nous enseignons.

Les suppressions de postes, massives, programmées insidieusement jusqu’en 2012, sont un double piège. Elles nous désorganisent considérablement. Elles mobilisent chaque année l’essentiel de notre énergie et de notre réflexion sur notre métier. Mais, les faibles économies qu’elles vont engendrer ne doivent pas faire illusion : les querelles sur les moyens sont là, aussi, pour nous empêcher de nous poser les vraies questions.

Et, si rien ne change, le fossé risque bien de continuer à se creuser entre Ernesto, son professeur et ses parents :

"En rachâchant", d'après Ah Ernesto (de Marguerite Duras),
court-métrage de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, 1982
 

A nous, tous ensemble, de réagir, pour ne pas avoir à nous ranger... comme en 2003. 

Max.


podcast
Calogero, Mélodie en sous-sol

 

* Vacances aidant, cette note est le fruit d'une réflexion personnelle du rédacteur de ce blog.

(1) « Petits conseils d’un inspecteur d’académie à ses chefs d’établissement », Le Monde du 15 mai 2003.  Extrait : « La note formule quatre recommandations. La première porte sur la « gestion des grévistes et les retenues de salaire », pour lesquelles elle rappelle les procédures habituelles. La seconde règle le cas de la presse : si les caméras et interviews sont logiquement interdites dans l'enceinte des établissements, elles le sont aussi, de manière plus surprenante, « aux abords » de ceux-ci. « Les chefs d'établissement ont très bien compris qu'il ne s'agit que de la porte d'entrée », assure M. Ringard. Troisièmement, dans l'éventualité d' « intrusions » ou d' « occupations de locaux », le dépôt de plainte voire le recours « à l'intervention des forces de l'ordre » est conseillé. « C'est le cadre normal, d'autant qu'on est toujours dans le dispositif Vigipirate », souligne M. Ringard en ajoutant que la police n'est intervenue qu'une seule fois depuis le 22 avril, alors que des parents bloquaient l'accès à un collège. Enfin, la note rappelle que la fermeture des établissements - si la sécurité des élèves n'est pas assurée - dépend de lui en dernier ressort. »

 
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